LXV

Paris, 17 avril 1868.

Mon cher Roux,

Vingt lignes en courant.

Je viens de déménager, et je suis encore dans les ennuis d'un bouleversement général. De là mon silence jusqu'à ce jour.

Pas de nouvelles en somme. J'ai vu Duret hier chez Manet. L'affaire marche mal. Pelletan m'a l'air d'être aussi incapable que Mille comme homme d'affaires. On ne sait plus quand la Tribune paraîtra, ni même si elle paraîtra.—Belot n'a pas encore lu notre drame. Il fait un roman pour gagner quelques sous, et je n'irai chez lui que dans cinq ou six jours. Rien de définitif de ce côté.—J'ai gardé le meilleur pour la fin. Il vient de se fonder un journal à deux sous, l'Événement illustré, sous la direction d'Adrien Marx!!! On m'a offert le Salon dans cette feuille, ce que j'ai accepté faute de mieux. Dès ton retour, je te présenterai à Marx, et j'espère que tu placeras chez lui tes renseignements quotidiens sur Paris. Que cette espérance ne hâte pas ton retour. Je t'annonce simplement cela, comme une chose qui peut devenir bonne.

D'ailleurs, tu reviendras sans doute bientôt. Tu me trouveras en train de corriger les épreuves de la deuxième édition de Thérèse Raquin. Je vais aussi me mettre sérieusement à mon travail pour Kératry. La besogne a l'air de vouloir venir. Elle sera la bienvenue. Je chôme depuis assez longtemps, grâce au monument de Verlé.

Et toi, que fais-tu? Un bout de lettre, si tu as quelque chose d'intéressant à m'apprendre. Tu connais ma nouvelle adresse: 23, rue Truffaut, Batignolles.

Et puis, c'est tout. J'aime mieux causer longuement avec toi, quand tu reviendras.

J'ai une commission à te donner. Rapporte-moi le deuxième volume du Congrès scientifique que tu prendras en mon nom chez Aubin. Une lettre m'a invité à le faire réclamer à cette librairie.

Voilà. Tu as le bonjour de ma mère, de ma femme. Présente mes compliments à tes parents, et va dire à Mme Méa que je la porte dans mon cœur.

Une bonne poignée de main de ton dévoué

Émile Zola.