A ÉLÉONORE.
Ô toi qui fus mon écolière
En musique, et même en amour,
Viens dans mon paisible séjour
Exercer ton talent de plaire.
Viens voir ce qu'il m'en coûte à moi
Pour avoir été trop bon maître.
Je serois mieux portant peut-être,
Si moins assidu près de toi,
Si moins empressé, moins fidèle,
Et moins tendre dans mes chansons,
J'avois ménagé des leçons
Où mon cœur mettoit trop de zèle.
Ah! viens du moins, viens appaiser
Les maux que tu m'as faits, cruelle!
Ranime ma langueur mortelle;
Viens me plaindre; et qu'un seul baiser
Me rende une santé nouvelle.
Fidèle à mon premier penchant,
Amour, je te fais le serment
De la perdre encore avec elle.
A LA MÊME,
SUR SON REFROIDISSEMENT.
Ils ne sont plus, ces jours délicieux
Où mon amour respectueux et tendre
A votre cœur savoit se faire entendre;
Où vous m'aimiez, où nous étions heureux!
Vous adorer, vous le dire et vous plaire,
Sur vos désirs régler tous mes désirs,
C'étoit mon sort, j'y bornois mes plaisirs;
Aimé de vous, quels vœux pouvois-je faire?
Tout est changé; quand je suis près de vous,
Triste et sans voix, vous n'avez rien à dire;
Si quelquefois je tombe à vos genoux,
Vous m'arrêtez avec un froid sourire,
Et dans vos yeux s'allume le courroux.
Il fut un tems, vous l'oubliez peut-être!
Où j'y trouvois cette molle langueur,
Ce tendre feu que le désir fait naître,
Et qui survit au moment du bonheur.
Tout est changé, tout, excepté mon cœur!