NOTES

[1] «Un point sur lequel je m’exprimerai avec une entière assurance, parce qu’il est un pur objet de patience et d’exactitude, c’est la correction du texte.......... J’ai suivi ces éditions originales avec une exactitude scrupuleuse.» (Avertissement, p. XVIII et XXII).

[2] Cette pièce est fort rare; la bibliothèque du Roi ne la possède pas. Je dois à l’obligeance de M. A. F. Didot d’avoir pu faire cette vérification, et beaucoup d’autres non moins importantes.

[3] De la bibliothèque de M. A. F. Didot.

[4] On n’a point la date positive de la naissance de Molière, mais on a l’acte de mariage de ses père et mère, du 27 avril 1621. Tous les anciens biographes de Molière le font naître, par une erreur manifeste, en 1620 ou 1621. Il est probable qu’il fut baptisé le jour même de sa naissance; s’il en était autrement, l’acte de baptême l’indiquerait, selon l’usage constant du dix-septième siècle.

[5] Les Précieuses ridicules sont de 1659; les Femmes savantes, de 1672. Molière mourut au commencement de 1673.

[6] Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière, dans le Mercure de mai 1740.

[7] Acte III, scène 9.

[8] Le roi fut représenté par le duc de Créquy, premier gentilhomme de la chambre, ambassadeur à Rome; madame de Choiseul, maréchale du Plessis, représenta madame Henriette. L’acte est du 28 février 1664; il est rapporté dans l’Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, par M. J. Taschereau, 3e édit., p. 237.

[9] Mémoires de l’abbé Morellet, II, 271.

[10] Acte IV, scène 3.

[11] Cours de littérature dramatique, tome III, page 90.

[12] Racine, arrivant d’Uzès, vint soumettre à Molière son premier essai de tragédie, Théagène et Chariclée; Molière lui donna cent louis, et le sujet de la Thébaïde.

[13] Voyez dans le Lexique l’article [IL].

[14] Lettre de Fénelon à Louis XIV, p. 32, éd. de M. Renouard.

[15] Sermon pour le septième dimanche après Pâques.

[16] Télémaque, livre XVIII.

[17] D’Alembert, Eloge de Fénelon.

[18] On publia en trois volumes le récit de cette plaisanterie, sous le titre d’Histoire comique du mandarinat de l’abbé de Saint-Martin.

[19] Grandménil, qui jouait Harpagon au naturel, trouvait aussi la pièce fort bonne: il y avait pourtant remarqué une faute.—Laquelle? C’est au sujet du diamant qu’au nom de son père Éraste fait accepter à Élise. Plus tard, au dénoûment, le mariage d’Harpagon est rompu, c’est Éraste qui épouse Élise, et il n’est plus question de ce diamant! Harpagon devrait le réclamer.—L’art a beau être habile, la nature garde toujours sa supériorité.

[20] Grimarest, Vie de Molière.

[21] Mémoires sur la vie et les ouvrages de Molière.

[22] Voltaire, lettre à Chamfort, du 27 septembre 1769. Harlay de Champvallon mourut à Conflans en août 1695, assisté de Mme de Lesdiguières, comme plus tard le régent, de la duchesse de Phalaris.

[23] Louis, filleul du roi, né en 1664, l’année de la première apparition de Tartufe;—Esprit-Madeleine, née le 4 août 1665, qui fut madame de Montalant;—et Jean-Baptiste-Armand, né en septembre 1672, l’année des Femmes savantes, cinq mois avant la mort de son père. Cet enfant, fruit d’un raccommodement tardif, ne vécut qu’un mois.

[24] Voyez M. J. Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, page 55, 3e édition.

[25] Zélinde, ou la véritable critique de l’École des femmes, acte Ier, scène 7.—La Guerre comique ou la Défense de l’École des femmes, par le sieur de Lacroix (1664), se compose d’un dialogue entre Apollon et Momus, suivi de quatre Disputes. Dans la dernière dispute on voit figurer le personnage de la Rancune, du Roman comique.

[26] Voyez l’article [VERS BLANCS], du Lexique.

[27] Cette expression semble bizarre, surtout au moment où la Bruyère se glorifie de la netteté de son discours. Comment peut-on réduire le style, qui est un terme général, à la phrase, qui est un terme particulier? Le contraire se comprendrait mieux: on ramena la phrase au style français. C’est ce qu’a voulu dire la Bruyère.

[28] Voyez les articles [MÉTAPHORES VICIEUSES]; [IL]; [ON].

[29] Mais aussi voyez, au milieu de ses erreurs, quand il rencontre un filon de vérité, comment il en tire parti! La scène de jalousie de Don Garcie a passé dans le Misanthrope, où elle brille.

[30] Aussi l’historien de la société, c’est-à-dire, le panégyriste des Précieuses, met-il sans hésiter la Bruyère fort au-dessus de Molière: «Supérieur à Molière par l’étendue, la profondeur, la diversité, la sagacité, la moralité de ses observations, il est son émule dans l’art d’écrire et de décrire; et son talent de peindre est si parfait, qu’il n’a pas besoin de comédien pour vous imprimer dans l’esprit la figure et le mouvement de ses personnages.»

(Hist. de la soc. pol. p. 414, 415.)

On ne discute pas de tels jugements, encore moins les combat-on; il suffit de les exposer. Pour avoir osé écrire celui-là, il faut que M. R. ait trouvé de grands rapports entre son propre talent et celui de la Bruyère.

[31] Voyez ce curieux morceau dans le tome XI des Œuvres de Bossuet, in-quarto.

[32] L’incertitude de Bossuet était-elle sincère? Était-il si mal instruit de ce qui concernait la personne et les œuvres de Molière? Molière n’a point fait de Médecin par force; Bossuet ignorait-il le titre du Médecin malgré lui?

[33] Fléchier, Mémoires sur les Grands Jours de 1665.

[34] Voyez le Conservateur, avril 1758.

[35]

Despréaux sans argent, crotté jusqu’à l’échine,

S’en va chercher son pain de cuisine en cuisine;

Son Turlupin l’assiste, et, jouant de son nez,

Chez le sot campagnard gagne de bons dîners, etc.....

Ce même Cotin fit contre son ancien ami Ménage une satire intitulée la Ménagerie. On voit qu’il ne se contentait pas d’être un méchant poëte; il était encore un méchant homme.

[36] M. Rœderer met toujours Cottin par deux t. Il défigure le nom de son héros, comme ceux de la Fare et de Roberval, qu’il écrit Lafarre, et Robervalle. Ce sont de petits détails, mais non pas sans importance dans un livre qui prétend surtout tirer sa valeur de l’exactitude parfaite des petits détails.

En voici de plus essentiels:

M. Rœderer (p. 195) fait la Fontaine plus jeune que Molière, dont il place la naissance en 1620. L’acte de naissance authentique de Molière, publié en 1821, prouve que Molière est né en 1622, et donne raison à Bret, qui avait indiqué cette date. Ainsi Molière était d’un an plus jeune que la Fontaine.

(P. 28.) Il ne devrait plus être permis de répéter le conte du génie de la Fontaine, éveillé en sursaut à vingt-six ans par la lecture d’une ode de Malherbe. L’ouvrage de M. Walckenaer, fort antérieur à celui de M. Rœderer, a démontré la fausseté de cette historiette.

M. Rœderer donne comme un fait notoire et au-dessus de tout examen la représentation des Précieuses ridicules en province en 1654, c’est-à-dire, cinq ans avant la représentation à Paris. Il affirme, sans aucune preuve, que cette comédie fut jouée à Béziers, durant les états de Provence. C’est là, dit-il, un fait indubitable que personne n’a jamais contredit. Il a été contredit par Somaise, par de Visé, par les frères Parfaict, et après eux par Bret et par M. Taschereau. Il est surtout démenti de la manière la plus formelle par le registre de la Comédie, écrit de la main de la Grange, où il est dit, page 3, que l’Étourdi et le Dépit avaient été joués en province, et, page 12, que les Précieuses étaient une pièce nouvelle; et la Grange, qui y créa le rôle de Jodelet, a répété ce témoignage dans son édition des œuvres de Molière: «En 1659, M. de Molière fit les Précieuses ridicules

Ces preuves avaient été rassemblées dans l’estimable travail de M. Taschereau, que M. Rœderer qualifie d’absurde et d’odieux, parce qu’il contrarie son système sur les Précieuses. Il eût mieux fait de le lire que de l’injurier.

Enfin, M. Rœderer (p. 10) combat l’opinion de ceux qui attribuent à Molière, à Racine, à Boileau, et aux écrivains de leur temps, le perfectionnement de la langue française; et, parmi les auteurs à qui il attribue réellement ce mérite, et qui écrivaient, dit-il, longtemps avant le siècle de Louis XIV, il cite madame de Sévigné entre Regnier, Corneille et Malherbe.

D’abord, ni la langue de Malherbe et de Regnier, ni même la langue de Corneille, n’est celle de Racine et de Boileau.

Ensuite le recueil des lettres de madame de Sévigné ne commence qu’en 1671. Il est vrai que nous n’avons pas toute sa correspondance; mais il faut être aussi prévenu et aussi intrépide que M. Rœderer pour se faire un argument de ces lettres perdues, dont on ignore et le nombre et la date: «Une multitude d’autres sont perdues. On pourrait assurer, sans les connaître, que ce sont les plus curieuses, les plus variées, les plus charmantes.» Tout est possible à M. Rœderer, hormis de dissimuler sa passion. A chaque page de son livre on reconnaît l’homme qui discute avec un parti pris, et ne se fait aucun scrupule d’altérer, de mutiler l’histoire, pour la plier à ses idées.

Quant à dire que Cathos et Madelon sont «des bourgeoises presque canailles;» que Tallemant parle de madame de Sablé «comme d’une intrigante fieffée et d’une insigne catin (p. 240); ces expressions et beaucoup d’autres pareilles, semblent indiquer que l’auteur n’était pas né pour être l’historien de la société polie.

Au reste, cette prétendue histoire de la société polie se résume en trois points: éloge de l’hôtel de Rambouillet; invectives contre Molière; amours de Louis XIV avec Mlle de la Vallière, Mme de Montespan, Mme de Maintenon, Mme de Ludre, Mme de Gramont et Mlle de Fontanges. Sur trente-sept chapitres, les intrigues galantes de Louis XIV en remplissent treize, qui font plus de la moitié du volume. L’auteur prétend que «le triomphe de Mme de Maintenon est celui de la société polie.»—«On sait, dit-il, que le mariage de Mme de Maintenon fut une longue partie d’échecs, où la veuve Scarron fit son adversaire mat en avançant opiniâtrement la religion.» M. Rœderer disserte là-dessus en docteur qui aurait pris ses degrés dans les cours d’amour, et son style cette fois est tout à fait digne de l’hôtel de Rambouillet: «La main du roi fut sollicitée par la religion en faveur de l’amour; l’amour l’aurait peut-être donnée sans elle, et elle ne l’aurait pas donnée sans lui.» (P. 464.) L’abbé Cotin ou l’abbé de Pure n’eût pas rencontré mieux.

[37] La vie de Molière a été souvent écrite. Parmi ses historiens, les plus célèbres sont Grimarest et Voltaire; c’est la source où sont allés puiser tous les autres. Le livre de Grimarest a l’avantage d’être le plus rapproché des faits qu’il expose; mais il manque de critique et de style. L’écrit de Voltaire fourmille d’inexactitudes et de négligences; il n’est digne ni de Voltaire ni de Molière. L’auteur, travaillant pour obliger un libraire, attachait à son œuvre une importance fort médiocre: il comptait en rejeter la responsabilité, et s’évader par l’anonyme. Mais Voltaire aurait dû se rendre plus de justice, et sentir que tout lui serait possible en littérature, hormis de se cacher. Dans ces derniers temps, des découvertes importantes, dues en partie à M. de Beffara, ont révélé des faits jusqu’ici inconnus, et mis à même de rectifier des erreurs graves. En sorte que, pour l’abondance des renseignements comme pour la sûreté de la critique, rien n’approche du travail de M. Jules Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, souvent cité dans cette notice. C’est un monument durable, élevé par une main habile et pieuse à la gloire du père de la comédie française.

[38] De caimant il nous reste quémander.

[39] Les effets de l’amour.

[40] Le cocuage.

[41] La règle relative au c s’appliquait au g, qui n’est qu’un adoucissement du c. Apparemment, sans l’aspiration interposée, le g de Galeatto se fût prononcé comme celui de girare, gelare, au lieu d’être tenu dur comme dans ghiaccia.

[42] Sur les anciennes monnaies d’Espagne, Ferdinand et Isabelle sont représentés face à face.

[43] Des variations du lang. fr., p. 46, 47.

[44] Synonymes français, par M. B. Lafaye, p. 600.

[45] La forme comme (cume) se rencontre seule dans les Rois. Comment est postérieur, et aura été formé pour l’euphonie.

[46] Si gouvernait le subjonctif devant l’imparfait, comme en latin.

[47] Cocus.

[48] Ou depoculassere.

[49] Des Synonymes français, par M. B. Lafaye.

[50] Résumé de toutes les grammaires, par N. Landais.

[51] «Le enfançunet que David out engendred de la femme Urie, enmaladid e fut desesperez. (Rois, 160.) Si l’amad tant forment qu’il enmaladid (Rois, 162.) Mes sires me guerpi, pur co que ier e avant ier enmaladi. (Rois 115.)»

[52] Traité des Synonymes, par M. B. Lafaye. Mon dessein n’est nullement de faire de la peine à l’auteur de ce travail consciencieux. Je désire montrer seulement combien il est utile de connaître l’ancienne langue pour étudier la langue moderne. S’il eût consulté la vieille langue, M. B. L. n’eût point dit que amaigrir renfermait la préposition ad, et l’erreur du point de départ ne se fût pas répandue sur toute la route.

[53] Les lois civiles et politiques, s’entend; car quant aux lois de la grammaire et du langage, on ne saurait trop en examiner et maintenir l’origine.

[54] Le consentement d’un autre.

[55] Des Variat. du lang. fr., p. 375.

[56] Le mariage.

[57] Cremir, craindre, de tremere, pour tremir. Cremir est devenu craindre, le c continuant à remplacer le t; car il semble qu’on dût dire traindre.

[58] Craquer.

[59] Ouvrage ascétique, composé en espagnol par le père Louis de Grenade.

[60] Suivant l’opinion reçue et l’ordre adopté. Je crois, après un mûr examen, que ce fut le premier. L’Étourdi et le Dépit ayant été composés en province, on n’a pu en savoir la chronologie très-authentique. Il est certain que l’Étourdi, par rapport à la conception comme par rapport au style, montra un progrès immense sur le Dépit.

[61] En lui envoyant un sonnet sur la mort du jeune Lamothe-Levayer.

[62] Sade marquait un sérieux doux, une contenance réservée avec grâce. Plusieurs écrivains du XVe siècle ont pris sade et son diminutif sadinet pour gentil, agréable. Les Anglais, entraînant l’exagération du mot dans le sens opposé, ont gardé sad pour signifier triste. Le sens primitif était intermédiaire. «Sadde, dit Palsgrave (en 1530), discrete; sadde, full of gravity.» (Fol. 94 verso.)

Sade paraît venir de sedatus, et en exprime parfaitement le sens. Borel dérive maussade de male satus; c’est une étymologie à la façon de Ménage, qui se contente de quelques lettres communes ou analogues pour conclure la filiation. Si maussade vient de male satus, sade tout seul signifiera donc satus? Borel n’y a pas réfléchi.

[63] Il se donna pour le fils de Dieu, et gagna des partisans, à l’aide desquels il envahissait les monastères et en chassait les moines. Pour arrêter cette espèce d’hérésie ridicule, il ne fallut rien de moins qu’un concile tenu à Reims, et présidé par le pape en personne. Cela se passait en 1148.

(Cf. d’Argentré.)

[64] J’ai développé ce point dans les Variations du lang. fr., p. 177, 301 et suivantes.

[65] Cette pièce est de 1685, Phèdre est de 1677; ainsi Racine avait composé tous ses ouvrages, hormis Esther et Athalie.

[66] Si mentir n’est plus en français un verbe actif, il l’était en latin, et cela revient au même. Mentior at si quid.... (Hor. sat.)

[67] Dans la maison.

[68] On les confondait souvent dans l’usage; mais enfin huis, d’après sa racine uscire, sortir, marquait l’ouverture qu’on fermait avec la porte.

[69] «Diabolus et mundus faciunt sicut faciunt pueri ludentes ad pilam vel ad potum fractum: dant illum de manu in manum; elevabit quis potum alte, et cadere dimittet, et sic frangetur.»

(Sermones, fol. 15.)

[70] Le soleil, c’est-à-dire Louis XIV.

[71] Bateau.

[72] Au rang de femme.

[73] Le choix qu’ils font d’elle.

[74] Sur cette tmèse de quel... que, seule forme usitée au moyen âge, et corrompue par l’ignorance de l’âge suivant, voyez des Var. du lang. fr., p. 419, 420, 421.

[75] Chartre, registre, esclandre, chaufferette (chauffrette), de charta, regestum, scandalum, chaufeta, qui est dans Du Cange.

[76] M. Cousin a omis d’indiquer la page où se trouve cette phrase, citée dans son vocabulaire de Pascal, au mot Rengaîner.

[77] Les liquides ne comptent que pour demi-consonnes, comme, plein, prendre, etc.

[78] C’est effectivement ainsi que le vers est ponctué dans la citation.

[79] Envers et devers se rencontrent déjà dans le livre des Rois:

«Ore l’aparceif ke felenie n’ad en mei, ne crime envers tei.»

(Rois. p. 95.)

(Jéroboam) «pis que nuls ki devant lui out ested devers N. S. uverad.»

(Ibid. p. 309.)

[80] «Si Molière ne versifia pas L’Avare, c’est qu’il n’en eut pas le temps.» (La Harpe).

La Harpe ici, comme souvent ailleurs, n’est que l’écho de l’opinion de Voltaire, exprimée dans les Questions encyclopédiques à l’article Art dramatique; comédie.

[81] Paysannerie de quatre syllabes, comme paysan, de deux. C’est encore ainsi que l’on prononce partout en Bretagne.

[82] Les Annales de Tacite débutent par un hexamètre: «Urbem Romam a principio reges habuere.» Le Miserere finit par un pentamètre:

Imponent super altare tuum vitulos.

Semper in obscuris quod minimum est sequimur.

(De regulis juris.)

[83] Parfois est bon, comme c’est possible. Lisez, au lieu de parfois, toujours, et au lieu de c’est possible, c’est certain, en attendant que M. Guessard fournisse une preuve du contraire. Un démenti n’en est pas une, si grossier qu’il soit.

[84] M. Guessard écrit toujours Quènes de Béthune, avec un accent grave sur l’e, ce qui force à prononcer caine de Béthune. La vraie prononciation est cane de Béthune (comme femme, fame); et lorsqu’on rencontre ce mot écrit en une syllabe quens, cuens, il faut prononcer can. Les Italiens disent de même: can-grande, can-francesco; facino-cane; can della scala. C’est un titre de dignité répondant à celui de bailli. Ce radical can appartient à la langue tartare, où il signifie roi, prince, chef: le grand khan de Tartarie commandait aux khans inférieurs; Gengis-khan. Les Huns et les Avares ont laissé chez nous ce curieux vestige de leur passage en Europe, au Ve siècle: les chroniqueurs latins du moyen âge ont traduit khan par canis, caganus, canesius: «Rex Tartarorum, qui et magnus canis dicitur.» (Chron. Nangii, ann. 1299.)—«Rex Avarorum, quem sua lingua cacanum appellant.» (Paul Warnefried, de Gest. Langob. IV, 39); «constituerunt canesios, id est baillivos, qui justitiam facerent.» (Magister Rogerius, ap. Cang. in Caganus.) De là est venu le français quens, l’italien can, et peut-être l’anglais can, et peut-être l’anglais king.

On voit, par cet exemple, de quelle importance est la recherche et le maintien de la prononciation véritable. Ce travail offre déjà bien assez de difficultés, sans y en ajouter encore comme à plaisir. Je me suis élevé souvent contre cette barbare manie d’introduire des accents dans les vieux textes: l’unique résultat possible est d’égarer le lecteur philologue, et d’effacer les dernières traces d’étymologie. Il serait si simple et raisonnable d’imprimer les manuscrits comme ils sont! Mais précisément par ce motif il est à craindre qu’on ne l’obtienne jamais des savants éditeurs. On vient encore de publier la Mort de Garin, où les mots que, ce, ne, sont figurés qué, , , même lorsque l’e s’élide. Il faut bien être possédé de la fureur des accents!

[85] Bibliot. de l’Éc. des chartes, t. II (1846), p. 192.

[86] The Frenche men in theyr pronunciation do chefly regard and cover thre thynges: to be armonious in theyr spekyng; to be brefe and sodayne in sounding of theyr wordes, avoyding all maner of harshnesse in theyr pronunciation; and thirdly, to gyve every worde that they abyde and reste upon theyr most audible sounde....

And now touching the second point whiche is to be brefe, etc.... what consonantes soever they write in any worde for the kepyng of trewe orthographie, yet so moche covyt they in reding or spekyng to have all theyr vowelles and diphthongues clerly herde, that betweene two vowelles (whether they chaunce in one worde alone, or as one worde fortuneth to folowe after an other), they never sounde but one consonant at ones, in so moche that if two different consonantes, that is to say, nat beyng both of one sorte come together betweene two vowelles, they leve first of them unsounded.

Palsgrave. Introd. (non paginée).

[87] Pour peu que mon critique eût été de bonne foi, aurait-il pu s’y tromper en lisant ce que Bèze écrit dix lignes plus loin de la prononciation des Français, qu’elle est NULLO CONSONANTIUM CONCURSU CONFRAGOSA? D’où vient que ce texte que j’avais traduit, il a pris soin dans sa citation de l’écarter?

[88] Apparemment il faut lire Eclipsis. Je cite d’après mon adversaire.

[89] And if the thre consonantes come together, they ever leve two of the first unsounded, putting here, as I have said, no difference whether the consonantes thus come together in one worde alone, or the wordes do folowe one another; for many tymes theyr wordes ende in two consonantes, bycause they take awaye the last vowell of the latine tong, as corps, temps.

Id., ibid.

[90] Francorum enim ut ingenia valde mobilia sunt, ita quoque pronuntiatio celerrima est, nullo consonantium concursu confragosa, paucissimis longis syllabis retardata.... consonantibus (si dictionem aliquam terminarint) sic cohærentibus cum proximis vocibus a vocali incipientibus, ut integra interdum sententia haud secus quant si unicum esset vocabulum efferatur. (De recta Linguæ francicæ pronunt.)

[91] «S ante t et alias quasdam consonantes in media dictione raro ad plenum sed tantum tenuiter sonamus, et pronuntiando vel elidimus vel obscuramus, ad sermonis brevitatem.... Quem (sibilum) in quibusdam perfecte cum Græcis et Latinis servamus, ut domestique, phantastique, scholastique.... etc., forte quod hæc haud ita pridem a doctis in usum Gallorum ex fonte vel græco vel latino invecta sunt.» (Sylvius, p. 7.)

Pendant que je tiens Sylvius, je ne le laisserai point aller sans en tirer un autre témoignage. J’ai mis en principe que la consonne finale d’un mot était muette, et se réservait à sonner sur la voyelle initiale du mot suivant. (Des Var., p. 41.) C’était la conséquence rigoureuse de la règle des consonnes consécutives. M. Guessard, qui a nié la première règle, nie également la seconde. Je lui ai montré la première écrite dans Palsgrave; voici la seconde dans Sylvius:

«In fine quoque dictionis nec illam (s) nec cæteras consonantes eadem de causa (ad sermonis brevitatem) ad plenum sonamus; scribimus tantum, nisi aut vocalis sequetur, aut finis clausulæ sit, etc.» (P. 7.)

[92] Il était natif de Rouen, et curé de Meray. M. Guessard tire même de cette circonstance une allusion bien fine et bien malicieuse: «Mais, va dire M. Génin, que m’importe Fabri, un homme inconnu, un clerc, un curé? (car Fabri fut curé!)» (P. 203.) Cette épigramme dénonciatrice sent furieusement les bureaux de l’Univers, où M. Guessard compte des partisans et des admirateurs si chauds. Il est zélé pour eux, ils sont zélés pour lui; rien de plus juste.

(Voyez le post-scriptum de cette lettre).

[93] Voici ce catalogue de Palsgrave: c’est un document inestimable dans la question qui nous occupe.

Chapitre XIV du 1er livre.

«Mots qui articulent distinctement leur s dans les syllabes médiantes, contrairement aux règles générales ci-dessus énoncées[A]:

[A] Cap. XIII. The wordes whiche sounde their s distinctely, comyng in the meane syllables, contrarie to the generall rules above rehersed. (The fyrst Boke, Fol. XIV.)

  • apostat
  • astrologie
  • aspirer
  • agreste
  • assister
  • aspic
  • administrer
  • asteure
  • astruser
  • astuce
  • bastille
  • bastillon
  • bastiller
  • bestialité
  • bistocquer
  • cabestan
  • chaste
  • consistoire
  • constant
  • conspirer
  • constellation
  • consterner
  • constituer
  • construire
  • circumspection
  • custode
  • désister
  • désespérer
  • destinée
  • destruction (mais non pas destruire)
  • détestable
  • digestion
  • digeste
  • discorder
  • discret
  • discuter
  • dispenser
  • disparser (sic)
    disparer
  • disposer
  • disputer
  • distincter (sic)
  • distance
  • distinguer
  • distraire
  • distribuer
  • domestique
  • escabeau
  • esclave
  • escorpion
  • espécial
  • espèce
  • espagne
  • espérer
  • espirit
  • estimer
  • estomaquer
  • estradiot
  • existence
  • fastidieux
  • (festival)
  • festivité (mais non feste)
  • frisque
  • frustrer
  • histoire
  • illustrer
  • indistret (sic)
  • industrie
  • instruire
  • instance
  • instant
  • instituer
  • instrument
  • investiguer
  • investiture (mais ni le verbe vestir ni vestement)
  • majesté
  • miste
  • mistère
  • mission
  • molester
  • monastère
  • «Je n’en trouve point dans les mots qui commencent par n»
  • obstant
  • obstination
  • obscurcir
  • offusquer
  • ostenter
  • ostruce
  • obstacle
  • peste
  • pestilence
  • perspicacité
  • postérieur
  • prosterner
  • postille
  • prédestiner
  • prospérer
  • pronostiquer
  • questionner
  • questueux
  • question
  • recrastiner
  • resister
  • restituer
  • robuste
  • rustre
  • sinistre
  • substance
  • substencacle (sic)
  • testament
  • triste.

Voilà donc une liste de cent neuf mots qui étaient de formation récente en 1530, ou qui en très-petit nombre, comme festival, espirit, venus du fond de la langue, subissaient la loi de la mode et des lettres modernes. On en remarquera dans le nombre qui n’ont pas vécu, par exemple, astruser, estradiot, frisque, miste, ostenter, questueux, recrastiner;—d’autres qui se sont modifiés, comme especial, escorpion, à qui l’on a ôté l’e initial, cachet de leur antique origine;—d’autres, enfin, qui suivent une loi différente de celle qui régit leur racine, par exemple, destruction avec l’s, quoiqu’on prononçât détruire sans s; fête et festivité; vêtir, vêtement et investiture. Les uns étaient les types anciens, résistant à la mode; les autres, les dérivés frappés au coin de l’époque. C’est pourquoi j’ai tant insisté dans mon livre sur la nécessité d’avoir l’acte de naissance de chaque mot.

Palsgrave a fait le même travail sur chaque consonne de l’alphabet, mais aucune n’approche de l’s pour le nombre des exceptions. Les autres en présentent environ trois ou quatre exemples chacune.

Après cela on ne peut accuser Palsgrave d’ignorance ni de contradiction. S’il a posé et maintenu sa règle générale, On ne prononce jamais deux consonnes consécutives,» c’est qu’il avait pour le faire de bonnes raisons; c’est qu’en présence de deux usages contraires, il savait bien, lui, versé dans le commerce des savants de son âge, Alain Chartier, Jean Lemaire, l’évêque d’Angoulême, distinguer la tradition ancienne de l’innovation, le principe originel du principe de la renaissance.

[94] L’imprimé porte «devant li, lo, o, m,» ce qui n’offre point de sens. J’ai rétabli le texte à l’aide des exemples.

[95] P. 259.

[96] La preuve en est qu’on a pris le parti de les chasser de l’écriture dans tous les mots où la tradition trop continue ne permettait pas au langage de les recevoir.

[97] On ne doit rien avancer que sur de bonnes raisons, mais il en faut deux fois plus pour contredire. Celui qui affirme n’est tenu que d’avoir de quoi fonder sa conviction; celui qui contredit doit avoir en outre de quoi renverser celle de l’autre. Un pareil nombre de raisons opposées ne produirait que l’équilibre.

Il y a souvent des raisons philosophiques de contredire; mais il ne paraît pas y en avoir jamais de contredire de parti pris.

[98] Voy. des Var. du lang. fr., p. 226 et suiv.

[99] On se tromperait de croire que, dans ce second exemple, l’adjectif suit son substantif; il faut tenir compte de l’ellipse: deux citez des plus forz citez de France.

[100] Un des moyens de M. Guessard pour innocenter l’Académie consiste à dire que son dictionnaire est un almanach. «Il fallait négliger les vieilles expressions (celles de Molière) dans un almanach de la langue. Le Dictionnaire de l’Académie, tel qu’il a été conçu et exécuté, est cet almanach.» (P. 314.) C’est le cas de lui citer deux vers des Ménechmes:

Monsieur, une autre fois, ou bien ne parlez pas,

Ou prenez, s’il vous plaît, de meilleurs almanachs.

[101] Je ne lui reprochais pas l’admission de ce mot, mais de n’y avoir pas joint un avertissement. J’avais supposé un jeune étranger cherchant inutilement dans le Dictionnaire de l’Académie certains mots de Molière.

[102] M. Guessard et moi concourions alors pour le prix sur la langue de Molière. L’Académie l’a partagé entre nous deux; mais les amis et admirateurs de M. Guessard écrivent, dans l’Univers, qu’une fausse couleur de voltairianisme répandue dans mes écrits «a trompé le goût émoussé de quelques vieillards, et qu’ainsi s’expliquent les récents succès de M. Génin à l’Académie française.» (L’Univers du 24 octobre 1846.)

C’est de la part des amis de M. Guessard un vote de confiance contre moi, car je ne suppose pas que l’Académie ait communiqué mon manuscrit aux abbés de l’Univers. Mais je le publie, et ils pourront désormais me déchirer sans trahir l’excès de leur passion par l’excès de leur maladresse. Si mon travail resserré en un volume est incomplet, il sera complété par la publication de celui de M. Guessard, bien autrement important, puisque, au su de tout le monde, le manuscrit ne formait pas moins de dix volumes in-folio. (Note écrite au mois d’octobre.)

[103] C’est aussi le principal grief de M. Guessard contre mon ouvrage. M. Guessard paraît nourrir des prétentions extrêmes au titre de personnage discret; c’est pour y arriver qu’il écrit des articles de 137 pages, ayant soin d’avertir, il est vrai, que ce n’est là qu’une faible partie de ce qu’il a sur le cœur.

[104] L’Univers du 24 et du 25 octobre 1846.

Au lecteur.

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Également les corrections de [l’Errata] ont été effectuées, la ponctuation a été corrigée par endroits, et les accents manquants sur les E majuscules ont été rétablis.

Les notes ont été renumérotées de 1 à 104 et placées à la fin du texte.

Corrections.

[Page XL]: «dix-hutième» remplacé par «dix-huitième» (comédies du dix-huitième siècle).

[Page 10]: «apetiser» remplacé par «apetisser» (comme dans alentir, apetisser, agrandir).

[Page 29]: «courrons» remplacé par «courons» (Allons, courons avant que d’avec eux).

[Page 35]: «bragain» remplacé par bargain» (racine bargain).

[Page 51]: «n» remplacé par «a» (du simple c devant o et a).

[Page 55]: «chapitre» remplacé par «chapitres» (j’ai maints chapitres vus).

[Page 61]: «Tartuffe» remplacé par «Tartufe» (Préf. de Tartufe.).

[Page 83]: «constrastar» remplacé par «contrastar» (Les Italiens disent contrastar).

[Page 106]: «duisez» remplacé par «disez» (vous disez et vous contredisez).

[Page 114]: «Georges» remplacé par «George» (George Dandin finit par avoir le dessous).

[Page 137]: «Tartuffe» remplacé par «Tartufe»: des traits effrontés (Tartufe.).

[Page 150]: «boétiques» remplacé par «béotiques» (Et tandis qu’au milieu des béotiques plaines).

[Page 196]: «gautl» remplacé par «gault» (e cil gault sont foilli).

[Page 220]: «suprimant» remplacé par «supprimant» (après un subjonctif, en supprimant que).

[Page 259]: «COUP» remplacé par «COUPS» (NUAGE DE COUPS DE BATONS).

[Page 286]: «d’adjectif» remplacé par «l’adjectif» (ce que c’était que l’adjectif verbal).

[Page 310]: «cette cette» remplacé par «cette» (dans cette locution).

[Page 332]: «adverve» remplacé par «adverbe» (3o L’adverbe quàm).

[Page 431]: «auto-torité» remplacé par «autorité» (une autorité illusoire).

[Page 449]: «seu-ment» remplacé par «seulement» (et seulement dans les mots nouveaux).