F.

F finale précédée d'un é tombait, et l'é sonnait fermé.

Chef sonnait ché, comme clef, de clavis, n'a pas cessé de sonner clé. Chef-d'œuvre, Chédeville (nom propre, pour chef-de-ville).

Lor vont trancher les chés des bucs[14].

(Benoît de Sainte-More, v. 2243.)

[14] Des bustes. Le c indique l'étymologie bucha, truncus, stipes (cf. Ducange), plutôt que bustum, qui est du bon siècle.

La veissiez tant decouper!

Tant chés fendus en deux meitiez!

(Ibid., v. 5148.)

Si Charlemagne ne s'enfuit au plus vite, dit l'amiral Baligant, le roi Marsile va être ici vengé: j'en livrerai la tête (de Charlemagne).

Li reis Marsile enqui serat venget:

Par sun puing destre en livrerai le chés.

(Ch. de Roland, st. 196, 20.)

On écrit toujours chef, et l'on commence à n'écrire plus que clé. On peut encore mettre en vers chef auguste; on n'y peut plus mettre bailli arrogant, qu'on eût écrit jadis baillif arrogant, de baillivus.

Le peuple persiste à dire un habit neu;—il a fait adopter à la bonne société le bœu gras. Un bœufe et un habit neufe sont aussi barbares qu'un homme veufe, la soife, les Juifes, etc.

Dans la Chace dou cerf:

Dois tu crier: Appelle! appelle!

Le cuir trousse derriere toi:

N'est pas merveille se t'as soi.

(Jubinal, Nouv. recueil, I, p. 169.)

Tous les anciens manuscrits écrivent les Juis; c'est comme le prononçait Regnier, qui fait rimer ce mot à ennuis:

… J'aimerois bien mieux, chargé d'âge et d'ennuis,

Me voir à Rome pauvre, entre les mains des Juifs.

(Sat. VIII.)

L'f finale se change, devant une voyelle, en sa douce v. Chef, chevet; neuf, neuve; Juif, Juive. C'est pourquoi l'on prononce neuv hommes.

G.

On le rencontre aux premières personnes de l'indicatif: Ving, tieng, etc.:

Contre-val rue de la Harpe

Ving en la rue S. Seuering.

(Guillot de Paris, le Dit des rues.)

Beau fils, ce tieng a grant savoir

Que faciez trestoz son vouloir.

(Partonopeus, v. 3913.)

G représente ici le pronom je: Vins-je? tiens-je?

Mais il est marqué souvent où il n'y a point d'élision, ni de pronom de la première personne: ainsi, à la fin de saint Sevring, et d'une foule d'autres mots, ung, loing, soing, besoing, tesmoing, etc., etc., où l'étymologie ne justifie pas sa présence. C'est un des nombreux abus d'un temps où il n'existait point de code pour la grammaire ni pour l'orthographe.

Il faut observer que le g final parasite ne se rencontre pas dans les manuscrits d'une très-haute antiquité. Il se montre au XIVe siècle, devient plus fréquent au XVe, et le XVIe l'a prodigué; car la pédanterie des consonnes inutiles a été le caractère de cette époque. On croyait, en surchargeant l'écriture, étaler une grande érudition d'étymologies.

Nos pères avaient grand soin d'appuyer fortement les terminaisons de leurs mots. Ils écrivaient sanc par un c, et nous disons encore du sanc humain, quoique nous écrivions sang avec un g, à cause de sanguis. Devant une liquide le g reparaissait: sanglant, sanglot.

Mais, suivi d'une consonne plus forte que lui, il la laisse prévaloir. Ainsi dans Magdelaine il s'efface devant le d.