IV
Ce soir! Ce soir! Quand tu t’es abandonnée, mourante, à mon bras, quand le regard de mon âme presqu’évanouie s’est mêlé au tien, quand je t’ai sentie, toute tremblante, et si éperdue, et si pressante qu’il semblait que tu voulais entrer dans mon cœur, tes lèvres, je les ai entendu murmurer, tout bas presque, et dans un souffle: «Ce soir...
Ce soir! Ce soir! Mon Dieu, tu me regardais comme si tu voyais en moi des paradis, tu frémissais, tu étais douce, tu étais tendre, et presque désolée, peut-être, comme le crépuscule... Quand nous nous sommes étendus sur la mousse, et quand je t’ai enlacée, nos bouches, en s’approchant, étaient comme expirantes, et nos cœurs battaient si fort, et nos bras étaient si faibles que nous crûmes nous évanouir... Marthe! nous étions sur la mousse, et ta bouche sur ma bouche, et nos yeux sur nos yeux, et notre âme était bondissante! Marthe, nous étions serrés, nous étions suffoquants, j’ai cru que nous allions mourir d’amour... Comme une fleur qui jaillit, comme un sanglot, ta voix monta: «Ce soir...
Ce soir! Mon Dieu, j’attends ce soir comme s’il allait apparaître des choses inouïes... Ce soir!... Sans doute, je vais vivre toute ma vie... Ce soir! ce soir!... On dirait qu’après, je n’aurai plus qu’à mourir...