VIII

Ma bien-aimée, ma désirée, mon cœur, ma joie, ma lumière, ô Marthe! Marthe! Marthe! je te veux encore, toi toujours! Toi toute entière ma bien aimée. Tes lèvres, tes seins, ton ventre, toutes les courbes de ton corps, ô Marthe être toujours enlacé à toi! être toujours contre toi!...

Dans le cerveau, j’ai ton odeur, et j’ai le goût de ta bouche dans ma bouche, j’ai la musique de ta forme dans mes yeux, et mes doigts vibrent intérieurement du souvenir de ton toucher... Tout mon corps baigne comme dans une vapeur sensible, la sensation de toi l’entoure et le couvre comme un vêtement. O reviens, Marthe! Tu n’es pas là, et je suis envahi par toi. O Marthe! je suis plein de toi, je suis lourd de toi, lorsque je bouge, je fais se lever ton odeur. Reviens, au lieu de me noyer dans le souvenir. Marthe, reviens dans la réalité. Entre: les fumées vont se dissiper, tout reprendra la précision vivante; te retrouvant, ton odeur s’élancera, et se mettra sur toi, et je la respirerai, mes lèvres iront vers les tiennes, et lorsqu’elles seront collées je te rendrai le goût de ta bouche et tu me rendras celui de la mienne; et toute ma chair sera bondissante de s’éprouver au touchement de la tienne...

Quand tu approches de la maison, ô Marthe! je le sais dans mon cœur. Un grand changement se fait dans l’atmosphère, des lourdeurs se lèvent.

Quand tu approches de la maison, ô Marthe! il y a quelque chose de tremblant qui dans l’air se propage, il y a des ondulations adorables, il y a des sons que je perçois dans le silence: d’onde en onde, ô Marthe, court un mouvement qui vient me toucher, et qui me pénètre, et dont je défaille...

Quand tu approches de la maison, ô Marthe! chaque pas de toi en avant l’air l’éprouve, et ainsi vient jusqu’à moi, et je sais. Alors, je commence à être joyeux.

Quand tu approches de la maison ô Marthe! de l’air qui t’entoure s’échappe, à d’autre te laissant qui va glisser sur toi, se couler et te baiser comme une fleur, de l’air qui t’entoure s’échappe et vient jusqu’ici. Tout doucement il entre dans la chambre, se répand. Il s’étend partout, pour être celui qui sera là tout à l’heure, quand tu entreras. Il tourne et on dirait qu’il est rose, et il se pose sur moi, et je crois que c’est un souffle de toi. L’air est dans la chambre, l’air est dans la chambre! C’est une joie légère, c’est un rêve, c’est mon cœur clair de plus en plus. Il me pénètre, il est en moi. Ah je sens quelque chose de divin m’envahir, je sens quelque chose m’emplir qui était parti de moi avec toi, je sens la vie qui rentre en moi, je vois la lumière qui revient, j’ouvre les yeux, j’écoute et je tremble, je vois, j’entends, je sens, ô délices, c’est elle! elle est près de la maison, elle approche, elle monte l’escalier, elle va entrer...

Lorsque tu es au seuil, Marthe ô mon illuminante, je défaille à cause de l’immense joie si prochaine. O tout mon cœur gonflé qui s’épand dans ma poitrine, et qui monte en flots dans ma gorge et qui m’étouffe, ô tout mon cœur gonflé s’épanchant par ma bouche dans ton baiser! Ma délicieuse, de ta bouche la pulpe se fondant donne à l’eau de ma bouche un goût de rose. Des ruisseaux de délice coulent en moi, ô Marthe mon cœur est débordant d’amour!

Tu es debout devant moi, et ta robe frissonne; alors je te désire profondément. A chacun de tes gestes, ma poitrine s’ouvre pour aspirer l’air que tu as remué. O Marthe je sais que dans ta chair, à chacun de tes gestes se creusent des lignes, des sentiers, des vallées, des sourires, j’en suis ivre; sur ta chair unie, ferme et bombée comme une pelouse, ô saisir plus qu’avec mes lèvres le jeu des dessins fuyants! Le mouvement silencieux de ton bras qui se lève, si souplement, si souplement, cette blancheur qui se déplace sans qu’on entende, ta chair bougeante, ô muette et douce.

Ta robe frissonne. Du sein rond où elle se colle, je la vois tombante tout autour de toi; ses plis jouent, ah! me baigner dans ses plis. En elle vit le souffle de ta vie, ô robe! je voudrais qu’elle m’enferme, qu’elle m’enveloppe de son tissu, qu’elle me cache sous elle, et que tout ce qui se passe sous elle ne soit que pour moi, je serais attentif et tremblant sur ta chair, je serais comme en prières, je surprendrais l’air subtil de ta vie, tes frémissements, tes soupirs, le frisselis de ta peau le plus menu, prodigieuse expression de toute ta vie divine, mystérieuse et profonde.

LIVRE SECOND