NOTES:
[46] Ce vieillard à la massue de fer, qui intervient, on ne sait pourquoi, dans l'action, semble un dédoublement du personnage principal; la massue de fer rappelle tout à fait la «canne» de fer de tant de contes analogues.
LIII
LE PETIT POUCET
Il était une fois des gens qui avaient beaucoup d'enfants; l'un d'eux était un petit garçon qui n'était pas plus grand que le pouce: on l'appelait le petit Poucet.
Un jour sa mère lui dit: «Je m'en vais à l'herbe; toi, tu resteras pour garder la maison.—Maman,» dit-il, «je veux aller avec vous.—Non, notre Poucet, tu resteras ici.»
Le petit Poucet fit mine d'obéir; mais, quand sa mère partit, il la suivit sans qu'elle y prît garde. Arrivé aux champs, il se cacha dans la première brassée d'herbe que sa mère cueillit, de sorte que celle-ci le mit sans le savoir dans sa hotte. On donna l'herbe à la vache; voilà le petit Poucet avalé.
Le soir venu, la mère voulut traitre la vache. «Tourne-teu, Noirotte.—Nenni, je n'me tournerâme.» La femme, tout étonnée, courut chercher son mari. «Tourne-teu, Noirotte.—Nenni, je n'me tournerâme.»
De guerre lasse, on appela le boucher, qui fut d'avis qu'il fallait tuer la bête. La vache fut donc tuée et dépecée, et on jeta le ventre dans la rue, où une vieille femme le ramassa et le mit dans sa hotte. Mais, comme elle était trop chargée, force lui fut de s'arrêter à moitié d'une côte, au sortir du village, et d'abandonner sur la route le ventre de la vache.
Vint à passer un loup qui avait grand'faim; il avala le ventre et le petit Poucet avec, puis il se remit à rôder dans les environs. Il n'était pas loin d'un troupeau de moutons, quand le petit Poucet se mit à crier: «Berger, garde ton troupeau! berger, garde ton troupeau!»
En entendant cette voix, le loup prit peur ..., si bien que le petit Poucet se trouva tout d'un coup par terre. Il se nettoya du mieux qu'il put et s'en retourna chez ses parents. Sa mère lui dit:
«Te vlà not' Poucet! j'te croyeuille pordeu.
—J'ateuille da' l'herbe, et veu n'm'avêm'veu.
—Ma fi no, not' Poucet, j'te croyeuille tout d'bo pordeu.
—Eh bé! mama, me vlà r'veneu[47].»