A.

Ha, monseigneur Merlin, ou m'esperance est toute,

Venez parler a moi qui vous aime et redoute.

(Merlin-Mellot.)

Quant la pucelle fu en la grange embatue,

Ou tas d'estrain se boute atout sa pel vestue,

A Dieu fist s' oroison, et, sa coupe batue,

Que prochainement muire et soit s' ame absolue.

(Le Dit du Buef.)

«Quand la jeune fille fut entrée dans la grange, elle se met dans le tas de paille, toute couverte de sa peau de bœuf; elle fait sa prière, et, sa coulpe battue, demande à Dieu de mourir bientôt et d'être sauvée.»

Par t' ame, prends y garde!

(Ibid.)

Il nous reste de cet usage m' amie et m' amour.

Quand on s'occupera de retrouver l'âge des mots et des formules, sans quoi l'on ne fera jamais rien, il sera curieux de savoir qui s'avisa le premier de cet affreux solécisme mon amie, mon épée. La Fontaine a bien raison de dire que l'accoutumance enfin nous rend tout familier; autrement on serait révolté de cette façon de parler universellement accréditée, qui joint un substantif féminin à un pronom masculin, on ne conçoit pas par quel motif. Ce n'est pas l'euphonie sans doute, car on dit l'âme, l'épée, l'oraison, qui sont pour la âme, la épée, etc. L'élision de l'a dans l'article féminin n'est ni plus ni moins douce que dans le pronom possessif. Mais on s'est imaginé que l'article élidé devant ces substantifs féminins était le; et c'est par suite de cette imagination que nous avons l'amour masculin au singulier, tandis qu'il est resté féminin au pluriel, grâce à la forme les, commune aux deux genres.

Il faut avouer que nos pères montraient en ce point plus de logique et de bon sens que leurs fils. Mon épouse, ton hôtesse, les eût choqués autant et à aussi bon droit que nous le serions de ma chapeau, ta soulier.

On trouve encore l'élision de l'a dans Marot:

L'ABBÉ.

Mais d'où vient

Qu'aux femmes aussy mal advient

Science qu'un bast à ung bœuf?

ISABEAU.

Croyez, domine abbate,

Qu'un bœuf sied mieux d'estre basté

Qu'à un asne de porter mitre.

(Colloque d'Erasme.)

Qu'un bœuf est pour qu'à ung bœuf. Marot n'a certainement pas construit dans la même phrase il sied avec l'accusatif et avec le datif: il sied un bœufil sied à un âne. Outre qu'il n'y a point d'exemple de ce solécisme: il sied quelqu'un.