REMARQUES
Un conte de la Haute-Bretagne (Sébillot, I, nº 29) offre beaucoup de rapport avec notre conte: Un homme et une femme ont vendu leur petit garçon au diable, qui doit venir le prendre quand l'enfant aura sept ans. Vers cette époque, le petit garçon, ayant appris de ses parents le sort qui l'attend, s'enfuit de la maison. Un jour il rencontre la sainte Vierge, qui lui donne une petite baguette: tant qu'il aura cette baguette, le démon n'aura aucun pouvoir sur lui, et le jeune garçon pourra commander à sa baguette de faire tout ce qu'il voudra. Il descend en enfer, et, grâce à la baguette, il se fait rendre par les démons le contrat que son père a signé.—Suit l'histoire du château hanté par des diables. Le petit garçon les roue de coups avec sa baguette et se fait céder par eux tous les trésors du château.
Nous avons déjà rencontré, dans notre nº 64, Saint Etienne, une introduction du genre de celle du conte qui nous occupe. Voir les remarques de ce conte (II, pp. [232], [233]).
Il existe un grand nombre de contes dans lesquels un être malfaisant se fait promettre, souvent par ruse, un enfant qui doit naître ou qui est déjà né. Nous citerons, comme se rapprochant particulièrement du conte lorrain, plusieurs contes allemands (Grimm, nº 92, Wolf, p. 198, et aussi Grimm, nº 31). Comparer les remarques de notre nº 32, Chatte Blanche (II, p. [13]).
Le conte valaque, cité dans les remarques de notre nº 64, a un passage qu'il faut relever ici. Pour obtenir de son père la révélation de la cause qui le rend chagrin et sujet à des accès de violence, le jeune garçon le menace d'un couteau, comme Bénédicité menace son père d'un pistolet, et cela, toujours comme dans notre conte, sur le conseil de son maître d'école. (Comparer le conte lithuanien nº 22 de la collection Leskien.)
Dans un conte catalan (Rondallayre, II, p. 86), dont le commencement est analogue à celui du conte lorrain, le jeune garçon joue, comme Bénédicité, toutes sortes de mauvais tours aux diables, qui finissent par le prier de s'en aller, en lui donnant, sur sa demande, un sac rempli d'âmes (sic).
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Dans la partie de notre conte où il est question du séjour du jeune homme chez le diable, il s'est mêlé à ce thème des éléments provenant d'un autre thème que nous avons déjà plusieurs fois rencontré dans notre collection, le thème de l'Homme fort (voir nos nos 14, le Fils du Diable; [46], Bénédicité; [69], le Laboureur et son Valet). Le nom du héros est, du reste, le même dans notre nº 46 et dans le conte que nous étudions en ce moment[122]. Seulement le Bénédicité de ce dernier conte fait au moyen d'une baguette merveilleuse ce que l'autre fait grâce à sa force extraordinaire (la forêt abattue). L'appétit prodigieux du héros est encore un emprunt fait—assez maladroitement—à ce même thème.
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Pour l'épisode du château hanté par les diables, voir les remarques de notre nº 67, Jean sans Peur (II, p. [262]). Dans ce dernier conte, il n'est pas question d'un trésor déterré dans le château sur l'indication des revenants ou des diables. Ce trait, qui figure à peu près dans tous les contes du type de Jean sans Peur, se retrouve, on l'a vu, dans notre Baguette merveilleuse.