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YEUX
Un vieil avare, pour attacher à son service un laquais qui ne vivait chez lui que trop frugalement, avait fait ce testament: «Je donne et lègue au domestique qui me fermera les yeux douze cents livres tournois et mon domaine de Varac.»
Le maître mourut enfin. Le domestique demanda aux héritiers la délivrance du legs qu'il lui avait fait. Un d'eux voulut voir le testament. En lisant ces mots, qui me fermera les yeux, il s'écria avec joie:--La donation est nulle.
--Et pourquoi donc, Monsieur?
--Mon ami, mon oncle était borgne. Tu n'as donc pu lui fermer les yeux.
Un officier étranger ne put s'empêcher, dans une visite qu'il fit au roi de Prusse, Frédéric II, à Sans-Souci, de lui marquer sa surprise de ce qu'il voyait le portrait de l'empereur d'Allemagne dans tous les appartements du château, et il demanda à Sa Majesté pour quelle raison il faisait cet honneur à son ennemi naturel. Ah! dit le roi, l'empereur est un jeune souverain, actif et entreprenant, j'ai cru nécessaire d'avoir toujours les yeux sur lui.
On dit faire les yeux doux à une dame pour exprimer qu'on en est épris. Une dame, qui avait le regard rude, se trouvant dans une compagnie, un jeune homme demanda à son voisin qui elle était.--C'est, dit-il, la marquise de T., à qui le duc de *** a fait les yeux doux.--Il a bien mal réussi, dit le jeune homme.
Un dilettante s'extasiait, au Café de Paris, sur la beauté de la charmante Henriette Sontag, qui venait de débuter aux Bouffes. Un monsieur, qui avait écouté l'enthousiaste, se hasarda à dire que mademoiselle Sontag était en effet très-jolie, mais qu'elle avait un oeil plus petit que l'autre.--Un oeil plus petit! s'écria le sontagolâtre, vous ne l'avez pas vue, elle en a au contraire un plus grand.