P.

Nous prononçons un lou, et non pas un loupe.

Voltaire dit qu'on faisait autrefois sentir le p; il n'en sait rien, mais il le suppose. Voltaire se fût garanti de cette erreur, s'il eût seulement jeté les yeux sur le fabliau du Lou et de l'oue (du loup et de l'oie), publié dans Barbazan. On ne prononçait pas plus un loupe que l'on ne prononçait un coupe, un drape, un sepe de vigne, beaucoupe, etc.

Le p final ne sonnait jamais, et rarement l'écrivait-on suivi d'une autre consonne. Certains grammairiens reprochent à Voltaire d'avoir supprimé le p de tems. Qu'ils portent leur blâme plus haut, car, dans les manuscrits antérieurs à la renaissance, ce mot n'a jamais de p; il est partout figuré tens ou tans. On n'en mettait pas davantage à corps, de corpus, qui est toujours figuré cors. Les manuscrits écrivent de même dras, hanas, pour draps, hanaps (vases à boire):

Li escanson misent le vin

En coupes, en henas d'or fin.

(Partonopeus, v. 1013.)

C'est le XVIe siècle qui, dans sa pédanterie d'étymologies, s'est avisé de rappeler le p de tempus. Jusque-là, on ne s'en était jamais occupé.

On prononce mal le cape de Bonne-Espérance. Les Gascons et les Normands nous enseignent la vraie prononciation, qui disent, les uns cadedis (cap de Dieu), les autres le ca d'Antifé (cap d'Antifer).

P suivi d'un t au milieu d'un mot, s'efface, et laisse la seconde consonne retentir seule. Nous prononçons très-bien baptême, Baptiste, baptiser, avec le p muet; mais nous prononçons très-mal adopter, comme s'il y avait adopeter. Pourquoi faisons-nous sentir dans septembre le p, qu'on ne fait point sentir dans sept? Autrefois on écrivait set et setme, pour sept et septième. La chanson de Roland et le Livre des Rois ne l'ont pas une seule fois autrement.

Et la sedme est de cels de Jericho.

(Roland, st. 223.)

«Et la sème, la septième, est de ceux de Jéricho.»