NOTES:
[65] Dans un conte de la Flandre française (Deulin, I, p. 166), nous retrouvons encore, presque exactement, le conte du sieur d'Ouville. Mêmes exclamations du devin: «En voilà déjà un! Voilà le deuxième!»—gros dindon à qui on fait avaler la bague;—plat couvert et exclamation du devin: «Pauvre sautériau, où est-ce que je te vois?» (On appelait le héros de l'histoire le «criquet» ou le «sautériau d'août», parce qu'il était maigre, chétif et pâlot.)
[66] Griddu, en sicilien, correspond à l'italien classique grillo, «grillon».
[67] Dans un conte oldenbourgeois (Strackerjan, II, p. 348), même conversation entre le «docteur qui sait tout» et sa femme; mais l'épisode du plat couvert manque. En revanche, dans la première partie du conte, le «docteur» a la chance de faire retrouver à un seigneur un cheval volé. Cette première partie est presque identique à une des Facetiæ du Pogge (mort en 1459), que cite M. Benfey, op. cit.
[68] Cette première partie est tout à fait analogue au conte allemand nº 143 de la collection Grimm et aux nombreux contes européens de ce type. Nous en avons reproduit, dans Mélusine (1877, p. 252), une autre variante orientale, recueillie dans le Daghestan (Caucase).
[69] Dans le conte lithuanien et dans le conte oldenbourgeois cités plus haut, le premier exploit du prétendu docteur est aussi de retrouver un cheval qui a disparu; mais, dans ces deux contes, le cheval a été véritablement volé, et c'est par un pur hasard que le «docteur» le retrouve.
LXI
LA POMME D'OR
Il était une fois une reine et sa belle-sœur, qui avaient chacune une fille. Celle de la reine était belle; l'autre ne l'était pas.
Quand la fille de la reine fut déjà grandelette, elle dit un jour à sa tante: «Me mènerez-vous bientôt voir le roi mon frère?—Quand vous voudrez,» répondit la tante.
Au moment du départ, la reine, qui était fée, mit dans la manche de sa fille une petite pomme d'or, afin que, si l'enfant venait à courir quelque danger, elle pût en être aussitôt avertie. La tante prit un âne avec des paniers, mit sa nièce dans l'un des paniers et sa fille dans l'autre, et les voilà parties.
Quand elles furent un peu loin, la fille de la reine demanda à descendre pour boire à une fontaine. Tandis qu'elle se baissait, la pomme d'or glissa de sa manche et tomba dans l'eau. La petite fille voulut la retirer avec un bâton, mais elle ne put y parvenir. «Allons,» dit la tante, «dépêche-toi! Crois-tu que je vais t'attendre?»
Au même instant, la pomme d'or se mit à dire: «Ah! j'entends, j'entends!—Comment, ma mie, ma belle enfant,» dit la tante, «votre mère vous entend de si loin? Venez que je vous fasse remonte: sur l'âne.»
Au bout de deux lieues, la petite fille demanda encore à descendre pour boire. Sa tante la fit descendre de fort mauvaise grâce. «Dépêche-toi!» lui dit-elle. «Me crois-tu faite pour t'attendre toujours?—Ah! j'entends, j'entends!» dit la pomme d'or.—«Comment,» dit la tante, «votre mère vous entend de si loin? Venez, ma belle enfant, que je vous fasse remonter sur l'âne.»
Un peu plus loin, la petite fille demanda encore à descendre, car elle avait grand'soif. «Tu ne feras donc que t'arrêter tout le long du chemin?» lui dit la tante, d'un ton de mauvaise humeur. Au même instant, la pomme dit tout doucement: «Ah! j'entends, j'entends!—Elle n'entendra plus longtemps,» pensa la tante.
Lorsqu'on fut près d'arriver chez le roi, elle dit à la petite fille: «Si tu dis que tu es la sœur du roi, je te tue.»
Le roi vint à leur rencontre: «Bonjour, ma tante.—Bonjour, mon neveu.» Il ne cessait de regarder la plus belle des deux enfants. «Voici deux belles petites filles,» dit-il. «Laquelle est ma sœur?—C'est celle-ci,» dit la tante en montrant sa fille.—«Et cette enfant-là?—C'est ma fille,» répondit-elle. «Il faudra la faire travailler.—Oh!» dit le roi, «quelle besogne donner à une enfant?—Si vous n'avez point d'ouvrage à lui donner, je m'en retourne demain.—Eh bien! elle pourra garder les dindons.»
Le soir, la tante ne donna rien à manger à la pauvre enfant et la fit coucher à l'écurie sur un peu de paille. Le lendemain, elle lui donna un morceau de pain, sec comme allumette, fait d'orge et d'avoine, où elle avait mis du poison. Voilà la petite fille partie avec les dindons; elle arrive dans un champ.
«Venez, mes petits dindons, venez manger le pain que l'on m'a donné pour mon déjeuner. Voilà déjà un jour que je suis arrivée chez le roi mon frère, et je n'ai ni bu ni mangé.»
Les dindons ne mangeaient pas le pain: ils sentaient bien qu'il y avait du poison. A la fin de la journée, l'enfant revint bien crottée, bien mouillée, et alla se coucher à l'écurie auprès de l'âne.
La tante, l'ayant vue, dit au roi qu'il fallait tuer cet âne. «Vous voulez que l'on tue cette pauvre bête qui vient de nos parents!—Si vous ne le faites pas, je ne resterai pas ici plus longtemps.» Le roi fit donc tuer l'âne, et l'on cloua la tête à la porte de la grange.
Cependant, la petite fille était partie aux champs avec les dindons: sa tante lui avait donné un morceau de pain comme la veille; elle était bien triste et mourait de faim.
«Venez, mes petits dindons, venez manger le pain que l'on m'a donné pour mon déjeuner. Voilà déjà deux jours que je suis arrivée chez le roi mon frère, et je n'ai ni bu ni mangé.»
Le lendemain, sa tante lui donna encore un morceau de pain d'orge et d'avoine, où il y avait de la paille et du poison, et elle retourna aux champs avec les dindons. Le roi s'était caché derrière un arbre pour écouter ce qu'elle dirait.
«Venez, mes petits dindons, venez manger le pain que l'on m'a donné pour mon déjeuner. Voilà déjà trois jours que je suis arrivée chez le roi mon frère, et je n'ai ni bu ni mangé. Ah! si le roi mon frère savait comme je suis traitée!»
«Venez, ma mie,» s'écria le roi, «je suis votre frère.» Il la prit dans ses bras et la ramena au château. Puis il commanda à six hommes de dresser un grand tas de fagots et y fit brûler sa tante. La fille de celle-ci devint femme de chambre de la jeune princesse, et ils vécurent tous heureux.