Notes

[1]: Ces trois derniers volumes sont fondus dans l'Histoire de l'Émigration et ne seront pas réimprimés.

[2]: Le maréchal Souvarof passa deux fois à Mitau: en 1799, en allant prendre le commandement des armées coalisées, et en 1800, lorsque le tsar, après Zurich, rompit l'alliance. La première fois, Saint-Priest étant allé le voir fut reçu à la portière de la voiture du vieux soldat. La seconde fois, Souvarof passa sans s'arrêter ni voir personne. Il était malade et découragé.

[3]: Bien que les mémoires et la correspondance du cardinal Maury avec Louis XVIII, publiés en 1891, et les études sur l'histoire du clergé de France à cette époque nous exposent, en en résumant les phases principales, à raconter des faits déjà connus, il était impossible de ne leur pas donner place dans ces récits. Il s'en faut, en effet, comme on va le voir, que les ouvrages antérieurs contiennent toutes les pièces du procès. Celles notamment qu'on va lire et qui sont inédites éclairent des péripéties qu'il y avait lieu de conserver à l'histoire, ne serait-ce que parce qu'elles mirent aux prises les droits de l'Église et ceux de la monarchie, si étroitement liés jusqu'à la Révolution, et brisèrent une association qui, durant des siècles, avait également profité à l'une et à l'autre. Elles nous montrent en outre la grande majorité de l'épiscopat de France, uniquement guidée, dans des circonstances critiques, et, bien qu'appartenant à la noblesse, «parure et appui du trône,» par l'intérêt supérieur de la religion, n'hésitant pas à lui sacrifier celui de la royauté.

[4]: Le cardinal de Brienne, qui avait prêté serment à la Constitution civile du clergé.

[5]: Membre de la Convention et évêque constitutionnel du Calvados.

[6]: Il écrivait à son frère: «Je n'aurai pas, après la Restauration, besoin d'être requis pour m'opposer aux entreprises de la cour de Rome. Je sais le respect que le fils aîné de l'Église doit à son chef; mais je ne perdrai pas de vue l'exemple de saint Louis dont Boniface VIII lui-même, ce grand ennemi des rois, et notamment de Philippe le Bel, n'a pu s'empêcher de canoniser la résistance à ses prédécesseurs Grégoire IX et Innocent IV.»

[7]: Voir: Histoire de l'Émigration, t. I, p. 365 et suiv.

[8]: Nous devons observer ici que pour reconstituer cette entrevue, nous n'avons que la version royaliste, et que pour en affirmer l'entière sincérité, il faudrait pouvoir la comparer à la version orléaniste que nous ne possédons pas. On remarquera toutefois que les propos attribués par la première au duc d'Orléans ne sont pas démentis par les lettres du prince, que nous citons plus loin.

[9]: Le combat de Mont-Cassel, 11 avril 1677, où le duc d'Orléans, frère de Louis XIV, se couvrit de gloire, et la prise de Lérida, 12 octobre 1707, où son fils, le futur régent, se distingua.

[10]: Voir Histoire de l'Émigration, tome II, pages 408 et suivantes.

[11]: D'après une version récemment lancée, sur la foi de documents nouveaux, par un ecclésiastique breton, M. l'abbé Lemonnier, le comte d'Artois se serait effectivement embarqué sur un cutter anglais, le Swan, pour rejoindre Charette. Mais ce cutter ayant été arrêté, le 5 octobre 1795, par un navire français, le prince qui s'y trouvait sous le nom de Fernand Christin aurait été conduit à Quiberon avec ses compagnons, sans être, il est vrai, reconnu, et se serait échappé au moment d'être transféré à Paris avec eux, ou aurait été enlevé sur la route par des gens masqués. C'est ainsi qu'il aurait été empêché de passer en Bretagne.

Les évasions et les enlèvements sont fréquents à cette époque. Mais, s'il est vrai que le prisonnier qui déclara se nommer Fernand Christin soit parvenu à s'enfuir, on ne saurait admettre que ce fût le comte d'Artois. Fernand Christin a réellement existé; il était secrétaire des princes à Coblentz, et les Archives russes ont publié de nombreuses lettres de lui, datées de 1830, adressées à une amie, la princesse Tourkestanow, où il évoque quelques-uns de ses souvenirs des temps révolutionnaires. Voir: Histoire de l'Émigration, tome I, p. 131.

Quant au comte d'Artois, sans nous attacher à démontrer par un rapprochement de dates l'impossibilité de sa présence à bord du Swan, nous ferons seulement remarquer que, s'il eût été le héros d'une aussi émouvante aventure, il n'eût pas manqué, ce qu'il n'a pas fait, de la raconter au roi, son frère, et de l'opposer à ceux qui lui reprochaient de n'avoir pas voulu se réunir aux chouans.

[12]: Voir: Histoire de l'Émigration, tome II, pages 343 et suivantes.

[13]: Voir Histoire de l'Émigration, t. II, p. 241 et suivantes.

[14]: Voir Histoire de l'Émigration, t. II, p. 408 et suiv. Quant aux démêlés de l'agence avec la police, ils forment un épisode à part et trop important pour qu'il y ait lieu d'en narrer à cette place les péripéties.

[15]: En 1809, elle épousa Louis-Philippe d'Orléans et devint, en 1830, reine des Français.

[16]: Paul Ier avait exigé que l'armée de Condé, en passant à son service, prît l'uniforme russe.

[17]: On se rappelle que la reine de Naples était sœur de Marie-Antoinette.

[18]: Dans ses Mémoires inédits, le vicomte de Caraman paraît croire qu'il fut désigné par le tsar. Les documents que nous avons consultés prouvent le contraire, et notamment cette lettre de Louis XVIII, en date du 14 février: «Je suis heureux de penser que Votre Majesté Impériale agrée les sujets parmi lesquels je dois faire choix de mon représentant auprès d'elle, et puisqu'elle s'en remet à ma détermination à cet égard, je la prononce en faveur du vicomte de Caraman, en souvenir des bontés dont Votre Majesté Impériale l'a honoré lorsqu'il eut le bonheur de lui faire autrefois sa cour. Je lui écris à Berlin, où il est en ce moment, de se rendre ici.»

[19]: Une année remarquable de la vie d'Auguste Kotzebue.

[20]: Voir mon livre: Une vie d'ambassadrice au siècle dernier.

[21]: Il ne cessa de lui être malveillant: «C'est un intrigant, disait-il plus tard en parlant de lui, qui servirait également le ciel et l'enfer et qu'il a fallu chasser.»

[22]: Voir Histoire de l'Émigration, tome II, pages 271 et suivantes.

[23]: «Il n'y a que les émigrés qu'on puisse employer à cette cause. J'ai la certitude qu'un des Caraman (Victor), envoyé par la Prusse à Saint-Pétersbourg, et qui y est bien posé, ne demande pas mieux que de nous être utile.» (Lettre de Talleyrand à Bourgoing, 7 juin 1800.)

[24]: Il y a plusieurs actrices de ce nom. La plus célèbre brilla dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Une autre reçut un prix de chant au concours du 14 janvier 1800, après avoir chanté un morceau de la Médée de Chérubini. Le prix était ainsi libellé: «Racine à Médée intéressante; Corneille à Médée vindicative.» (Moniteur du 24 nivôse an VIII.) Il nous paraît bien que celle dont il est question dans notre récit était au théâtre Louvois en 1792. C'était la fille d'un maître de danse de Lyon. Restée orpheline, elle rencontra un maître de ballet, le nommé Chevalier, qui avait brillé à l'Opéra au temps de Gardel et de Vestris. Il trouva l'orpheline belle, et l'épousa. Je n'ai pu reconstituer l'histoire du ménage. Il est vraisemblable qu'à Paris, comme plus tard à Pétersbourg, Chevalier s'essaya à tirer parti de la beauté de sa femme et qu'il l'emmena en Russie pour assurer à leur commune habileté un théâtre lucratif. Le peu que j'ai découvert permet de croire qu'elle figura dans les fêtes républicaines comme déesse Raison. C'était une jolie femme, facile et sans préjugés, qui trouva dans son mari un complaisant complice de ses ambitions.

[25]: Originaire d'Auvergne. Il a laissé des Mémoires manuscrits conservés à la bibliothèque de Clermont-Ferrand, et dont M. Frédéric Masson a publié la partie militaire.

[26]: Femme d'un officier dont elle avait été la maîtresse, après avoir vécu publiquement avec un sieur Piconi d'Andrevet, major du régiment de Mortemart. Mariée une première fois, on prétendait que son premier mari, M. Thomassin, conseiller à la cour des comptes de Nancy, n'était pas mort. On racontait aussi que, zélée pour le magnétisme et la secte des illuminés, elle s'était présentée à Louis XVI, comme envoyée de la Vierge Marie, pour lui donner des conseils.

[27]: Ils étaient accompagnés d'un frère de la femme, danseur, et à ce titre, engagé aussi à Saint-Pétersbourg.

[28]: D'après une autre version, à laquelle son nom donne beaucoup de vraisemblance, il aurait été pris à l'assaut de Koutaïs, au Caucase.

[29]: Le trait suivant donnera une idée de cette faveur. En décembre 1800, le jeune roi de Suède, Gustave-Adolphe IV, étant venu à Saint-Pétersbourg pour négocier au sujet de la ligue des neutres, le tsar lui demanda pour son favori le grand cordon de l'ordre royal des Séraphins. Le roi refusa, en alléguant que Koutaïkof n'était pas grand cordon de l'ordre impérial de Saint-André. Il était déjà en route pour retourner dans ses États, quand le tsar eut connaissance de ce refus. Furieux, il rappela la suite qu'il lui avait donnée pour lui faire honneur jusqu'à la frontière et assurer son bien-être. Il rappela jusqu'aux cuisiniers, et le même jour il créa Koutaïkof comte et grand cordon de Saint-André. (Recueil de la Société historique de Russie.) La faveur de Koutaïkof et celle de la Chevalier finirent en même temps que la vie de Paul Ier. On sait que l'empereur périt dans la nuit du 23 au 24 mars 1801 (style russe). Ce soir-là, Koutaïkof soupait chez la Chevalier. On lui remit une lettre qui portait sur l'adresse ce mot: Citissime. Il la posa sur la cheminée sans l'ouvrir. Comme la dame l'engageait à en prendre connaissance, il répondit:

«J'en reçois tant de pareilles!» Il ne l'ouvrit que le lendemain, en apprenant la mort de l'empereur, et y trouva la révélation du complot qui venait de réussir. Il prit la fuite et se réfugia à Kœnigsberg. Peu après, la comédienne, dont le mari était à Paris pour y engager des artistes français, fut arrêtée la nuit dans son lit et conduite à la frontière. Elle rejoignit son amant. Ici nous perdons ses traces. En 1809, la police de Napoléon ne savait ce qu'elle était devenue.

[30]: Cette liste, dressée par d'Angély, à l'aide de papiers dérobés à la légation de France à Hambourg, contient vingt-cinq noms; au-dessous de chaque nom, une notice qui porte d'ailleurs le caractère de la vérité. Panin la communiqua à Rostopchine et au gouverneur militaire de Saint-Pétersbourg, en faisant remarquer que Mourawief n'avait pas communiqué ces renseignements. Plusieurs comédiens attachés au Théâtre-Français impérial figuraient parmi les espions dénoncés par Dumouriez.

[31]: À Ottensen, où il vivait, l'archiduc Charles d'Autriche vint acheter les conseils de son expérience militaire, qu'il paya d'une pension de trois mille florins. En 1803, Dumouriez était à Londres. Quels services y rendit-il? Probablement des services analogues à ceux qu'il avait rendus au prince de Hesse et à l'archiduc Charles. Une pension de douze cents livres sterling en fut le prix. À Londres, il vit Pichegru. Ils discutèrent un plan d'invasion de la France. En 1805, il alla en Suède. Il rêvait d'allier contre Napoléon toutes les cours du Nord. En 1806, il revint en Angleterre. Le duc d'Orléans, en souvenir de leur ancienne amitié, ajouta à ses revenus une pension de dix mille francs. Il mourut en Angleterre en 1823. Il avait quatre-vingt-quatre ans.

[32]: Cette agence, créée en 1798, avait son siège à Augsbourg. Elle se composait de Précy, du président de Vezet, d'Imbert-Colomès, du baron d'André et de l'abbé de La Marre. Ils avaient à leurs ordres un certain nombre d'émigrés. Voici en quels termes, au mois de septembre 1798, Saint-Priest, dans une lettre à d'André, définissait leurs attributions: «L'agence s'étend à toutes les parties du royaume qui ne sont pas spécialement commises par Sa Majesté aux soins de Monsieur, telles que la Normandie, la Bretagne, la partie du Bas-Maine qui se trouve à la rive droite de la Mayenne, l'Anjou et le Poitou, lesquelles se trouvant plus voisines de la Grande-Bretagne et plus à portée d'y communiquer par mer, peuvent être plus aisément surveillées par le lieutenant général du royaume, qualité dont la définition est d'avoir son usage partout où le roi n'a pas donné des ordres, le lieutenant général n'existant qu'en remplacement.»

Cazalès était le correspondant de l'agence à Londres. Elle eut longtemps son siège à Augsbourg. Mais elle n'exerça aucune influence sur les affaires du roi, et consacra à défendre sa précaire existence le temps qu'elle devait à ces affaires. Ce fut d'abord des députés fructidorisés qui voulurent se substituer à elle, à l'instigation du prince de Condé. Le roi dut intervenir pour arrêter cette tentative. Puis, les difficultés vinrent d'Angleterre, où les agents de Monsieur, toujours disposés à excéder leurs pouvoirs, entendaient dicter des ordres à ceux de Souabe. En avril 1799, le cabinet du roi écrivait: «L'agence de Souabe est peut-être dissoute en ce moment par l'effet des intrigues tramées à Londres contre elle.»

[33]: Au milieu des obscurités qui nous dérobent cette organisation et en rendent la reconstitution difficile, on peut cependant en entrevoir les bases et les acteurs principaux. Elle prit le nom d'Institut. Sous les ordres de Willot et de d'André, elle eut des chefs civils et militaires. Les chefs civils prirent le nom de visiteurs et commandaient dans la province. Ils choisissaient les chefs départementaux qui nommaient eux-mêmes aux emplois subalternes. Le comte de Noyant était grand visiteur; le prince de la Trémoïlle, agent général pour Paris, ayant sous ses ordres MM. de Bourmont, de Suzannet, de Châtillon, de Bellegarde; Précy, agent général pour Lyon. MM. de Frotté, de Ramar, de Malon exerçaient de hautes fonctions. Le duc de Lorges commandait en Guienne, le marquis de Guintrau dans l'Agenais. Il faut citer encore MM. de Mauvoisin, de Chaffoy, de Parazol, de Palamini, de Thoriac, d'Esparbès, Dulac et beaucoup d'autres émigrés qui, pour la plupart, ne purent gagner leur poste. Toute cette organisation n'aboutit d'ailleurs qu'à produire une demi-douzaine de bandes à la tête desquelles on vit reparaître, surtout dans le Midi, les gens qui les commandaient avant Fructidor et que le Directoire n'avait pu atteindre. Après Marengo, ce personnel rentra dans l'ombre et ne reparut pas.

[34]: En fait, il s'abstint d'agir. Le 27 mars, il était autorisé à se transporter dans l'intérieur. «Sa Majesté ne doute pas que l'occasion n'y soit incessamment favorable. L'ouverture de la campagne, déjà commencée en Italie, et prête à s'ouvrir sur le Rhin, donnera assez d'occupation aux troupes françaises pour qu'on puisse agir avec sûreté dans les environs de Lyon, surtout si des succès répondent aux préparatifs qui sont faits.» Cette lettre du cabinet du roi n'arracha pas Précy à son immobilité. On en trouve la preuve dans celle-ci, adressée le 22 avril, au président de Vezet: «M. de Précy n'a point encore écrit, et, sans vouloir rien préjuger sur ses plaintes, Sa Majesté trouverait extraordinaire qu'il se formalisât de ce que le général Willot ne lui a pas communiqué les ordres qui lui étaient adressés. Au surplus, elle ne regarde point les provinces que M. de Précy appelle son département comme ne pouvant en être distraites.» Précy, froissé, bouda, se plaignit: «La lettre de M. de Précy m'est en effet parvenue. Le roi n'a pas pensé qu'elle exigeât réponse. Sa Majesté compte toujours sur son zèle et ses bons services.»

[35]: On désignait sous ce nom les habitants du comté de Nice et de la vallée de Tende, qui s'étaient fait remarquer par leur hostilité contre la Révolution française et par leur attitude malveillante contre les armées républicaines.

[36]: C'était d'André. Il les signait «Southers». Une perquisition faite à Paris, chez le banquier au domicile duquel elles étaient payables, révéla son nom.

[37]: Langeron, dans ses Mémoires inédits, raconte qu'au commencement de l'émigration, le comte d'Artois étant allé à Vienne solliciter les secours de l'Autriche, l'empereur Léopold lui fit les promesses les plus positives. M. de Gallo, l'ambassadeur de Naples, exprima à l'empereur son étonnement de la manière dont il s'engageait: «Vous croyez donc à tout cela? s'écria Léopold. Je ne me mets à la tête de votre prétendue coalition que pour empêcher un autre souverain, qui aurait l'intention d'agir efficacement, de s'en rendre le chef.» Il semble que toute la politique autrichienne, pendant la Révolution, soit résumée et prédite dans ce langage.

[38]: À Mitau, on était devenu moins crédule. Dans une lettre adressée par ordre du roi aux agents de l'intérieur, le 8 juin, il était dit: «Sa Majesté voit avec peine que les agents de l'intérieur n'aient de confiance que dans la guerre étrangère et qu'ils semblent se reposer uniquement sur les succès des Autrichiens et déterminés à en attendre les effets pour agir. Comme, en aucun cas, on ne doit espérer que les armées pénètrent en France, les agents de Sa Majesté doivent se mettre en mesure de profiter surtout des moyens que fournit l'intérieur et de toutes les chances que la fortune peut amener. C'est à leur sagesse à les prévoir, c'est à leur dévouement à en profiter.»

[39]: Il gagna l'Angleterre et, de là, les États-Unis, où il vécut jusqu'à la Restauration. À cette époque, il rentra en France. En 1821, il présida à Arbois, dans le Jura, la cérémonie d'inauguration d'une statue élevée à Pichegru. Il mourut peu après. Dans les rapports de la police impériale, j'ai trouvé une lettre du ministre de France aux États-Unis, en date de 1809, répondant à une demande que le gouvernement français lui avait adressée en 1806 au sujet de Willot. Il avait fini par découvrir que ce général «vit avec son frère à Baltimore et qu'il n'y manque de rien».

[40]: Plus tard, quand le gouvernement du premier Consul fit publier les papiers de Bayreuth, il contesta la vérité de cette affirmation. On n'avait saisi sur Goutailler, affirma-t-il, que huit mille francs en lettres de change et non les seize mille louis que Précy devait encore à Wickham. Mais, il faut se défier des rapports de la police de Fouché, vénale et corrompue comme lui. Elle essaya de déshonorer les agents royalistes, en les accusant d'avoir volé les caisses des agences, sans fournir d'ailleurs d'autres preuves que quelques faits isolés. Ce qui est plus vrai, c'est qu'à la fin de 1801, Précy avait totalement remboursé Wickham.

[41]: Ils eurent le temps d'expédier au comité de Bruxelles cet avis: «N'écrivez plus, nous sommes arrêtés.»

[42]: Wickham était déjà retourné en Angleterre avec Pichegru. Imbert-Colomès alla s'y fixer après être resté, dix-huit mois, prisonnier de la Prusse et y mourut en 1809. Précy vécut en Allemagne jusqu'en 1814. Sous la Restauration et jusqu'à sa mort, arrivée en 1820, il commanda la garde nationale de Lyon. D'André s'était réfugié en Gallicie. En 1811, il demandait à être rayé de la liste des émigrés. Louis XVIII le fit tour à tour ministre de la police et intendant des domaines de la couronne.

[43]: Marquis de Bouthillier-Chavigny: Mémoires inédits.

[44]: À Leoben, le monument commémoratif de la paix de 1798 frappa les Condéens de surprise. Deux de ses faces présentaient les titres des plénipotentiaires autrichiens, et la troisième cette inscription en latin: «Bonaparte, général en chef des Français, arriva ici triomphant et y imposa la paix en vainqueur.»

[45]: L'expulsion de ce diplomate donne la mesure du caractère de Paul Ier. Au commencement d'avril, l'empereur exprima son dépit contre l'Angleterre, qui refusait de lui céder Malte dont il s'était déclaré grand maître. Le 29, il fit saisir à Riga quatre navires que Withworth expédiait à Londres. Celui-ci se plaignit avec hauteur. Le tsar demanda son rappel. Puis, le trouvant insolent, après l'avoir traité en ami, il l'expulsa, sans vouloir même que le consul anglais Stéphan Shairp restât à Saint-Pétersbourg. Tout le personnel de l'ambassade dut s'enfuir, «après d'indignes traitements,» disait Withworth, et en emportant les archives. Le comte de Woronzow, ambassadeur à Londres, fut rappelé. Il n'obéit pas d'ailleurs et resta en Angleterre. Les relations diplomatiques entre la Grande-Bretagne et la Russie ne furent reprises qu'en 1801, à l'avènement d'Alexandre.

[46]: Nous l'avons retrouvée sous son enveloppe dans les papiers du roi.

[47]: Les gardes du corps furent dispersés et pour la plupart rentrèrent en France. En septembre 1801, le bruit se répandit que le roi voulait de nouveau les réunir autour de lui, et donner à sa cour l'éclat qu'elle avait à Mitau. Il fit appeler le général de Kohler et opposa à ces rumeurs un démenti formel. Il redoutait d'être expulsé de Varsovie et s'appliqua à démontrer que sa conduite ne méritait aucun reproche. Il ne quittait pas, dit-il, le palais de Lazienski; il n'était allé qu'une fois à la ville, le jour de sa fête, pour dîner chez le prince Poniatowski. Kohler transmit ces propos à Berlin. Le roi de Prusse répondit, en donnant des ordres pour que la cour de l'exilé ne fût pas augmentée et que les titres de ceux qui s'y rendraient fussent examinés avec le plus grand soin. «On est trop aisément compromis par ces gens-là,» disait-il. C'était le moment où, sur la demande de Bonaparte, Précy, Imbert-Colomès et La Chapelle venaient d'être arrêtés à Bayreuth.

[48]: Pour les extraordinaires incidents de la vie de cette aventurière, voir mon livre: Conspirateurs et Comédiennes.

[49]: Il ne l'occupa que jusqu'en 1803, ayant dû quitter à cette époque, pour raison de santé, le service du roi. Le marquis de Bonnay le remplaça.

[50]: La vente fut arrêtée, et la duchesse d'Angoulême rentra en possession de son collier après que le traitement de Russie eut été rétabli.

[51]: Dans l'une d'elles, où le chancelier russe faisait étalage de ses sentiments de sympathie, on lit: «Agréez-en l'assurance de même que celle de la confiance que je place en vous.»

[52]: Il fallut un ordre formel du roi de Prusse pour mettre un terme aux poursuites dont Louis XVIII était l'objet.

[53]: Voici le texte de la lettre que le tsar fit adresser à ses ambassadeurs: «La situation à laquelle se trouve réduit M. le comte de l'Isle (Louis XVIII) à une époque où la tranquillité publique, après tant d'orages, n'a pu être rétablie qu'aux dépens des droits de sa naissance, ne peut être indifférente à tous les souverains de l'Europe. Déchu du milieu d'eux par l'enchaînement des circonstances, il est de leur dignité de ne pas le laisser en peine et toute sa famille dans un abandon qui les expose à éprouver le besoin le plus pressant. Tel serait cependant le sort infailliblement réservé à cette malheureuse famille si, par des mesures de bienveillance, les souverains ne s'empressent de venir à son secours.

«Ceux qui lui ont été donnés par feu l'empereur, ceux que lui a fait tenir tout récemment encore Sa Majesté Impériale ont pu suffire jusqu'ici à ses besoins. Mais, quelque sensible que soit notre auguste maître à la situation de ce prince, quelque porté qu'il soit à l'adoucir, il ne peut supporter la charge trop onéreuse de fournir seul à cette dépense. Il croit que les autres souverains voudront la partager, et c'est dans le dessein de les engager à assurer à ce prince, par une contribution volontaire, des moyens d'existence qui le mettent hors de l'atteinte du besoin, que l'empereur s'adresse aujourd'hui à quelques cours, plaçant une pleine confiance dans leurs sentiments et leur générosité.»

[54]: C'est en vain que j'ai cherché dans les archives d'Italie quelque document propre à justifier les propos de Talleyrand; je n'ai trouvé aucune trace de la négociation à laquelle il faisait allusion et qui, d'ailleurs, à supposer qu'elle eût eu lieu, ne pouvait aboutir, à en juger du moins par la réponse de Louis XVIII aux propositions de la Prusse, dont il va être question.

[55]: Surnom fréquemment employé par le roi pour désigner le duc de Berry.

[56]: Allusion à la comtesse de Polastron, qui vivait avec le comte d'Artois.

[57]: Date de leur séparation à Hamm, depuis laquelle ils ne s'étaient pas revus.

[58]: On lit dans la même lettre: «La seule chose que je puisse ajouter aux nouvelles politiques, c'est que, depuis que j'ai quitté Londres, trois personnes sont déjà venues m'offrir d'assassiner Bonaparte. Vous jugez avec quel mépris j'ai repoussé ces infâmes propositions. Ce ne sera jamais avec l'arme des lâches que nous combattrons nos ennemis.» Le roi répond: «Je vous ai reconnu à l'indignation avec laquelle vous avez repoussé les infâmes propositions qu'on a osé vous faire.» Déjà, à l'occasion de la machine infernale, il disait: «J'en anathématise les auteurs quels qu'ils soient.»

[59]: Il crut devoir en avertir l'empereur Alexandre et lui énumérer les raisons qui l'avaient décidé à s'en charger. Les raisons sont celles qu'on va voir le président de Meyer essayer de faire prévaloir auprès de Louis XVIII. Le tsar, en répondant au roi de Prusse, fit remarquer qu'il était avant tout nécessaire, pour légitimer cet arrangement, «que les princes y consentissent de leur plein gré.» Dans le premier volume de la correspondance du duc d'Enghien (pp. 265 et suiv.), le comte Boulay de la Meurthe a réuni diverses pièces relatives à cette affaire.

[60]: Elle était la sœur de lord Moira qu'on a vu figurer, à plusieurs reprises, dans ces récits, et notamment à l'époque de Quiberon. Le père de ce personnage, sir John Rawdon-Rawdon, baronnet, avait été créé earl de Moira, dans la pairie d'Irlande, le 9 avril 1750. Marié avec une Hastings, il eut un fils en 1754, celui dont il est ici question, qui fut gouverneur général de l'Inde, et mourut en 1826, gouverneur et commandant en chef de l'île de Malte. Il était décoré de l'ordre de la Jarretière. Il a laissé des descendants.

[61]: Il faut cependant remarquer que certains traits de la conduite du prince avaient déplu au roi et notamment ses rencontres, dans des dîners, avec des personnages que le roi ne considérait pas comme ses amis: «Je crois remarquer, par le ton de votre lettre, écrit-il à son frère le 5 juillet 1802, que vous n'êtes pas content de nos nouveaux convertis, et, à vous dire vrai, je n'en suis pas surpris. J'entends aussi parler de certaines rencontres à des dîners priés, qui ne me séduisent pas beaucoup. Auriez-vous donc perdu votre primitive influence sur eux? Ce serait un malheur, et il faudrait tâcher de la regagner.» Ajoutons que les faits qui dictaient au roi ce langage résultaient du hasard et d'un malentendu auquel une explication du duc d'Orléans mit fin promptement.

[62]: Cette affirmation du comte d'Artois, confirmée par ses précédentes déclarations à son frère (voir la note de la page 291), donne un démenti formel à divers témoignages recueillis au cours du procès Cadoudal, tendant à établir qu'il connaissait le dessein d'assassiner Bonaparte et l'avait approuvé. Mais, elle est contredite par des documents authentiques, tels que les lettres de Botherel au prince de Condé en date des 11 et 14 août 1803 (Archives de Chantilly): «Ce sont l'assassinat et la chouannerie qui ont prévalu, écrit Botherel à l'occasion du départ de Georges pour la France. Georges est parti pour aller faire, s'il le peut, assassiner Bonaparte ...» Et parlant du comte d'Artois, il ajoute: «Je crois être sûr qu'il est trompé, qu'il est mal conseillé et qu'il a connaissance de tout ce qui se prépare.» Il se peut, d'ailleurs, que les soupçons de Botherel, qui croit le prince instruit de tout, ne reposent que sur des suppositions et non sur des faits positifs. C'est au surplus une question que peut seule élucider une histoire impartiale et complète du complot Cadoudal que nous ne connaissons jusqu'ici que par un procès, où l'accusation, laborieusement charpentée par des hommes de police, a ajouté de nombreux mensonges aux preuves trop positives de la culpabilité de quelques-uns des accusés.

[63]: J'ai eu le regret de ne pas la retrouver dans les papiers du roi. En revanche, il en est une autre du 9 novembre, qui annonce au roi la mort du fils de Mme de Polastron. Officier dans l'armée anglaise, il a succombé à la fièvre jaune à Gibraltar. «La manière, mande le comte d'Artois à son frère, dont je vous avais recommandé le malheureux jeune homme que je suis réduit à pleurer, et la tendresse si naturelle que je portais au fils unique de l'amie qui m'a été enlevée suffisent pour vous donner une idée de l'état de mon cœur et de mon âme.»

[64]: Il était atteint déjà de la maladie qui, dix ans plus tard, nécessita la régence du prince de Galles.

[65]: D'Oubril, à Paris, demanda ses passeports le 28 août; ils lui furent envoyés le même jour. D'Hédouville avait déjà quitté Saint-Pétersbourg, ainsi que Rayneval, resté derrière lui comme chargé d'affaires.

[66]: En 1797, alors que Joseph de Maistre était à Turin, et venait de publier son livre: Considérations sur la France, des relations s'étaient nouées entre lui et d'Avaray. Le souvenir de ces relations décida Louis XVIII, en 1804, à demander à l'illustre écrivain son avis sur la Déclaration. On verra plus loin, comme par la publication de la correspondance de Joseph de Maistre avec Blacas, quelle vive et tendre amitié se forma entre eux, à suite de leur rencontre à Saint-Pétersbourg.

[67]: Dès le 20 juillet, le roi de Prusse avait donné avis à Lucchesini, son ministre en France, des projets du prétendant: «Je vous en informe afin que vous puissiez en parler, puisque le gouvernement français paraît attacher, à tort, de l'importance aux démarches même les plus innocentes de cet infortuné prince. Je m'attends au moins que dans aucun cas, on ne paraîtra vouloir s'enquérir officiellement de cette correspondance indifférente dont personne absolument n'a le droit de se mêler.»

[68]: En avril 1806, Louis XVIII ordonne que, désormais, son dîner ne sera que de trois plats, que les traitements de sa maison au-dessus de douze cents francs seront réduits de 20 pour 100, et que le fonds de la caisse de secours le sera de trente-six mille à douze mille.

[69]: On peut voir par les lettres de Joseph de Maistre à Louis XVIII et au comte d'Avaray (t. 1er, pp. 229, 261, 264, 267, de la Correspondance, Vitte et Perrussel, éditeurs, Lyon) qu'il n'approuva pas, dans toutes ses parties, le manifeste royal, mais que, pour la plupart, les corrections qu'il proposait ne furent pas acceptées par le roi, bien que d'Avaray les eût sollicitées, en disant: «De toutes les vanités d'auteur, la plus déplacée serait celle du roi ou la mienne. Taillez, réformez, supprimez, ajoutez.» Du reste, Joseph de Maistre n'en parut pas offensé.

[70]: Il résulte de cette citation que ce n'est pas Talleyrand, ainsi qu'on l'avait toujours supposé, qui prononça, le premier, en 1814, ce mot: légitimité.

[71]: On sait que la maladie de son père ayant dégénéré en aliénation mentale, le prince de Galles fut proclamé, en 1810, régent du royaume, sur lequel il régna plus tard sous le nom de Georges IV.

[72]: Plusieurs émigrés, officiers dans l'armée russe, assistaient à cette bataille, et notamment le comte de Langeron, Emmanuel de Saint-Priest et son frère, le comte de Rastignac, le baron de Damas, M. de Boissaison, M. de Villerot qui fut tué, et les deux fils de la princesse de Broglie-Revel, dont l'aîné fut blessé à mort.

Leur mère était en Russie. Le tsar lui écrivit pour lui annoncer la mort de son fils et pour rendre hommage à la valeur de celui qui survivait. Mais cet éloge ne la consola pas. Toute à sa douleur, elle disait à Blacas:

—Il a emporté tout mon bonheur. Je l'eusse sacrifié pour le roi. Mais, c'est inutilement qu'il a péri.

[73]: Allusion à l'attentat dont il fut l'objet en 1796, à Dillingen. Voir tome Ier, p. 375.

[74]: «Monsieur, le langage du cœur est compris par chacun; peut-être mon esprit expliquerait difficilement vos paroles; mais mon cœur conçoit et sent parfaitement le sens.»

[75]: Je lui serrai affectueusement la main.

[76]: «Si une de ces dames comprenait le français ...»

[77]: Nous a acclamés par trois hurrahs.

[78]: Homme véritablement aimable.

[79]: Il est remarquable que tandis que l'empereur Alexandre s'obstinait à appeler Louis XVIII le comte de l'Isle, le prince de Galles et les ministres anglais, en s'adressant à lui, écrivaient: «Sire» et «Votre Majesté», et en parlant de lui: «Sa Majesté très chrétienne.»

[80]: Les relations avouées de Mme de Saint-Martin avec l'abbé de Lageard, alors employé dans les bureaux de Talleyrand, aux Affaires étrangères, permettent de penser qu'elle était en rapport avec la police de Fouché.

[81]: Il en était de même en Russie. De Maistre écrit: «Le caractère général du gouvernement le porte à tout cacher.»

[82]: La correspondance inédite de Joseph de Maistre avec le comte de Blacas devant faire l'objet d'une publication spéciale, je me borne ici à en donner de courts extraits.

[83]: La duchesse d'Orléans avait fait un séjour de plusieurs années en Espagne, durant lequel elle eut à subir de très cruelles épreuves. Le conventionnel Rouzet, qu'elle avait connu sous la Terreur, à la prison des Carmes, où il était détenu, l'avait suivie dans cet exil, auquel le Directoire l'avait contrainte. Créé comte de Folmon par le roi d'Espagne, il se dévoua à elle, l'accompagna à Mahon lorsque l'occupation de la péninsule par les Français l'obligea à en sortir. Il alla avec elle à Palerme et après 1814, rentrés en France, ils ne se quittèrent plus. Dans une lettre au roi, écrite de Mahon, au moment où elle va passer en Sicile, elle lui recommande chaleureusement «le galant homme qui a fait tant de sacrifices, s'est si courageusement exposé à tant de dangers pour faire preuve de sa fidélité à ses légitimes souverains, et pour la seconder dans la si pénible situation où elle s'est trouvée». M. G. Lenôtre, dans son ouvrage: Vieilles maisons, vieux papiers (première série), a consacré quelques pages à ce très pur et très touchant roman d'amitié.

[84]: Cette lettre, écrite à Bagacia, près de Palerme, fut transmise, le 9 juin, à d'Avaray, par la jeune duchesse d'Orléans. Elle lui écrivait: «Le duc d'Orléans, mon cher époux, au moment de partir pour l'Espagne où il a été appelé par le Conseil de régence pour prendre le commandement de l'armée de Catalogne, n'a pas eu le temps, monsieur le duc de vous adresser l'incluse pour Sa Majesté le roi et de vous faire tous ses compliments. Il m'a laissé cette commission qui m'a été bien agréable, me procurant l'occasion de vous exprimer toute l'estime que j'ai pour celui qui a donné des preuves si éclatantes de son attachement pour son auguste maître. Je vous prie, en présentant cette lettre à Sa Majesté le roi de lui offrir les respectueux hommages de celle qui, souffrant les peines les plus cruelles en se voyant séparée du meilleur des époux, ne cesse de former les vœux les plus ardents pour que cet époux puisse, en partageant la gloire des braves Espagnols, contribuer au bonheur de Sa Majesté, ce qui est toujours l'objet de ses désirs. Je suis, avec toute la considération, votre affectionnée,—Marie-Amélie.»

[85]: Trompé par l'Almanach de Gotha et par les dires du marquis de Bouthillier dans ses Mémoires inédits, j'ai fixé, dans la première édition du premier volume de cette histoire, à l'année 1798 la date de leur mariage. Comme on le voit ici, il n'eut lieu qu'en décembre 1808. Pour tout ce qui a trait à leur longue liaison, on lira avec fruit l'attachante étude que le marquis de Ségur a consacrée à la princesse de Monaco dans son livre: la Dernière des Condé. Il y donne quelques fragments des lettres que j'ai cru devoir reproduire in extenso.

[86]: Déjà, en 1797, on peut voir, dans les lettres du roi à son frère, ce qu'il pensait de Puisaye. Le 14 août de cette année, il écrivait:

«La sagesse de Salomon a présidé à tes entretiens avec lui; mais, c'est un gaillard aussi retors qu'il y en ait, et je me trompe fort, ou il voudrait avoir, vis-à-vis de nous, le mérite du désintéressement, et créer cependant une force de choses qui le fasse retourner malgré nous en Bretagne. Il ne faut pas un grand effort de pénétration pour augurer cela; il me suffit d'avoir lu des extraits de lettres, qu'il m'a envoyés et que je t'envoie à mon tour, car je le crois très capable de ne vouloir faire qu'à moi l'honneur de correspondre arec lui. Il faut remédier à cela, et le remède est bien simple: c'est de suivre la ligne que tu as tracée toi-même, d'y faire marcher Puisaye: qu'il te rende les comptes qu'il peut avoir encore à rendre, et qu'il ne renverse pas l'ordre hiérarchique en me les rendant directement. Il est convenu de tout; ainsi, il ne peut se plaindre de rien, et certes, les formes que tu sais employer ne sont pas propres à lui donner des sujets de plaintes. Mais je te recommande de le veiller comme du lait sur le feu, car il est le diable.»

[87]: «Lundi, 10 janvier 1689 ... À Saint-Germain où elle (Éléonore d'Est, épouse de Jacques II) se trouva toute servie comme la reine, de toutes sortes de hardes, parmi lesquelles était une cassette très riche avec six mille louis d'or.

«Hier ... le roi envoya dix mille louis d'or au roi d'Angleterre.»

«Lundi, 17 janvier 1689 ... Ils (Jacques II et sa femme) n'ont voulu que cinquante mille francs par mois et ont réglé leur vie sur ce pied.

«Mercredi, 26 janvier 1689 ... Les Majestés n'ont accepté de tout ce que le roi voulait leur donner que cinquante mille francs et ne veulent point vivre comme des rois.»

[88]: La pompe onéreuse donnée à ces funérailles fut généralement blâmée en Angleterre. Les ministres ne voulurent payer qu'une part des frais qu'elles avaient occasionnés, et, à la suite de débats pénibles, celle qui restait au compte de Louis XVIII s'éleva encore à plus de mille livres sterling.

[89]: Enterré dans l'église de Santa Luzia, à Madère, son corps fut ramené en France en 1824.

[90]: Aussitôt après le départ de d'Avaray pour Madère, le comte de Blacas avait pris à sa place la direction du cabinet du roi. D'Avaray mort, il la conserva. Le roi se plut à laisser à ces fonctions la forme qu'elles avaient toujours eue et jusqu'à l'usage quotidien de la «cassette» dans laquelle, chaque matin, il recevait la correspondance annotée par son secrétaire et la lui renvoyait avec ses observations. On lit dans une lettre de Louis XVIII à Blacas, postérieure à la mort de d'Avaray: «J'ai souvent vu sur votre bureau une certaine cassette de maroquin. Mais, vous ne sçaves peut-être pas une chose, c'est que j'en ai la clef dans ma poche. Envoyez-la-moi vide; je la remplirai avec votre expédition d'aujourd'hui; c'est la manière la plus commode quand vous ne pouvez pas venir et que la chose demande réponse.»

[91]: Il était aide de camp de Berthier pendant la campagne de Russie, et fut tué au passage de la Bérézina.

[92]: C'est une lettre du comte de Brion à Blacas, qui nous révèle cette particularité. D'autre part, le comte de Rochechouart, qui avait pris du service en Russie et fit la campagne de France dans l'état-major de l'empereur Alexandre, raconte dans ses mémoires, qu'en 1814, Alexis de Noailles était officier d'ordonnance de Bernadotte, en remplacement du fils de Mme de Staël, qui avait été grièvement blessé en duel.

[93]: Il n'y a pas eu moins de huit officiers de ce nom, et de la même famille, tous nés à Rennes, dans les armées de la République et de l'Empire. Sept d'entre eux étaient les fils de Jean-Michel Rapatel, chirurgien, professeur à l'École de chirurgie de cette ville. Le plus illustre fut le lieutenant-général baron Rapatel, pair de France sous Louis-Philippe, mort en 1852. Un de ses aînés, Auguste-François-Marie, devint maréchal de camp, fut créé baron par Louis XVIII et mourut en 1839.

Celui dont il est ici question était chef d'escadron, aide de camp de Moreau; il fut mis en réforme en septembre 1804, après le procès Cadoudal. Je n'ai pu établir à quelle époque il passa en Russie et fut fait colonel au service impérial. Il était au quartier général des Alliés en 1813, lorsque Moreau y parut; il reprit auprès de lui ses fonctions d'aide de camp. Attaché, après la mort du général, à l'état-major du tsar Alexandre, il fut tué, le 25 mars 1814, au combat de La Fère-Champenoise pendant qu'il haranguait les héroïques soldats du général Pacthod pour les décider à se rendre aux Russes, qui menaçaient de les écraser.

Au même combat assistait, dans les rangs français, un de ses frères, Prosper-Marie, capitaine d'artillerie. Tombé aux mains des Cosaques, ils étaient en train de le dépouiller lorsqu'il parvint à se faire reconnaître comme frère de l'aide de camp d'Alexandre et apprit sa mort au moment où il demandait à être conduit auprès de lui. Il n'en fut pas moins bien traité par les Russes. Retraité comme colonel d'artillerie, il est mort en 1862.

[94]: Ce rapport, que j'ai retrouvé dans les papiers de Louis XVIII, est partiellement reproduit dans les Souvenirs du comte de La Ferronnays, dont on doit la publication au marquis Costa de Beauregard.

[95]: Le général comte de Montrichard, émigré, qui avait pris du service en Suède. Il faisait partie de l'état-major de Bernadotte et était admis dans son intimité.

[96]: Allusion à Cléry, l'ancien domestique de Louis XVI, à qui Louis XVIII avait accordé la croix de Saint-Louis.

[97]: S'il faut en croire les rumeurs qui couraient alors à Saint-Pétersbourg, le comte de Romanzoff, qu'on a vu à Coblentz embrasser avec ardeur la cause des Bourbons, conseillait à son maître de se réconcilier avec Napoléon, duquel il disait que seul il pourrait donner l'Orient à la Russie.

[98]: À cette époque, les journaux anglais publièrent un pressant appel de Louis XVIII au tsar, en faveur des prisonniers français faits pendant la campagne de Russie: «Que m'importe, disait-il, sous quels drapeaux ils ont marché! Ils sont malheureux, je ne vois plus en eux que mes enfants. Je les recommande aux bontés de Votre Majesté Impériale. Qu'Elle veuille bien considérer tout ce qu'ils ont déjà souffert! Qu'Elle daigne adoucir la rigueur de leurs maux! Qu'ils sentent enfin que leur vainqueur est l'ami de leur père. Votre Majesté Impériale ne saurait me donner une preuve plus touchante de ses sentiments pour moi!» Cette lettre, qu'on essaya de répandre en France, porte la date du 2 février 1813. Mais je n'ai pu découvrir par qui elle fut remise au tsar. La Ferronnays, qui partit d'Angleterre peu de jours après qu'elle eut été écrite, n'en parle pas dans sa relation.

[99]: Au même moment, d'autres émissaires partaient pour la France, afin d'y disposer les esprits au prochain retour du roi. À propos de l'un d'eux, le marquis de Chabannes, il y a lieu de citer le trait suivant:

En 1793, ayant écrit au comte de Provence, alors à Hamm, pour lui offrir ses services, il en avait reçu cette réponse datée du 10 février: «Je suis fort touché, monsieur, des nobles sentiments que vous m'exprimez, et certes, quand le jour de la vengeance arrivera, je compte sur vous pour m'y aider.

«Louis-Stanislas-Xavier.»

Chabannes avait pieusement conservé ce billet. Vingt ans plus tard, le 28 octobre 1813, au moment de se jeter en France par ordre de Louis XVIII, il le lui renvoyait après avoir écrit sous la signature du prince: «Sire, votre fidèle sujet a cherché à répondre aux bontés et à la confiance honorable que Votre Majesté a daigné lui témoigner. S'il meurt pour vous servir, il prend la liberté de vous recommander sa femme et ses enfants.

Chabannes.»

Nous avons sous les yeux ce double et touchant autographe.

[100]: Elles étaient adressées à d'Avaray dont, en 1813, la mort, survenue en 1811, était encore ignorée en Amérique. Blacas les ouvrit et les communiqua au roi.

[101]: Le comte de Bouillé était le parent éloigné du général marquis de Bouillé, qui avait été mêlé au drame de Varennes.

[102]: Ce n'était pas l'opinion générale. De Maistre écrivait à Blacas: «Il faudrait au reste, mon cher comte, pour savoir si et jusqu'à quel point cette mort est un malheur, savoir précisément quelle sorte d'esprit animait cet homme. Il s'est toujours montré très faible par le caractère, et, dans les grandes aventures, c'est le caractère qui agit bien plus que les talents.» Le comte de Brion, au lendemain des obsèques de Moreau qui eurent lieu à Saint-Pétersbourg et auxquelles il refusa d'assister pour «ne pas sanctionner les honneurs rendus à sa cendre, par la présence d'un serviteur fidèle au maître», émettait, sous une forme bien autrement sévère, la même opinion. «Il n'a point cessé d'être pour moi le Moreau qui a combattu pour Robespierre et pour Danton. Quelles étaient ses intentions dans cette dernière et éclatante circonstance? Je les ignore; je ne les pénètre pas. Je doute qu'elles eussent pour but le rétablissement du souverain légitime.» Moreau fut enterré dans l'église catholique de Saint-Pétersbourg. Son compatriote, le Père Rosaven, jésuite, prononça son oraison funèbre. «Le gouvernement russe, dit encore le comte de Brion, n'avait invité personne à la cérémonie; y a assisté qui avait voulu: le chancelier et tous les ministres de l'empereur. Des ministres étrangers, il n'y eut que celui d'Amérique et le comte de Maistre.»

[103]: D'après Bouillé, Mme de Staël écrivait de Londres à de Camps: «Il y a ici deux partis dans la famille de Bourbon, celui des vieux et celui des jeunes. Les premiers, c'est-à-dire le prétendant et son frère, ne veulent de la monarchie qu'autant qu'ils pourront en jouir, avec tous les préjuges de l'ancien régime dans leur arrogante perfection. La France se déshonorerait si elle les rappelait à ces conditions. Monsieur est de tous celui qui se donne le plus de mouvement. Ils paraissent avoir un parti assez considérable dans le ministère, et le prince Régent se prononce entièrement en leur faveur. Mais, s'ils n'y prennent garde, ils feront le plus grand tort aux ministres et soulèveront toute l'opposition contre eux. Ils s'imaginent avoir beaucoup de partisans dans le midi de la France, tandis qu'ils en ont à peine quelques-uns.»

En constatant que cette «plume perfide ne traçait de choses un peu flatteuses que sur le duc de Berry, à qui elle voulait bien accorder de la vivacité, de l'ardeur et des moyens», Bouillé s'écriait: «Cette malheureuse n'est donc pas encore contente de tout le mal que son père a fait à la France et à la maison de Bourbon! Elle veut être sa digne fille en tout. Méfiez-vous-en donc beaucoup, et si la chose n'est pas d'une répugnance trop insurmontable, cherchez à la gagner. Elle se vante aussi que les princes l'ont essayé. Si c'était vrai, on aurait bien mal réussi.»

[104]: La correspondance de Mme Moreau fut, durant ces journées agitées, une précieuse source d'informations pour Louis XVIII, et aide à comprendre la grâce qu'il lui fit, rentré à Paris, en décidant qu'elle porterait désormais le titre de maréchale et jouirait des avantages et des honneurs attachés à ce titre, justifié en outre, aux yeux du roi, par celui de feld-maréchal, accordé par le tsar à Moreau.

[105]: En ce moment, avait lieu à Châtillon la conférence diplomatique où fut tenté un dernier et suprême effort en faveur de la paix, et qui, faute de sincérité réciproque, n'aboutit qu'à une rupture définitive entre Napoléon et les Alliés.

[106]: C'est le comte de Bouillé, encore vivant en 1852, qui racontait ce trait qu'il disait tenir du duc de Duras.

[107]: Je dois, en achevant ces récits, exprimer ma reconnaissance à M. le duc de Blacas, de qui je tiens tant de documents de haut prix, qui forment le principal mérite de mon livre et m'ont puissamment aidé à lui imprimer l'accent de la vérité. Il m'a ouvert ses archives avec une libéralité bienveillante qui l'honore et honore, dans ma personne, la science historique. Grâce à lui, j'ai pu réaliser le vœu qu'en 1801, se croyant proche de la mort, le comte d'Avaray exprimait à l'abbé Edgeworth, confident de ses dernières volontés. Il souhaitait un ouvrage «dont les lettres du roi formeraient pour ainsi dire les bases, et auxquelles les siennes et les notes éparses dans ses papiers serviraient de commentaires.» Cet ouvrage est fait aujourd'hui. Le comte d'Avaray l'eût conçu dans un autre esprit que moi. Mais, j'ose dire qu'il n'eût pu mettre plus de conscience et d'impartialité que je n'en ai mis dans le mien.