NOTES:

[39] Dans un conte du «pays saxon» de Transylvanie (Haltrich, nº 17), et dans d'autres contes qui se rattachent tous au même thème que notre nº 1, Jean de l'Ours (voir I, pp. 7-8), le héros a été allaité pendant une longue suite d'années.—Notons à ce propos que le très intéressant conte avare d'Oreille-d'Ours, déjà cité par nous dans les remarques de notre nº 1 (I, p. 18), réunit, juxtaposées, deux séries d'aventures se rapportant aux deux thèmes de Jean de l'Ours et de Bénédicité. Il en est de même dans les contes suisse et brésilien ci-dessus indiqués.

[40] Dans le second conte italien du Mantouan, le héros attelle un loup à la place de la vache qu'il lui a mangée; dans le conte poméranien, deux lions à la place des chevaux; dans le conte portugais du Brésil, des lions également à la place des bœufs.



XLVII
LA CHÈVRE

Il était une fois un homme et une femme et leurs sept enfants. Ils avaient une chèvre qui comprenait tout ce qu'on disait et qui savait parler. Un jour, le père dit à l'aîné des enfants d'aller à l'herbe avec la chèvre et de lui donner bien à manger: si, en revenant, la chèvre n'était pas contente, il le tuerait.

Le petit garçon conduisit la chèvre derrière une haie; il se mit vite, vite, à couper de l'herbe pour elle, et lui en donna tant qu'elle en voulut. Avant de la ramener au logis, il lui dit: «Eh bien! ma petite biquette, as-tu assez mangé?—Ah!» dit la chèvre,

«Je suis soûle et moule,

J'ai assez de lait dans ma toule[41]

Quand l'enfant fut de retour avec la chèvre, le père dit à celle-ci: «Eh bien! ma petite biquette, as-tu assez mangé?—Ah!» dit la chèvre,

«Je ne suis ni soûle ni moule,

Je n'ai point de lait dans ma toule.»

En entendant ces mots, l'homme prit sa hache et coupa la tête à l'enfant, malgré les pleurs de la mère. Le lendemain, il envoya le second de ses fils mener la chèvre au pâturage. Le petit garçon donna à la chèvre autant d'herbe qu'il en put couper, et lui dit avant de se remettre en chemin: «Eh bien! ma petite biquette, as-tu assez mangé?—Ah!» dit la chèvre,

«Je suis soûle et moule,

J'ai assez de lait dans ma toule.»

L'enfant la ramena donc au logis. «Eh bien!» dit l'homme, «ma petite biquette, as-tu assez mangé?—Ah!» dit la chèvre,

«Je ne suis ni soûle ni moule,

Je n'ai point de lait dans ma toule.»

Le père prit sa hache et tua le petit garçon. Même aventure arriva aux autres enfants, et le père les tua tous, l'un après l'autre, et la mère après les enfants[42].

Il fallut bien alors que l'homme conduisît lui-même sa chèvre aux champs. Quant il la crut rassasiée, il lui dit: «Eh bien! ma petite biquette, as-tu assez mangé?—Ah!» dit la chèvre,

«Je suis soûle et moule,

J'ai assez de lait dans ma toule.»

Rentré à la maison, il lui demanda encore si elle avait bien mangé. «Ah!» dit la chèvre,

«Je ne suis ni soûle ni moule,

Je n'ai point de lait dans ma toule.»

Et, en disant ces mots, elle sauta sur l'homme et le tua. Elle devint ainsi la maîtresse du logis.