A M. DE F.

Corrigé par tes beaux discours

J'avois résolu d'être sage,

Et dans un accès de courage

Je congédiois les amours

Et les chimères du bel âge.

La nuit vint; un profond sommeil

Ferma mes paupières tranquilles;

Tous mes songes étoient faciles;

Je ne craignois point le réveil.

Mais quand l'aurore impatiente,

Blanchissant l'ombre de la nuit,

A la nature renaissante

Annonça le jour qui la suit:

L'amour vint s'offrir à ma vue;

Le sourire le plus charmant

Erroit sur sa bouche ingénue;

Je le reconnus aisément.

Il s'approcha de mon oreille.

Tu dors, me dit-il doucement,

Et tandis que ton cœur sommeille,

L'heure s'écoule incessament.

Ici bas tout se renouvelle,

L'homme seul vieillit sans retour;

Son existence n'est qu'un jour

Suivi d'une nuit éternelle,

Mais encor trop long sans amour.

A ces mots j'ouvris la paupière;

Adieu sagesse, adieu projets;

Revenez, enfans de Cythère,

Je suis plus foible que jamais.

DEMAIN,
A EUPHROSINE.

Vous m'amusez par des caresses,

Vous promettez incessamment,

Et le Zéphir, en se jouant,

Emporte vos vaines promesses.

Demain, dites-vous tous les jours;

Je suis chez vous avant l'aurore;

Mais volant à votre secours

La pudeur chasse les amours;

demain, répétez-vous encore.

Rendez grâce au Dieux bienfaisant

Qui vous donna jusqu'à présent

L'art d'être tous les jours nouvelle;

Mais le tems, du bout de son aîle,

Touchera vos traits en passant;

Dès Demain vous serez moins belle;

Et moi peut-être moins pressant.

A UN AMI
TRAHI PAR SA MAÎTRESSE.

Quoi, Tu gémis d'une inconstance;

Tu pleures, nouveau Céladon?

Ah! le trouble de ta raison

Fait honte à ton expérience.

Es-tu donc assez imprudent

Pour vouloir fixer une femme?

Trop simple et trop crédule Amant,

Quelle erreur aveugle ton ame?

Tu fixerois plus aisément

Le soufle du Zéphyr volage,

Les flots agités par l'orage,

Et l'or ondoyant des moissons,

Quand les rapides aquilons,

Glissant du sommet des montagnes

Sur les richesses des vallons,

Siflent en rasant les campagnes.

Elle t'aimoit de bonne foi,

Mais pouvoit-elle aimer sans cesse?

Un rival obtient sa tendresse;

Un autre l'avoit avant toi;

Et dès demain, je le parie,

Un troisième plus insensé

Remplacera dans sa folie

L'imprudent qui t'a remplacé.

Il faut dans les jeux de Cythère

A fripon, fripon et demi.

Trahis pour n'être point trahi;

Préviens même la plus légère;

Que ta tendresse passagère

S'arrête où commence l'ennui;

Donne tes sens, retiens ton ame.

Tout s'use, tout finit un jour;

L'amour doit finir à son tour,

Et sur-tout un amour de femme.