REMARQUES

Cette facétie se retrouve, à peu de chose près, et sous le même titre: Die Mæhr vom rothen Hahn (le conte du Coq rouge), dans le «pays saxon» de Transylvanie (Haltrich, nº 69).—On raconte de la même façon, dans le pays messin (Mélusine, III, p. 168), la Fiauve du Roche Pohè (le conte du Cochon rouge), et en Croatie (Krauss, I, nº 62), l'Histoire de l'Ours noir.



LXXXIV
LES DEUX PERDRIX[138]

Un curé, ayant reçu en cadeau deux perdrix, invita un certain monsieur à venir les manger avec lui. Le convive arriva pendant que le curé disait sa messe. «Que voulez-vous, monsieur?» lui demanda la servante.—«Je viens dîner avec Monsieur le Curé, qui m'a invité à manger des perdrix.—Monsieur le Curé dit sa messe. Asseyez-vous en l'attendant.» Et la servante retourna à la cuisine.

De temps en temps, elle goûtait pour voir si les perdrix étaient cuites à point; elle goûta tant et si bien que les perdrix y passèrent. Elle alla trouver le convive, qui attendait toujours. «Vous ne savez pas?» lui dit-elle, «Monsieur le Curé a une singulière habitude: quand il invite quelqu'un à dîner, il lui coupe les deux oreilles. Ecoutez, vous allez l'entendre repasser son rasoir.»

En effet, en ce moment le curé venait de rentrer; il était allé prendre son rasoir, et il était en train de le repasser pour découper les perdrix. «Sauvez-vous,» dit la servante à l'invité, qui ne se le fit pas dire deux fois.

A peine était-il parti, que le curé vint voir à la cuisine si tout était prêt. «Où sont les perdrix?» demanda-t-il.—«Ah! Monsieur le Curé, c'est votre monsieur qui vient de les emporter toutes les deux. Courez après lui; vous pourrez encore le rattraper.»

Le curé sortit en criant: «Hé! monsieur, donnez-m'en au moins une!» L'homme, croyant qu'il en voulait à ses oreilles, lui dit, toujours courant: «Vous n'aurez ni l'une ni l'autre.»