Maison de Hanovre

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GEORGE I
(1714-1727)

De la fameux Jacques Première

Cet nouvel prince il descendait,

Et seul protestant héritière

De l'anglais trône il se trouvait.

Il fut, dit-on, oun roi très saige,

Cherchant la bien de ses soujets,

Mais, fort malheureux en ménaige,

Avalant beaucoup des regrets.

D'oune intrigue basse et méchante

Son femme oun jour il accusa[ [45],

Et dans oun prison effrayante

Trente deux ans il la laissa.

Tout de même... il fut oun monarque

Beaucoup très tendre et complaisant,

Et sous son œil l'anglaise barque

Il fila tioujours en avant.

[45] Voir note à l'appendice.

GEORGE II
(1727-1760)

Cet George il était fils de l'autre,

Et c'était oun si bon enfant

Qu'on en aurait fait oun apôtre

Pour... tant qu'il était complaisant.

Il guerroya contre le France

Et plusieurs batailles perdit[ [46];

Mais aussi, par bienheureux chance,

Il en gagna,... sans contredit.

Ainsi fit-il le grand conquête

De la pays de Canada,

Malgré qu'elle ne fut complète

Que sous la roi qui succéda.

Oh! ce fut oun pouissant monarque,

Comme on voit, très entreprenant,

Et sous son œil l'anglaise barque

Il marcha très loin en avant.

[46] Voir note à l'appendice.

GEORGE III
(1760-1820)

Petit-fils de George Deuxième,

Cet-ci n'avait que vingt deux ans

Lorsqu'il coiffa la diadème

Qu'il devait garder si longtemps.

Oh! ce fut oun très chanceux homme

Qui faisait tout ce qu'il voulait;

Et l'on peut ajouter, en somme,

Qu'il en... voulait tant qu'il pouvait.

Mais il ne faut pas que l'on pense

Que tous ses vœux furent bénis,

A moins qu'il ne songeât d'avance

A... perdre les Etats-Unis.

Car c'est alors que ce contrée,

Au bruit de la canon grondant,

Malgré l'Anglais fit son entrée

Dans la régime indépendant.

George ensouite eut oun règne heureuse,

Ni trop sévère ni trop mou;

Mais son tête un jour devint creuse

Et, pour dix ans, il fut très fou...

N'importe!... il fut un grand monarque,

Fort bon et très... intelligent,

Et sous son œil l'anglaise barque

Il marcha beaucoup en avant.

GEORGE IV
(1820-1830)

De la monarque précédente

George Quatre il était la fils,

Et pour longtemps il fut Régente,

Son père étant fol comme dix.

Enfin il monta sur la trône

Et le garda deux fois cinq ans;

Mais sur son tête le couronne

N'éclata pas de feux brillants.

Il fut adversaire implacable

De l'empereur Napoléon,

Et d'oun façon peu charitable

Il traita cet clever garçon.

Contre le liberté d'écrire[ [47]

Il avait de drôles travers;

Et, s'il vivait, au lieu d'en rire,

Il se choquerait de mes vers.

Mais tout marche de telle sorte

Que sans peur mes goûts je poursuis:

Aujourd'hui George Quatre est morte,

Tandis que, by Jingo! je vis...

N'importe! Qu'il fût malheureuse

En formulant certains décrets,

Et que d'oun main trop rigoureuse

Il ait traité quelques soujets,

N'empêche qu'il fut grand monarque,

Et sous son œil si tant chrétien

Comment marcha l'anglaise barque...

Oh! oh! vous le devinez bien.

[47] Voir note à l'appendice.

GUILLAUME IV
(1830-1837)

De George Quatre il était frère

Et, comme on vous l'a dit tantôt,

George Trois il était son père

Qui même avait plus d'oun marmot.

Des deux bords de le politique

Il fut comme oun explorateur:

Tantôt libéral très pratique,

Et tantôt franc conservateur.

C'est ainsi que, chez nous encore,

Certaines gars ont la talent

De suiver constamment l'aurore

De la prochain soleil levant.

Mais... Guillaume il fut oun monarque

Pour oun bâtiment bien lester,

Et sous son œil l'anglaise barque

Il ne pouvait pas s'arrêter.

VICTORIA I
(1837-1901)

De Victoria le Première

Tout ce qu'on peut dire est très bon.

Elle fut reine, épouse et mère

De toute le meilleur façon.

Pour voir oun peu son origine

On doit l'Histoire remonter,

La meilleur moyen, j'imagine,

De ne point s'en laisser conter.

D'abord, pour commencer la thème,

George Trois avait quatre fils.

Mon franchise il serait le même

S'il en avait eu trente-six.

Mais, pour ce qu'il n'en eut que quatre,

Je m'en tiens à cet numéro,

Et je me ferais plutôt battre

Que d'y joindre même oun zéro.

George Quatre il fut la première,

Guillaume Quatre la Second;

Puis vint oun autre par-derrière

Dont je ne souviens plus la nom.

La duc de Kent il vint ensouite,

Et son fille Victoria,

Comme l'on a vu par le souite,

Elle devint reine et... voilà!

Victoria fut si tant bonne

Et si tant se fit respecter,

Que mon cœur de joie il frissonne

Quand je me vois pour le chanter.

Sa règne eut oun tel maggnitude

Que, pour en bien suivre la cours

Dans oune véridique étude,

Les vers de huit pieds sont trop courts.

Huit ou dix pieds, oh! saperlotte!

C'été bon pour les rois communs;

Même oun seul pied dans oun bon botte

Conviendrait bien à quelques-uns.

Mais pour oun reine qu'on admire

Avec encor plus des raisons,

Les grandes vers de Shakespeare

Même ils ne seraient pas trop longs.

Well! well! quand ce reine admirable

Fit sa Diamond Jubilee,

Sur cet sujet tant respectable

Oun grand hymne j'avais poli.

C'était en vers alexandrines

Beaucoup tendres et trèsment beaux

Et, pour les rendre plus coquines,

Coupés de petits vermisseaux.

Or, comme ils renferment complète

L'histoire de cet règne-là,

Permettez qu'ici je répète

Cet hymne comme le voilà!

ODE A VICTORIA[ [48] A L'OCCASION QU'ELLE JOUBILE EN DIAMOND. Juin 1897.

Je souis oun fils altier de le grande Angleterre

De qui la fier drapeau partout dessus le terre

Flotte dans le vent.

Mon cœur, en cet moment que le Reine joubile,

Il est piqué très fort comme par oun aigouile

Et saute en avant.

Je ne me senté pas oune grande poète

Et je ne connaissé le française rimette

Pas assez beaucoup;

Mais d'oune si bel jour pour garder le mémoire

De Queen Victoria je veux chanter le gloire

Encor pour oun coup.

Les soixante ans ils sont restés loin en arrière

Depouis que notre Reine entreprit le carrière

Comme le voilà;

Et le youmanité, dans cette longue règne,

Il n'a jamais souffert et jamais il ne saigne

A cause cela.

Our most gracious Queen, en régnant de le sorte,

Il était jeune encor pour de son oncle morte

Prendre placement.

Si tant belle il était que tout la monde admire

Encor bien plus des fois qu'on ne peut pas le dire,

Oh!... certainement.

Son beauté maggnifique il était bien complète;

De son joustice aussi chacun il faisait fête

Partout au dehors.

On en parlait si fort de Roussie en Bretaigne

Que, pour aller le voir, sa cousin d'Allemaigne

Eut le fièvre au corps.

La prince il était beau, ni grande ou trop petite,

Et devers son cousine il s'en alla bien vite

Sans faire du bruit.

Le reine il le trouva bien pour son convenance

Et l'aima tant si fort en voyant son présence

Qu'elle épousa lui.

Peut-être l'on dira c'été pas mon affaire,

Et quant à son privé c'été mieux de me taire

Dans mes humbles chants.

Mais ces petites mots innocentes, il semble,

Expliqueront fort bien comment les deux ensemble

Eurent tant d'enfants.

N'importe! elle été là, grande reine et pouissante,

Du nation anglaise emblême éblouissante

Avec sceptre d'or;

Et, soixante ans après, des bords de l'Amérique

Jusques aux sables cuits du creux noir de l'Afrique

Elle règne encor.

Sous sa bienveillante œil tous nos gens prospérousent.

Les autres nations entr'elles se jalousent,

Luttant pour l'honneur.

Mais dans le Angleterre on vit en bons apôtres;

On ne fait plus le guerre, on le fait faire aux autres,

Oh! c'été meilleur.

Le Angleterre il est toujours très richissime;

C'été connu. Pour lors de s'exposer le frime

Il aurait bien tort.

Depuis trente ans, l'Anglaise il a mis dans son tête

Qu'oun boulet de canon il fait moins le conquête

Que des pièces d'or.

Sous la sceptre si mol de notre Souveraine

On connait bien l'amour, mais non jamais le haine

Et ses vilains traits;

Le paix règne partout dans cette vaste empire

Sur lequel la soleil, si tant loin qu'il dévire,

Ne s'endort jamais.

Oh! c'est oun grande roi... Mais non, il faut écrire

Reine; car ces deux mots ils ne voulé pas dire

Ici the same thing.

En français, voyez-vô, mêler la mascouline

Sans d'excellents raisons avec le féminine,

Ça serait shocking.

De longtemps je sentais oun grand concoupiscence

D'écrire pour mon reine, au jour de son naissance,

Oun hymne poli.

Voilà! Pardonnez-moâ, vous, mes frères anglaises,

Si j'ai voulu chanter avec des vers françaises

Our Queen's Jubilee!

[48] Voir note à l'appendice.

Pour ce que les alexandrines

Sont vers difficiles beaucoup,

Aux huit-pieds, qui sont moins mutines,

Je reviens encor pour oun coup.

Hélas! et c'été pour vous dire

Que ce grand reine si charmant

Que tout la monde encore admire

Comme du temps de sa vivant;

Reine si doux, femme si bonne,

Si tant polie et vertueux

Que dans son cœur chacun s'étonne

Qu'il descendît de tels aïeux

Dont on vient de lire l'histoire...

Hélas! c'été pour dire, enfin,

Que de son vie et de son gloire

En pleurant on a vu le fin.

Il est morte en grande monarque,

Comme il l'avait été vivant;

Et, ciel! ce que l'anglaise barque

Dans son temps fila de l'avant!...

EDOUARD VII
(1901-....)

Avant la présent souveraine

Ceux qu'on a vus ils étaient morts,

Et l'on pouvait dire sans gêne

S'ils ont été bons ou butors.

Mais Edouard Sept il est en vie,

Oh! très en vie à cet moment,

Et, pour jamais qu'on ne l'oublie,

J'ai mis son binette plus grand.

Car si d'oun monarque bien morte

On peut dire tout ce qu'on veut,

Il est proudent que d'autre sorte

On parle d'oun roi qui se meut.

C'est ce que la peuple grenouille

Un jour il apprit sous les eaux;

Du moins, Esope il en bredouille

Dans oun de ses beaux fabliaux.

Car si vous mettez le critique

Sous la nez d'oun prince vivant,

Le chose tant beaucoup le pique

Qu'il se fâche et saute en avant.

Alors, sous le fureur royale

L'improudent est vite perdu;

On vous le lance comme oun balle

Au bout d'oun cordeau de pendu.

Tenez! en parlant de Sans-Terre

J'ai dit qu'il était oun crapaud.

Bien! si d'Edouard cet mot grossière

J'allais souffler, gare à ma peau!

D'oun bout à l'autre de la ville

Ce ne serait que cris de mort;

Chacun il se croirait utile

En me faisant oun mauvais sort,

Les grands de le magistrature

Ils me prononceraient oun gueux,

Et même le cléricature

Il ne me traiterait pas mieux.

Oun animal de ce faconde,

Dirait-on, il faut accrocher,

Car vérité le plus profonde

Parfois il faut savoir cacher.

Et, quand du haut d'oune potence

Mon corps il se balancerait,

C'est à qui plus fort en cadence

"God save the King!" il chanterait.

Bien! Toute crainte je défie,

Et je le fais en... défiant;

Car jamais roi pendant son vie

Ne fut plus qu'Edouard édifiant.

Dear, me! mon seule inquiétude

Est—tenez cela pour compté!—

De ne pouvoir en cette étude

Rendre joustice à son bonté.

Fils de Victoria Première,

Grand reine que l'on pleure encor,

Il est en tout son héritière

Même jusque dans sa cœur d'or;

Et, tandis qu'avec grand sagesse

Sur sa peuple il règne aujourd'hui,

Cet-ci de plus en plus engraisse,

Devient rougeaud, brille et reluit.

Si tant que point je ne redoute

Pour la dit peuple aucun malheur,

Excepté... peut-être la goutte,

Très noble mal de haut seigneur,

Et cet autre, l'apoplexie,

Que ne connait point la quêteux.

Et voilà comment j'apprécie

Les bienfaits de cet règne heureux,

Oh, dear! oh, dear! D'Edouard vivante

Pourquoi craindrais je de parler?

Ce que je dis est mot courante,

Et rien je ne puis dévoiler

Qui ne soit oun parfait hommaige

A le bonté de notre Roi,

A son savoir, à sa couraige,

A sa... Well! Well!... à sa tout, quoi!

Don't fear! Edouard est oun monarque

Qui savé gouverner très bien,

Et... sous son œil l'anglaise barque

Oh, tenez!... je ne dis plus rien.