Le professeur.
Plus les formules de la science se simplifient, plus important devient le rôle du professeur instruit, chargé de transmettre fidèlement la pensée de l'auteur, de la faire appliquer et de démontrer la vérité de ses principes. J'écris qu'il faut avoir le cheval droit, et j'en dis la raison; mais qui indiquera à l'élève que son cheval est ou n'est pas droit? Je parle des effets de main, de jambes et d'éperons employés tantôt séparément, tantôt simultanément. Qui dira au cavalier qui se sera trompé dans l'emploi de ces aides la cause de son erreur? Qui l'aidera à la réparer et à prévenir ainsi les conséquences graves qui en résulteraient? Je dis qu'il faut détruire toutes les causes de résistances du cheval; mais qui indiquera à l'élève les moyens justes, opportuns, qu'il devra employer, le degré de force dont il devra se servir? Qui développera le sentiment de l'élève par des conseils donnés à propos? Le professeur. Mais je parle du professeur élevé à mon école, imbu de mes perfectionnements, car lui seul pourra les transmettre fidèlement et donner les moyens de les appliquer toujours d'une manière juste, exacte. Je donne les principes, ils sont vrais; j'indique les moyens, ils sont exacts; je fais connaître la progression des exercices, ils sont essentiellement abréviateurs. Mais, vouloir écrire l'application, ce serait tomber dans la faute de mes devanciers, en confondant deux choses bien distinctes, la science et l'art. Si l'auteur est la pensée qui conçoit, la science qui formule, l'habile professeur sera la parole qui transmet, l'œil qui observe, la main qui fait agir.
RÉSUMÉ
DES RAPPORTS OFFICIELS
EN FAVEUR DE LA MÉTHODE.
Dans les dix premières éditions de ma Méthode, j'ai publié, en entier, les divers rapports officiels de MM. les généraux et officiers de cavalerie qui se sont occupés de mon système au point de vue militaire. J'ai jugé nécessaire de ne donner, dans cette édition, qu'un résumé succinct de toutes ces pièces, afin de pouvoir publier mes idées nouvelles sans rien changer au format du livre.
Mes lecteurs me sauront gré, sans doute, de remplacer ainsi ces rapports élogieux qui m'étaient précieux lors de l'apparition de mon ouvrage, tant par la spécialité et le talent de leurs rédacteurs que par l'impartialité qui les a dictés.
Je saisis cette occasion d'exprimer à MM. les officiers de l'armée ma profonde reconnaissance pour leur juste appréciation de ma Méthode et le zèle qu'ils ont déployé à son étude. Je me tiendrai toujours très-honoré de leur haute approbation.
L'intérêt seul du public a pu me déterminer à retrancher de mon livre leurs remarquables écrits.
Je prie ceux de mes lecteurs qui voudraient lire ces rapports en entier de se reporter aux éditions précédentes.
Je passerai sous silence quelques lettres qui ont précédé la mission qui m'a été confiée de faire étudier mon système dans les corps de troupes à cheval.
Rapport de M. de Novital, chef d'escadrons, commandant l'école de Saumur.
Analyse des exercices journaliers.—Progrès constatés, jour par jour, jusqu'à parfaite éducation obtenue en treize jours pour quarante chevaux.
M. de Novital continue:
«Les adversaires de M. Baucher veulent lui donner le cachet d'une imitation des Pignatel, Pluvinel, Newcastle, etc.; mais ces célèbres écuyers, tout en prêchant l'assouplissement, l'équilibre, ont-ils enseigné une théorie aussi lucide, aussi juste, aussi bien raisonnée que celle de M. Baucher? Non.
«La méthode de M. Baucher doit faire école, parce qu'elle s'appuie sur des principes vrais, fixes, rationnels, motivés. Tout en elle est mathématique et peut se rendre par des chiffres.
«A lui donc appartient la nouvelle époque qui commence; à lui la gloire d'avoir mis le cheval dans la dépendance complète du cavalier en paralysant toute résistance, toute volonté, et en remplaçant les forces instinctives par des forces transmises.
«L'opinion de MM. les capitaines instructeurs des 5e cuirassiers et 3e lanciers se trouve comprise dans ce que je viens d'émettre.»
Paris, 4 avril 1842.
Rapport au général Oudinot, par M. Carrelet, colonel de la garde municipale de Paris.
«..... Je vous dirai qu'officiers et sous-officiers sont unanimes pour approuver les procédés de M. Baucher, appliqués au dressage des jeunes chevaux. En quinze jours M. Baucher obtient des résultats meilleurs que ceux obtenus en six mois par les anciens procédés. Je suis tellement convaincu de l'efficacité des moyens professés par M. Baucher, que je vais soumettre à ces procédés tous les chevaux de mes cinq escadrons.»
Paris, 6 avril 1842.
Rapport du général marquis Oudinot au Ministre de la guerre.
Constatation des heureux résultats obtenus par la méthode.—Les principes de M. Baucher sont un grand et incontestable progrès.—Conclut à ce que les corps de troupes envoient des instructeurs s'initier à la méthode.
6 avril 1842.
Rapport du chef d'escadron Grenier, chargé du commandement des officiers envoyés à Paris pour étudier la Méthode.
Vingt-deux officiers ont reçu les leçons de M. Baucher lui-même.—Approbation entière des principes et de leurs démonstrations pratique et orale.—C'est surtout à l'école de cavalerie que la méthode doit être connue.
Versailles, 24 juillet 1842.
Rapport demandé par le colonel président de la commission chargée d'étudier le dressage des jeunes chevaux d'après la méthode Baucher, et rédigé par M. Desondes, lieutenant au 9e cuirassiers.
Ce rapport suit jour par jour l'éducation d'un cheval désigné.
Constatation des progrès simultanés du cavalier et du cheval.
La Méthode, par l'excellence de ces principes, remédie à la mauvaise conformation du cheval.—Elle est appelée à diminuer les proportions effrayantes des pertes de chevaux.
Enfin, dit M. Desondes, la plus heureuse des innovations doit amener une révolution dans la cavalerie.
15 juillet 1842.
Rapport du commandant de l'Ecole royale de cavalerie de Saumur.
«..... Je me résume en disant que la nouvelle méthode doit être un grand bien, une amélioration incontestable pour la cavalerie.
«Je fais donc des vœux pour son adoption et sa prompte introduction dans l'armée.»
Saumur, 6 août 1842.
Rapport sur l'essai de la nouvelle méthode fait au camp de Lunéville, par M. Baucher fils.
«..... La sollicitude éclairée de M. le Ministre de la guerre pour l'armée est un sûr garant que cette méthode trouvera en lui un puissant protecteur, et que toutes les troupes à cheval pourront bientôt mettre à profit les importants avantages que procure son application.»
Les Membres de la Commission:
Capitaines de JUNIAC, de CHOISEUL, GROSJEAN;
lieutenant-colonel HERMET; général GUSLER.
Outre tous ces rapports, j'ai reçu l'adhésion de la plus grande partie des officiers de cavalerie. Quatre-vingt-trois colonels ou capitaines, sur cent deux, approuvent mon système.
I
NOUVEAUX MOYENS D'OBTENIR UNE BONNE
POSITION DU CAVALIER[2].
On trouvera sans doute étonnant que, dans les premières éditions, promptement épuisées, de cet ouvrage ayant pour objet l'éducation du cheval, je n'aie pas commencé par parler de la position du cavalier. En effet, cette partie si importante de l'équitation a toujours été la base des écrits classiques.
Ce n'est pas sans motifs, cependant, que j'ai différé jusqu'à présent de traiter cette question. Si je n'avais eu rien de nouveau à dire, j'aurais pu, ainsi que cela se pratique, consulter les vieux auteurs, et, à l'aide de quelques transpositions de phrases, de quelques changements de mots, lancer dans le monde équestre une inutilité de plus. Mais j'avais d'autres idées; je voulais une refonte complète. Mon système pour arriver à donner une bonne position au cavalier étant aussi une innovation, j'ai craint que tant de choses nouvelles à la fois n'effrayassent les amateurs, même les mieux intentionnés, et qu'elles ne donnassent prise à mes adversaires. On n'aurait pas manqué de proclamer que mes moyens d'action sur le cheval étaient impraticables, ou qu'ils ne pouvaient être appliqués qu'avec le secours d'une position plus impraticable encore. Or, j'ai prouvé le contraire: d'après mon système, des chevaux ont été dressés par la troupe, quelle que fût la position des hommes à cheval. Pour donner plus de force à cette méthode, pour la rendre plus facile à comprendre, j'ai dû l'isoler d'abord de tous autres accessoires, et garder le silence sur les nouveaux principes qui ont rapport à la position du cavalier. Je me réservais de ne mettre ces derniers au jour qu'après la réussite incontestable des essais officiels. Au moyen de ces principes, ajoutés à ceux que j'ai publiés sur l'art de dresser les chevaux, j'abrége également le travail du cavalier, j'établis un système précis et complet sur ces deux parties importantes, mais jusqu'à ce jour confuses, de l'équitation.
En suivant mes nouvelles indications, relativement à la position de l'homme à cheval, on arrivera promptement à un résultat certain; elles sont aussi faciles à comprendre qu'à démontrer: deux phrases suffisent pour tout expliquer au cavalier. Il est de la plus grande importance, pour l'intelligence et les progrès de l'élève, que l'instructeur soit court, clair et persuasif; celui-ci doit donc éviter d'étourdir ses recrues par des développements théoriques trop prolongés. Quelques mots, expliqués avec à-propos, favoriseront et dirigeront beaucoup plus vite la compréhension. L'observation silencieuse est souvent un des caractères distinctifs du bon professeur. Après qu'on s'est assuré que le principe posé a été bien compris, il faut laisser l'élève studieux exercer lui-même son mécanisme: c'est ainsi seulement qu'il parviendra à trouver les effets de tact, qui ne s'obtiennent que par la pratique. Tout ce qui tient au sentiment s'acquiert, mais ne se démontre pas.