A M. BERTIN.

Crois-moi; la brillante couronne

Dont tu flattes ma vanité,

C'est l'amitié qui me la donne,

Sans l'aveu de la vérité.

Fruits légers de ma foible veine,

Cet honneur n'est point fait pour vous

Modestes et connus à peine

Vous me ferez peu de jaloux.

Il est vrai qu'à la noble envie

D'être célèbre après ma mort

Je ne me sens pas assez fort

Pour sacrifier cette vie.

Dans les sentiers d'Anacréon

Égarant ma jeunesse obscure,

Je n'ai point la démangaison

D'entremêler une chanson

Aux écrits pompeux du Mercure,

Et je renonce sans murmure

A la trompeuse ambition

D'une célébrité future.

j'irai tout entier aux enfers.

En vain ta voix douce et propice

Promet plus de gloire à mes vers;

Ma nullité se rend justice.

Nos neveux, moins polis que toi,

Flétriront bientôt ma couronne;

Peu jaloux de vivre après moi,

Je les approuve et leur pardonne.

FIN