CHAPITRE DEUXIÈME

On est aujourd'hui absolument certain de l'endroit où hivernèrent les navires de Jacques Cartier en 1535-1536. Ce site est l'embouchure de la rivière Lairet.

La seule difficulté, et c'en est une considérable, est de savoir si le Fort Jacques Cartier fut bâti sur la rive droite ou la rive gauche de la rivière Lairet.

Tout milite cependant en faveur de l'opinion allant à dire que la rive gauche du Lairet fut l'exact emplacement du Fort Jacques Cartier. A mon sens, le monument commémoratif, que le Cercle Catholique de Québec fait élever au Découvreur, sera historiquement bien placé.

Consulter à ce propos ce que les anciens historiens ont écrit relativement à la Rivière Ste-Croix où Jacques Cartier se fortifia et mis ses navires en hivernements en 1535-36. Pages 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118 et 119 de l'Appendice qui accompagne la relation des trois Voyages (1534-1535-1541) de Jacques Cartier--édition canadienne de 1843.

"La maison principale des Missionnaires Jésuites était à Notre Dame des Anges, à deux kilomètres (demi-lieue) du Fort que Champlain avait bâti (Québec). Notre Dame des Anges, sur les bords de la rivière Lairet, près de Québec, rappelle un souvenir bien plus ancien que la résidence des Pères Jésuites. C'est là qu'en 1535 le grand explorateur du Canada, Jacques Cartier, éleva un petit fort pour passer l'hiver avec ses hardis marins. Avant de quitter ces rives, où une partie de sa troupe fut décimée par le scorbut, et où il se vit forcé d'abandonner un de ses vaisseaux, il planta une grande croix avec un écusson aux armes de France et l'inscription: Franciscus Primus, Dei gratia Francorum rex, regnat. François Ier, par la grâce de Dieu roi de France, règne." Le Père Isaac Jogues, premier apôtre des Iroquois, par le Rév. P. F. Martin, chapitre II, page 24.

"En 1626, les Jésuites avaient formé là (à Notre Dame des Anges) leur première résidence, à 2 milles de Québec, sur la rive droite de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière St. Charles. C'était l'extrémité du terrain que leur avait donné le duc de Vantadour, sous le nom de Seigneurie Notre-Dame des Anges. Ce bien portait encore le nom de Fort Jacques Quartier parce qu'en 1535, il avait été obligé d'y hiverner. On Y voit encore aujourd'hui quelques ruines de l'ancienne maison des jésuites." Biographie de Père François-Joseph Bressani par le Rév. Père F. Martin de la Compagnie de Jésus. Première annotation de la page 15, édition de 1852.

Le commentateur de l'édition canadienne des Voyages de Jacques Cartier, publiés sous la direction de la Société Historique de Québec, dit à la note 22 de la page 114 de l'appendice:

"Les Récollets arrivèrent dans la Nouvelle-France en 1615. Les Jésuites ne vinrent qu'en 1625 et 1627 ces pères commencèrent un établissement sur la rive droite de la petite rivière Lairet à l'endroit où elle tombe dans la rivière St. Charles."

Ce même commentateur dit encore à la note 2 de la page 109 de l'appendice, en parlant du fort Jacques Cartier:

"On aperçoit encore aujourd'hui, (cela était écrit en 1843), sur la rive gauche de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière St. Charles, des traces visibles de larges fossés, ou espèces de retranchements."

L'opinion évidente du commentateur est que le Fort Jacques Cartier occupait la rive gauche du Lairet, et la résidence des Jésuites, la rive droite.


L'automne de 15358 vit donc arriver les premiers blancs qui soient venus à Québec, (14 septembre 1535). Ils se firent un retranchement sur la rive gauche de la petite rivière Lairet, près de l'endroit où celle-ci se jette dans ra rivière St-Charles, vis-à-vis la Pointe-aux-Lièvres. Ils hivernèrent dans cet endroit, à l'abris de deux de leurs vaisseaux, la Grande Hermine et la Petite Hermine, et de leur retranchement.

Le 3 mai 1536, Jacques Cartier fit planter, à ce même endroit, une grande croix d'environ trente-cinq pieds de hauteur, au croisillon de laquelle il fit attacher un écusson aux armes de France avec l'inscription suivante: Franciscus primus, Dei gratia Francorum rex, regnat.

Quatre vingt-dix ans plus tard, l'emplacement du premier hivernement des Français sur la terre canadienne devint celui du premier monastère des missionnaires Jésuites. Ceux-ci en prirent possession dans une cérémonie solennelle qui eut lieu le 23 septembre 1625. Ce lieu, dit le P. Martin, portait le nom de Fort Jacques Cartier, en mémoire de ce navigateur célèbre qui l'avait illustré quatre-vingt-dix ans auparavant par son courage et sa piété... Il était situé tout près du couvent (des Récollets), mais de l'autre côté de la rivière St-Charles, au point où le Lairet lui verse le tribut de ses eaux.

"Ainsi, un triple souvenir s'attache à la pointe de terre située au confluent de la rivière St-Charles et de la rivière Lairet.

"C'est l'emplacement du premier hivernement des blancs sur la terre du Canada.

"C'est le lieu où Cartier fit arborer le signe de la Rédemption, en face de l'antique Stadaconé.161

"C'est le coin du sol canadien d'où partirent les premiers héros de cette grande épopée qui s'appelle les Missions des Jésuites dans la Nouvelle-France".162

Note 161: Lors de son premier voyage, Cartier avait planté une croix à l'entrée du Bassin de Gaspé (le 24 juillet 1534). L'année suivante, en revenant d'Hochelaga, il fit planter une deuxième croix sur une des îles de l'embouchure de la Rivière St-Maurice (le 7 octobre 1535). Ce ne fut que le 3 mai 1536, fête de l'Invention de la Ste-Croix, trois jours avant son départ de Stadaconé, au confluent des rivières St-Charles et Lairet.

Note 162: Extrait d'une Chronique publiée, par M. Ernest Gagnon, dans Les Nouvelles Soirées Canadiennes, livraison du mois d'août 1882.

C'est à cet endroit même que le comité littéraire et historique du Cercle Catholique de Québec, doit, avec l'aide d'une souscription nationale, faire élever un monument à la France colonisatrice et chrétienne, au Découvreur et aux missionnaires martyrs. Le dessin de ce monument est presque achevé. Il est de M. Eugène Taché, l'artiste instruit et inspiré qui a déjà doté Québec de si beaux monuments architectoniques.

"Les journaux de la province de Québec vous ont fait connaître le projet d'érection d'un double monument à l'endroit précis où Jacques Cartier et ses hardis compagnons passèrent l'hiver de 1535-36 et où, quatre-vingt-dix ans plus tard, les Pères Jean de Brébeuf, Ennemond Masse et Charles Lalemant jetèrent les bases de la première résidence des missionnaires Jésuites dans la Nouvelle-France.

"L'emplacement appelé Fort Jacques Cartier a déjà été acheté par le Cercle Catholique de Québec. Il occupe une pointe de terre, au confluent des rivières St. Charles et Lairet, et offre aux regards un site admirable, digne des grands souvenirs qui s'y rattachent.

"Le comité littéraire et historique du Cercle s'adressa aujourd'hui à votre générosité et à votre patriotisme, et il vous invite à contribuer, par votre souscription, à la réalisation de son projet, qui a déjà reçu l'adhésion des principaux organes de la presse française et anglaise de la province.

"Ce projet consiste:"

"1. A faire élever un fac-simile, en fonte, de la croix plantée par Jacques Cartier, le 3 mai 1536, sur les bords de la rivière St. Charles, avec l'écusson fleurdelisé et l'inscription Franciscus Primus, Dei gratia Francorum rex, regnat. Cette croix sera fixée dans un socle en granit, et aurait 35 pieds de hauteur."

"2. A faire construire une sorte de tumulus à la mémoire des premiers missionnaires de la Nouvelle-France."

"Les noms de tous les souscripteurs, indistinctement seront inscrits dans deux cahier d'honneur, dont l'un sera adressé au Maire de St. Malo (en France), et l'autre remis au Maire de Québec, pour être conservé dans les archives de ces deux filles." 163

Note 163: Extrait de la Circulaire publiée par le Cercle Catholique de Québec, en février 1887.


M. de Voutron, en 1716, commandant le Saint-François, écrivait de La Rochelle même, où avait habité Jean Alfonse le célèbre pilote saintongeois, contemporain de Jacques Cartier:

"J'ay esté sept fois en Canada, et quoyque je m'en sois bien tiré, j'ose assurer que le plus favorable de ces voyages m'a donné plus de cheveux blancs que tous ceux quej'ai faits ailleurs.

"Dans tous les endroits où l'on navigue ordinairement, on ne souffre point et l'on ne risque pas comme en Canada. C'est un tourment continuel de corps et d'esprit.

"J'y ay profité de l'avantage de connoistre que le plus habile ne doit pas compter sur la science".

Si les difficultés de la navigation du Canada étaient telles encore après un siècle de fréquentation continue, quelles ne devaient-elles être au début, lorsque Jean Alphonse en écrivait le routier dna le plus grand détail?

Nous ne pouvons donc trop faire attention à ces paroles d'un capitaine de vaisseau, dites près de deux siècles après l'ouverture de la navigation du Saint Laurent par Jean Alfonse et Jacques Cartier.

Pierre Margry: Les Navigations Françaises et la Révolution Maritime du 14ième siècle IV Le chemin de la Chine et les Pilotes de Pantagruel: pages 324 et 325.

"On ne peut se défendre de faire remarquer avec quelle prudence, quel tact, quel jugement admirable, et en même temps avec quel courage, Jacques Cartier pénétra dans des pays ignorés, sans accident, quoique avec de très faibles moyens. En examinant sa conduite, on ne le trouve pas seulement un grand navigateur, mais un habile politique, un observateur puissant, un maître accompli dans l'art de se préparer les voies au milieu des populations inconnues. Que l'on compare de près cette conduite avec celles des Cortez et des Pizarre, et l'on verra que, la question d'humanité laissée de côté, quoiqu'elle vaille assurément la peine d'être prise en considération, ce n'est pas à ceux-ci qu'est l'avantage."

Léon Guérin: Les Navigateurs Français, page 80.

"L'expédition--(celle de 1535)--était accompagnée de deux chapelains Dom Guillaume Le Breton et de Dom Anthoine."

Ferland: Histoire du Canada, ch. Ier, page 22.

Ce titre de Dom fait présumer que ces deux prêtres étaient des religieux bénédictins.

"Le 26 Juin 1615 le Père Récollet Jean Dolbeau célébrait à Québec, au son de la petite artillerie de l'habitation la première messe qui ait été dite depuis l'époque de Jacques Cartier."

Laverdière: Histoire du Canada, Ch. II, page 37.

L'abbé Faillon, dans une longue et savante dissertation, répond dans l'affirmative à ceux qui lui demandent si Jacques Cartier avait des aumôniers lors de son second voyage au Canada. Leurs noms, d'ailleurs sont inscrits sur le rôle d'équipage que Jehan Poullet présenta à la Communauté de la Ville de St-Malo, à sa réunion du 31 mars 1535.

Les extraits suivants de la Relation du Second Voyage de Jacques Cartier, confirment absolument cette opinion.

"Le septième jour du dict mois, jour de Notre-Dame (7 août 1535, samedi)--après avoir ouï la messe, nous partîmes de la dite Isle--(Il aux Coudres)--pour aller amont le dit fleuve."

Page 33 de l'édition de 1843; verso du feuillet 12 de l'édition de 1545.

"Ils--(les interprètes)--répondirent que leur dieu nommé Cudragny avait parlé à Hochelaga et que les trois hommes devant ditz--(ci-haut mentionnés)--estaient venus de par luy leur annoncer les nouvelles qu'il y avaient tant de glaces et de neiges qu'ilz mourraient tous. Desquelles paroles nous prismes tous à rire, et leur dire que leur dieu Cudragny n'était que ung sot et qu'il ne sçavait ce qu'il disait et qu'ils le disent à ses messagiers et que Jésus les garderait bien du froid s'ilz luy voulaient croire. Lors le dit Taignoagny et son compagnon demandèrent au dict Capitaine s'il avait parlé à Jésus, et il respondist que ses prêtres y avaient parlé et qu'il ferait beau temps"--(pour aller à Hochelaga).

Pages 39 de l'édition de 1843 et feuillet 19 de l'édition de 1545.

"Notre cappitaine voyant la pitié et maladie ainsi esmeue, feist mettre le monde en prière et oraisons et feist porter ung ymage de remembrance de la Vierge Marie contre ung arbre distant de nostre fort d'ung traict d'arc les travers--(à travers)--les neiges et glaces. Et ordonne que le dimenche en suyvant l'on dirait au dict lieu la messe. Et que tous ceulx qui pourraient cheminer, tant sains que malades, yraient à la procession chantant les sept psaulmes de David avec la litanie, et priant la dicte vierge qu'il luy pleust prier son cher enfant qu'il eust pitié nous. La messe dicte et célébrée devant la dicte ymage, se feist le capitaine pèlerin à Notre-Dame de Roquemado--(Roc-Amadour) promettant y aller si Dieu luy donnait grâce de retourner en France." Cette messe fut célébrée en Février 1536.

Page 57 de l'édition 1843 et feuillet 35, recto et verso, de l'édition de 1545.

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La route de l'Ouest! la route de l'Ouest! telle était la préoccupation dominante, l'idée fixe, unique, obstinée de tous les découvreurs. La crainte d'une concurrence inattendue dans la recherche des richesses dont on se promettait la possession exclusive, l'espoir d'arriver premier aux contrées du Japon, de la Chine et aux Indes d'Asie avaient à ce point détraqué les cerveaux que Christophe Colomb lui-même s' ingéniait à retrouver dans l'archipel des Antilles le Zipangu et les domaines du grand quâân du Katay signalés dans une carte de Toscanelli. Le grand titre des ouvrages de Jacques Cartier donne une preuve éclatante de cette illusion géographique: Brief récit et succincte narration de la navigation faicte ÈS YSLES de Canada, Hochelaga et Saguenay et autres, avec particulière meurs, langaige et cérémonies des habitans d'icelles; fort délectable à voir. L'espoir du lucre, l'éternel auri sacra fames, avait provoqué ces expéditions héroïques légendaires des trois premier siècles de l'âge moderne, expéditions dont les périls n'avaient d'égal que l'audace des équipages.

Voici les noms des prédécesseurs de Jacques Cartier dans les explorations tentées au Nord de l'Amérique à la recherche d'un passage vers l'Ouest:

Jean Cabot, de Venise, 1494; Sebastien Cabot, fils du précédent, 1498; Gaspard Cortéreal, 1500; Michel Cortéreal, 1502; Jean Gonçalves, Jean et François Fernandès, 1501, 1503, 1504 et 1505; Jean Denys de Honfleur et Camard de Rouen, 1506; Thomas Auber, 1508; Le baron de Lere et De Saint Just, 1518; le florentin Jean Verrazzano, 1523; Gomez de Porto, 1525; Jean Rut, 1527; Pierres Crignon, 1529; Jacques Cartier, 1534, 1535, 1541 et 1543.

J'ai préparé cette liste sur l'Introduction historique aux ouvrages de Jacques Cartier pa M. D'Avezac.


Sur le récit que fit Cartier de son voyage (celui de 1534) le roi (François Ier) ordonna d'armer et d'équiper pour quinze mois trois navires dont il lui conféra le commandement par une commission datée du 15 octobre 1534. Cette fois (expédition de 1535) il (Jacques Cartier) joignit au titre de capitaine celui de pilote du roi.

Nouvelle Biographie Générale par Firmin Didot Frères, édition de 1855 tome 8 page 906 au nom de Cartier (Jacques).

L'Histoire des Canadiens-Français de M. Benjamin Sulte donne le mot Macé au lieu de Marc, ce qui est conforme au texte de l'édition rarissime (1545) du Voyage de Jacques Cartier, 1535-36; voir feuillet 32.

Marc ou Macé Jallobert avait épousé Allizon DesGranches, soeur de la femme de Jacques Cartier.

Sulte: Histoire des Canadiens-Français, Tome Ier, page 12.

Jacques Cartier avait épousé Catherine DesGranches, fille de Jacques DesGranches, connétable de la ville et cité de St. Malo.

Brève et succincte narration historique par M. D'Avezac, verso du feuillet XIV, précédant la narration du Voyage de Jacques Cartier, 1535-36.

Ni Ferland, ni Garneau, ni Benjamin Sulte ne mentionnent le nom de Jehan Poullet. On le retrouve seulement dans la Relation du Second Voyage de Jacques Cartier, 1535-36 recto du feuillet 22, édition 1545.

Jacques Maingard, Michel Maingard, Raoullet Maingard et Pierre Maingard, dont les noms apparaissent au rôle d'équipage, sont les quatre fils de Guillaume Maingard, le parrain de Jacques Cartier.


Rôle d'Equipage de l'Expédition de 1535, présenté par Jehan Poullet à la réunion de la Communauté de la ville de Saint-Malo, à la Baie Sainct Jehan, mercredi, le trente-unième jour de mars 1535.

L'incertion des dicts maistre compaignons mariniers et pilottes s'ensuyvent:

Jacques Cartier, capitaine; Thomas Fourmont, maistre de la nef; Guillaume Le Breton Bastille, cappitaine et pilote du galion; Jacques Maingard, maistre du galion; Marc Jallobert, cappitaine et pilotte du Correlieu; Guillaume Le Marié, maistre du Courlieu; Laurens Boulain, Étienne Nouel, Pierre Esmery, dict Talbot, Michel Hervé, Étienne Princevel, Michel Audiepbre, Bertrand Samboste, Richard LeBay, Lucas Fammys, Françoys Guitault, apoticaire; Georget Mabille, Guillaume Séquart, charpentier; Robin Le Tort, Samson Ripault, barbier; Françoys Guillot, Guillaume Esnault, charpentier; Jehan Dabin, charpentier; Jehan Duvert, charpentier; Julien Golet, Thomas Boulain, Michel Phelipot, Jehan Hamel, Jehan Fleury, Guillaume Guilbert, Colas Barbe, Laurens Gaillot, Guillaume Bochier, Michel Eon, Jehan Anthoine, Michel Maingard, Jehan Maryen, Bertrand Apvril, Gilles Stuffin, Geoffroy Ollivier, Guillaume de Guernezé, Eustache Grossin, Guillaume Alierte, Jehan Ravy, Pierre Marquier, trompecte; Guillaume Legentilhomme, Raoullet Maingard, Françoys Duault, Hervé Henry, Yvon LeGal, Anthoine Alierte, Jehan Colas, Jacques Poinsault, Dom Guillaume Le Breton, Dom Anthoine, Philipes Thomas, charpentier; Jacques Duboy, Jullien Plantirnet, Jehan go, Jehan Legentilhomme, Michel Douquais, charpentier; Jehan Aismery, charpentier; Pierre Maingard, Lucas Clavier, Goulset Riou, Jehan Jacques Morbihen, Pierre Nyel, Legendre Estienne Leblanc, Jehan Pierres, Jehan Coumyn, Anthoine DesGranches, Louys Douayrer, Pierres Coupeaulx, Pierres Jonchée.

Ce rôle d'équipage est textuellement copié des Documents inédits sur Jacques Cartier et le Canada, communiqués par M. Alfred Ramé, de Rennes et faisant suite à la Relation du Premier Voyage de Jacques Cartier en 1534 d'après l'édition de 1598, pages 10, 11 et 12.

Paris.--Librairie Tross, 5, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1865.

Les noms de Charles Gaillot et de De Goyelle n'apparaissent pas sur le rôle d'équipage signé le 31 mars 1535. On les trouve sur la liste publiée par M. Benjamin Sulte dans son Histoire des Canadiens-Français Vol. I, page 12. Si l'on en croit l'ouvrage de M. James Lemoine, Picturesque Quebec,164 ces deux noms et cinq autres, auraient été ajoutés aux 74 noms inscrits sur la Liste de l'Équipage de Jacques Cartier, conservée dans les archives de St. Malo, et revue avec soin sur le fac-simile par M. l'abbé C. H. Laverdière. Voici quels sont ces sept noms:

Jean Gouyon, Charles Gaillot, Claude de Pontbrians Charles de la Pommeraye, Jean Poullet, Philippe Rougemont, de Goyelle.

Note 164: "The subsequent seven signatures were added in the answer to the Quebec Prize Historical Questions submitted in 1879: Jean Gouyon, Charles Gaillot, Claude de Pontbrians, Charles de la Pommeraye, Jean Poullet, Philippe Rougemont, de Goyelle" Picturesque Quebec, appendix, page 483.

Les équipages réunis des trois vaisseaux de Jacques Cartier, y compris leurs officiers et les genitlshommes de St-Malo volontaires de l'expédition, donnaient un effectif de cent dix hommes. Or, le rôle d'équipage ne compte que soixante-quatorze signatures de marins. Si l'on y ajoute les noms des gentilshommes, Claude de Pontbriand, fils du Seigneur de Montcevelles et Echanson de Monseigneur le Dauphin, Charles de la Pommeraye, Jean Garnier de Chambeaux, Garnier de Chambeaux, Jean Poullet et Jean Gouyon, l'on atteint le chiffre de quatre-vingt personnes. Si l'on y ajoute encore le nom de Philippe Rougemont, le seul de vingt-cinq à trente victimes du scorbut nommé par la relation de Jacques Cartier, celui de De Goyelle, un autre mort du mal de terre que Charlevoix nomme dans son Histoire du Canada, enfin celui de Charles Gaillot que M. Benjamin Sulte dans son Histoire des Canadiens-Français, nous dit être le secrétaire de Jacques Cartier, il se fait que le grand total des expéditionnaires connus s'arrête à 83. Il nous manque donc 27 autres noms pour atteindre le chiffre de 110.

Comment expliquer cette lacune? On a cherché à s'en rendre compte en disant que ce rôle d'équipage n'est qu'une liste de matelots rédigée au retour de l'expédition de 1535. Malheureusement, cette explication est une contradiction flagrante des Documents inédits que nous possédons sur Jacques Cartier. Ce rôle d'équipage fut présenté par Jean Poullet, à la Communauté de Ville de St. Malo, à sa réunion du 31 mars 1535. Les archives publiées en 1865 par M. Alfred Ramé, de Rennes, le disent en toutes lettres.--(Voir pages 8 et 9 des Documents inèdits publiés à la suite de la Relation du Voyage de Jacques Cartier en 1534)--Plus et mieux que cela, nous savons qu'à cette séance mémorable de la Communauté de Ville de St. Malo, Jehan Poullet en produisant le rôle d'équipage, lequel portait alors soixante et quatorze signatures, se réserva le droit de récuser jusqu'à trente des mariniers inscrits et les remplacer par d'autres de son choix.

"Et icelly Poulet a aparu le role et nombre des compagnons Que le dict Cartier a prins pour la dicte navigation, et a esté (mis entre nos mains?) pour incerer cy dessous, et a, icelly Poulet protesté de en dynyer du nombre de XXV à trante et de prendre d'autres à son chouaix."

Document inèdits sur Jacques Cartier, page 9, faisant suite à la relation du voyage de Jacques Cartier en 1534, édition de 1598 et collection de Ramusio.

On remarquera que ce rôle d'équipage porte la date du 31 mars 1535 et qu'il s'écoula plus de six semaines entre le jour de sa présentation à la Communauté de Ville et le départ de la flottille qui mit à voile et quitta St. Malo le 19 mai 1535. N'est-il pas à présumer que, durant cet intervalle de temps, le rôle d'équipage fut modifié en quelque façon, et, tour à tour, amplifié ou amoindri? Il est encore probable que Jean Poullet n'abusa pas de son privilège et qu'il ne l'appliqua qu'à moitié, c'est-à-dire que, loin de récuser aucun des matelots inscrits sur le rôle d'équipage il se contenta d'ajouter de vingt-à trente mariniers de son choix aux 74 bons compagnons déjà acceptés. Cette supposition, qui est mienne, expliquerait suffisamment, à mon sens, ce chiffre de cent dix hommes composant l'expédition.

Le rôle d'équipage présenté par Jean Poullet le 31 mars 1535, à la réunion de la Communauté de ville est demeuré de record dans les archives de Saint-Malo. Les nouvelles recrues de Jean Poullet (s'il en engagea aucune) ne le signèrent pas. Et pour cause; car il n'est pas permis d'altérer en aucune manière un document officiel qui demeure de record. N'empêche qu'elles durent signer un double de ce rôle d'équipage que l'on tint ouvert jusqu'au départ, probablement à bord de la Grande Hermine. Ce document, comme bien d'autres, ne nous serait pas parvenu.


En lisant les noms des personnes présentes à la Réunion de la Communauté de la ville de St. Malo, le lundi huictième de feubvrier, l'an mil cinq cents XXXIIII je trouve ceux-ci, que vraiment on dirait empruntés à l'Almanach de Adresses Cherrier tant ils ont une orthographe contemporaine: Guillaume Deschamps, Etienne Picot, Pierres Gosselin, Françoys Martin, Robin Gauthier le Jeune, Estienne Gilbert, Jacques Martinet, Martin Patrix, Alain Patrix, Yvon Morel, Guillaume Martin Lalonde, Hamon Gauthier, Bertrand Picot, et plusieurs aultres des bourgeois congrégés (réunis) et assemblés comme dict est.

Le Gouverneur et Lieutenant-Général pour le Roy en Bourgogne et pour Mgr le Dauphin de Normandie se nommait Philippes Chabot.

Je lis encore, au procès-verbal de la Réunion de la Communauté de Ville de St. Malo, tenue le 31 mars 1535--séance à laquelle fut présenté le rôle d'équipage de l'expédition de Jacques Cartier--les noms suivants des bourgeois du temps.

Comme il est facile de s'en convaincre, ils ont une orthographe moderne:

Jacques Martinet, Pierres Hamelin, Guillaume Pepin Guillaume Saint-Maurs, Pierres Colin, Pierres May, etc.

Extrait de l'Appendice au voyage de Jacques Cartier 1534. Documents inédits, vol. Ier, Alfred Ramé, page 5, 6, 7, 8 et 9.