NOTES:
[127] Dans le conte italien du XVIe siècle, que nous avons analysé dans les remarques de notre nº 28 (I, p. 278) et qui est très voisin du conte syriaque pour sa première partie, l'indigne père de la jeune reine vient, sous un déguisement, tuer les enfants de celle-ci, pour lui faire attribuer ce crime.
[128] Il est curieux de retrouver à peu près ce début dans des contes écossais et irlandais: Au moment où l'aînée de trois sœurs quitte la maison de sa mère, celle-ci lui demande si elle veut moitié d'un gâteau avec sa bénédiction ou le tout avec sa malédiction. Elle préfère tout le gâteau. Même demande est faite ensuite à chacune des deux autres filles, et la plus jeune, seule, préfère la bénédiction. (Voir Campbell, nos 15, 17; Kennedy, I, p. 54.)—Des contes portugais du Brésil (Roméro, nos 7, 20, 21) présentent un semblable passage.
[129] Pour ce passage caractéristique, le conte toscan et le conte arabe se ressemblent, comme on voit, complètement. En revanche, le conte lorrain a en commun avec le conte arabe le trait du déguisement de la jeune femme en homme.
LXXIX
LE CORBEAU
Une femme veut à toute force acheter un corbeau. Son mari le lui défend. Comme il est obligé de s'absenter et qu'il se défie d'elle, il dit à un mendiant qu'il rencontre sur la route d'aller demander l'hospitalité dans sa maison: «Tu verras si ma femme a acheté quelque chose.»
Le mendiant va frapper à la porte et demande qu'on veuille bien le recevoir. «Nous ne pouvons vous loger,» dit la femme.—«Ah!» dit le mendiant, «ayez pitié d'un pauvre homme qui ne voit goutte et n'entend goutte.—Puisqu'il ne voit goutte et n'entend goutte,» se dit la femme, «il ne me gênera pas.» Et elle ouvre la porte au mendiant. Pendant qu'il est là, feignant toujours d'être aveugle et sourd, elle achète le corbeau dont elle avait envie; puis elle se fait du gâteau et va chercher une bouteille de vin.
Tout à coup on frappe. La femme cache vite le corbeau sous le lit, le gâteau sous la huche, et la bouteille derrière le seau. «Qui est là?—C'est moi,» dit le mari. Elle lui apprête sa soupe, et l'homme dit au mendiant de venir manger avec lui. Pendant qu'ils sont à table, l'homme demande au mendiant de lui raconter quelque chose. «Je ne sais rien.—Depuis longtemps que vous voyagez, vous devez avoir vu bien des choses.—Eh bien!» dit le mendiant, «je vais vous raconter ce qui m'est arrivé un jour. J'ai vu un loup aussi noir que le corbeau qui est sous votre lit; j'ai vu une pierre aussi ronde que le gâteau qui est sous votre huche, et j'ai saigné du sang aussi rouge que le vin qui est derrière votre seau.»
Le mari tire le corbeau de dessous le lit, le gâteau de dessous la huche et la bouteille de derrière le seau.