LES CRÊPES.
Dans le seigle ou dans le froment
Aux fleurs légères,
Naissent tes fleurs, bleuet charmant,
La paille ombrage obligeamment
Ces étrangères.
Des colzas jaunis au printemps,
Moissons superbes,
Les souffles d'avril palpitants
Courbent en flots d'or éclatants
Les hautes gerbes.
Le trèfle a diverses couleurs,
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Mieux que toutes ces fleurs, celles que j'aime à voir,
A l'automne, ce sont les grappes de blé noir
Balançant leurs fleurettes blanches ;
Le paysan joyeux, contemplant son labour,
Bravement mis, le cœur léger, se rend au bourg
Pour les offices des dimanches.
Il se plaît à compter le nombre de setiers
Qui, la moisson battue, empliront ses greniers.
Sous le vent du matin qui passe,
Sous le soleil qui jette à flots ses gais rayons,
Une senteur de miel, s'exhalant des sillons,
Remplit sa poitrine et l'espace.
C'est ce blé sarrasin, aux triangles noircis
Qui doit de l'an qui vient éloigner les soucis,
Et nourrir toute la famille.
Eh ! oui, l'ami, qui vas tout le long des buissons,
Comme le beau reflet de ces blanches moissons,
L'espérance en ton âme brille.
Tous les tiens mangeront des crêpes ; tous les tiens
Sans se gêner en bons parents, en bons chrétiens,
Pourront piocher à la gamelle ;
Et, bénissant le ciel qui lui fait ce présent,
Chacun prendra sa part au bassin reluisant
Où la crêpe au caillé se mêle.
Le poëte, surpris par un orage, entre dans une chaumière, et assiste à la confection des crêpes :
Je voyais près de moi la servante au bras nu
Faisant fumer la poêle.
La pâte s'étalait ; son flot moins transparent
S'arrondissait en crêpe ;
Et le gâteau cuisait, cuisait — en susurrant
Ainsi qu'un vol de guêpe.
Lorsque la crêpe était bien blonde d'un côté,
D'une batte légère
Voici qu'un tour de main leste et précipité
La tournait tout entière.
Les crêpes se pliant, s'entassant à foison,
La maie en était pleine ;
Car c'est là l'aliment de toute la maison
Pour toute la semaine.
L'orage s'éloignait vers Quimper reporté,
Roulement monotone,
Et, sous un ciel baigné de vapeurs, je quittai
La chaumière bretonne.
Je rentrai dans ma barque. . . . . . . .
Et dans ces grands vallons qui s'en viennent mourir
Au bord des eaux superbes,
Voyant les sarrasins finissant de fleurir,
Bientôt mûrs pour les gerbes,
Je demandais au ciel. . . . . . . . . .
... Que la sombre nue aux funestes lueurs,
Planant sur la campagne,
Épargnât les blés noirs, les blés aux blanches fleurs,
Ce pain de la Bretagne !
Voici le début de la pièce le Retour du Pardon :
LE VOYAGEUR.
Je vois d'où vous venez : bonjour, la brave femme ;
Pieds nus, bâton en main, votre fille avec vous ;
Vous venez de prier sainte Anne, notre Dame,
Qui tient plus sainte encor qu'elle sur ses genoux.
Bonjour ! ménagez bien votre monture blanche,
Car déjà vers la terre elle a le front courbé ;
Nous sommes à jeudi, mais ce n'est que dimanche
Que vous arriverez bien tard à Pont-l'Abbé.
LA FILLE.
Sont-ils donc des sorciers, ces messieurs de la ville,
Pour voir d'où nous venons, où nous allons ainsi ?
LA MÈRE.
Savoir d'où nous venons n'est pas bien difficile,
Puisque c'était hier le jour de grand'merci,
Et que, de Pluneret à Quimper, la grand'route
Est couverte en entier de pèlerins lassés,
Qui viennent de quérir là-bas, quoi qu'il leur coûte,
Les pardons accordés à tous ces jours passés.
LE VOYAGEUR.
Savoir où vous allez est encor plus commode
Les femmes de Quimper ont des fichus plissés
Et tout raidis au bleu ; je connais bien leur mode ;
Leurs coiffes vont au vent tant que c'en est assez.
Vous, sur un justaucorps qui ne va qu'à la taille
Vous cousez deux beaux rangs de galons couleur d'or ;
Autour de votre cou, sous ce gilet qui bâille,
Un autre plus étroit s'aperçoit bien encor.
Un ruban pareil tourne au bas de votre robe,
Et d'un rouge cordon relevés avec goût,
Vos cheveux, que devant le bonnet nous dérobe,
Ressortent en arrière et chargent votre cou.
Je reviens du pays dont c'est là la coiffure ;
Je reviens de Kersaint et Tremeané.
Vous ne voudriez pas me tromper, je le jure : —
Dites, — vous qui riez, — n'ai-je pas deviné ?
V
Un fragment de la jolie pièce intitulée Nos Buissons
montrera avec quelles fraîches et jeunes inspirations
M. E. Grimaud a écrit le volume de poésies qu'il a si
justement appelées Fleurs de Vendée.
Voici la saison chérie :
L'épine noire est fleurie,
Saluez le gai printemps !
L'aubépine s'est couverte
D'une robe blanche et verte
Qui fait le vent embaumé,
Comme la déesse antique
Dont la robe balsamique
Laisse un souffle parfumé.
Que ton destin s'accomplisse,
Fleur de la ronce, calice
D'où sort ce fruit savoureux,
La mûre, la noire perle,
Pour qui l'enfant et le merle
Ont des regards amoureux.
O senteurs du chèvrefeuille,
Sucs que l'abeille recueille,
Que boivent les papillons !
O l'arome qui s'épanche
Du troëne à grappe blanche,
Ce lilas de nos vallons !
Le liseron court, s'enlace,
Et jamais il ne se lasse
De grimper, de festonner !
A voir sa cloche argentine,
Lorsque le zéphyr l'incline,
On pense : elle va sonner !
Le sureau dresse sa tige,
La demoiselle y voltige,
Sachant que son miel est doux ;
Le lézard vert dans la haie,
Au moindre bruit qui l'effraye,
Se glisse à travers les houx.
L'araignée industrieuse
Tend sa toile captieuse
Entre deux brins d'églantier ;
Plus fine que la dentelle,
D'un sylphe on dirait une aile
Dont il perdit la moitié.
Et plus bas maintes fleurettes
Découpent leurs collerettes
D'azur et d'argent et d'or :
— La primevère hâtive,
La violette craintive
Qui dérobe son trésor,
La véronique céleste,
Et la bruyère modeste,
Au calice délié ;
Le myosotis qu'on donne
A l'ami qu'on abandonne,
Pour n'en pas être oublié !