Encore d'elle.
Cy gist Catin (dont suis marry)
Et à fin que ce mal ne celle
Sachez qu'ell' est morte pucelle
A faute de trouver mary.
De Perolet insigne
beuveur.
Perolet ce beuveur insigne,
Qui aux yeux en portoit le signe
Evident, repos' en ce lieu,
Non point son vin, mais bien en Dieu:
(Au moins comme chascun doit croire)
Vivant il ayma tant à boire
Du meilleur, souvent, et longs traicts,
Que ses yeux s'en estoyent entrez
Au plus profond, et là dedans
Se monstrent rouges, et ardans:
Rouge, blanc, et claret aussi
Pour couleurs il avoit icy:
Roug' estoit aux yeux, pasl' en face,
Claire avoit sa voix, dont l'espace
Qu'il vesquit, cria cà, et là
Bon vin à vendre, et en cela
Passa son temps vineusement,
Vivant le plus joyeusement
Qu'il pouvoit sans estre delivre
De l'humeur qui le rendoit yvre.
Or passans qui trouvez saveur
Au bon vin comme ce beuveur,
A fin que desormais se garde
Que soif alterée ne l'arde,
Je vous pry arrosez sa tumbe
De bon vin, et faittes qu'il tombe
A plains pots sur luy, car le peu
Ne feroit qu'augmenter son feu.
Quant à l'eau que l'Eglise donne
A grand' pein' il la trouve bonne,
Car si onq n'ayma liqueur telle
Trouver ne pourroit goust en elle.
D'oraisons qu'on dit pour les ames
(A fin qu'evitent les grands flammes
D'enfer hideux, ardant, et chaud)
En veut peu, car il ne luy chault
D'estre là, ou en purgatoire,
Moyennant qu'il y trouv' à boire.
Fin des Epitaphes.
[A B. de Rochecolombe,
Gentilhomme.]
Apres vostre navigation des isles neufves, entre les tourbes du peuple vous oyant reciter les merveilles des Barbares, je fuz plus que tous importun apres vous, pour me les declarer au long: en quoy je receu un plaisir incroyable. Mais sur tout oyant le discours du Roy de Nasée, le nez duquel asseuriez avoir deux tiers de long, avec grosseur proportionnée: et les Naséens l'avoyent de pareille grandeur. Et apres m'avoir declaré l'estendue du Royaume, fertilité de la terre, somptuosité des palaix, et disposition de sa republique, entre autres poincts me fut aggreable entendre, comme on y punist les criminelz, non par glaive, fouëtz, ou carquan, mais on les assied sur une pierre au milieu de la place, aux rayons du Soleil, ou sont condamnez tenir souz le menton un grand bassin, fait expres, Entour lequel sont marquées les heures, lesquelles ilz monstrent à l'ombre de leur Nez: et là sans remuer sont contraincts demeurer du matin jusques au soir, autant de jours qu'on puisse en apprehender autres pour mettre en leur lieu. Aussi en tout le Royaume n'y ha autres horologes que ceux là. Lequel discours je tins long temps à bourde et mocquerie, jusques avoir ruminées les histoires naturelles affermans entre les hommes estre difference selon les regions, et divers aspect du ciel, comme les Mores noirs, et gris sont differens de noms, les Pygmées sont plus petis que mediocres: et pour venir aux parties singulieres, les Cyclopes n'ont qu'un oeil, les Anglois ont une queuë, et aux indes y en ha qui ont le pied si large qu'il peut couvrir le demeurant du corps, et autres ayans la lebvre inferieure renversée en bas à mode d'une grand' gibessiere: et d'ailleurs vous estes homme veridique, qui me fait croire, ce peuple avoir le nez à la mesme sorte que vous dictes. Or d'autant que pretendez y retourner, et pour ce attendez la Caranelle d'Espaigne, que fasse voille au Peru, que sera le dixiéme de May Prochain, ainsi qu'estes adverty de Lisbonne, du vingtcinquiéme Decembre passé: j'ay escrit une lettre au Roy de Nasée de laquelle me fut desrobbée la moitié, et imprimée sans mon sceu: toutesfois despuis en cà l'ay remise en son entier, laquelle vous envoye pour la luy donner en main. Priant Dieu vous donner la grace de bien et heureusement faire vostre voyage et puissiez vous en vostre nez retourner en France sain et en bon poinct. De Musceole ce dernier jour de Decembre, Mil vc. lvii.
Naseïde, restituée en son
entier,
A Alcofibras indien, Roy
de Nasée.
Pour vous louer si la plume je prens,
Roy des grands nez, Roy des nez les plus grands
De Naserie, à ce faire m'invite
Le vostre, auquel tout le peuple court viste
Pour l'admirer, comme rare spectacle,
Si qu'on le jug' estr' un Nasal miracle:
Tant il est grand, que des Archers le pire
Ne le pourroit faillir pour mal qu'il tire:
Et s'il trouvoit au monde son pareil
Croy qu'il feroit eclipser le Soleil.
Ceux là qui ont donné louange aux nez,
Et doctement nous les ont blasonnez,
Ne cuident point que je leur veuille oster
Aucun bruit leur, pour au mien l'adjouster:
En grave stille ilz [nous] ont exposée
La dignité de la tourbe Nasée,
Ou les moyens leur ont estez ouverts,
Autant qu'au monde y ha de nez divers.
En grave stille ont loué les Naseaux,
Le trait, le teinct, de ces nez damoyseaux,
Sus qui on void mille beautez escloses,
Proprement faicts pour odorer les roses.
Mais je veux prendr' autre subjet plus digne
Dont vous portez au visage le signe
Roy bien nasé, et pour mieux le toucher
Je veux ma muse en tel poinct emboucher,
Que ses propos hautement entonez
Soyent à l'egal du Colosse des nez,
Lequel pour estr' excellent dessus tous
Les nez qui sont, & seront, fait que vous
Estes le Roy, & tant plus grand se void
Tant plus grand Roy aussi dir' on vous doit.
Dire on vous doit grand Roy, aussi vous l'estes
Roy sur autant que se trouvent de testes
A croc, et dont la grandeur Cesarée
Va per à per avec la Nasarée:
Mais qui pourroit en ce monde regner
S'il n'ha le nez qu'on ne puisse empoigner
Comme le vostre? ô Nasifique sire.
Perse jadis apres la mort de Cyre,
Autre en son lieu recevoir ne voulut,
Qu'il ne l'eust grand, et vouloit qu'ainsi l'eust
Non seulement pour le loz immortel
De leur bon Roy Cyrus, qui l'avoit tel,
Mais pourautant que l'autorité toute
Resid' au nez: ainsi il n'y ha doute
Que tant plus grand est le nez, plus est grande
La majesté sur la Nasalle bande.
Seroit ce bon que ces nasateux là
Eussent pouvoir sur les grands? Ah cela
Viendra plus tard que lon ne verra estre
Le chat du chien, et le rat du chat mestre.
Or ha la Perse honoré les grands nez,
Tant qu'elle vint à Nabucodenez.
Et vint à luy, Car comme à son nom touche
Ensembl' avoit et grand nez, et grand' bouche:
Mais de la bouch' à present je ne traicte.
A propoz donq des grands nez je m'appreste
A vous narrer un secret difficil,
Pourquoy mandé fut Ovid' en exil,
C'est pourautant que son grand nez faisoit
Trembler Auguste, et pour cela n'osoit
Laisser les murs de la vill', ayant doute,
Que par son nez il ne l'occupast toute.
Mais l'envoya aux neiges de Scytie,
Pour en secher de froid une partie,
Et le secher si bien qu'à son retour
A l'Empereur ne feist ce mauvais tour.
Pourquoy mect on au chef imperial
L'Aigle si n'est qu'ell' ha un nez royal,
Qui des oyseaux fait qu'on la nomme royne?
Et l'elephant, sans le grand nez qu'il trayne
Des animaux, si grand roy ne seroit:
Le griphe aussi craindre ne se feroit.
Ne void on point le rinocerot comme
Par son grand nez est craint? Or donques l'homme
Tant plus l'ha grand, et son nez plus loing tire,
Tant plus grand Roy certes il se peut dire.
Qui ha grand nez, ha de parens aux cieux.
Cuidez vous point que le guerrier des Dieux
Ne l'aye tel, et entre nous Aeolle
Quand d'Aquillon vers les Austres il volle,
Que sans avoir un grand nez il desserre
Ses roides vents? vous faschez vous sur terre
Descendez viste aux Enfers, et verrez
Comme Pluton est nasé, là orrez
Comme celuy s'expose à grand hasard,
Qui n'obeit à ce Prince nasard.
Pour faire brief, un nez tres navifique,
Ha majesté royale et magnifique.
Au nez aussi, et non ailleurs ha place
L'honneur de l'homme, et sans luy n'ha point grace.
Tirer le nez à quelqu'un c'est outrage.
Donner au nez c'est esmouvoir la rage,
Le d'eschirer, l'escacher, ou le tordre
Par ce moyen on vient à l'honneur mordre:
Et au contraire un ardeur on presume,
Lors que d'un homme on dit le nez luy fume,
Il ha la mouche au nez, c'est lors à dire
Qu'il est esmeu de grand colere et ire:
Et quand au nez on ne luy peut toucher,
Il monstre bien qu'il ha son honneur cher
Voylà pourquoy Siracuse est prisée
Car elle mect dessus la part Nasée
Estuys de fer pour deffence aux batailles,
Là ou la France arme ses mains d'escailles.
Et ne cuidez qu'elle ainsi l'enveloupe,
Fors seulement de poeur qu'on le luy coupe,
Et comme au Grec vienne à son nez, ou pire
Perdant lequel, il perdit son Empire.
Qui ha le nez contrefaict et bossé,
Trop, ou trop peu, ou poinctu, ou moussé,
Et comme un as de treffles se renfroingne,
Des lieux publicz meu de honte il s'esloigne,
Pour eviter les pernicieux blasmes
Qu'on luy impose, & mesmement les femmes:
Car elles ont ferme foy que ce lieu
Est relatif de cest antique Dieu,
Avec lequel le Cinic plantoit l'homme,
Seul adoré aux verdz jardins, et comme
On dit le pere ayant esgard aux filz.
Qui ha le nez gros, grand et bien assis,
Celuy on peut sans injure vanter
D'avoir un gros et grand pieu à planter,
Ce dont la femme à l'amour usitée,
Par le grand nez est tousjours incitée
A remarquer et veoir en quelle sorte
Pourra jouïr de celuy qui le porte,
Vostre grandeur, sire, doit scavoir gré
A son grand nez: car ce royal degré
Humiliant ceux qui vous sont rebelles,
Attire à soy l'amitié des plus belles.
Certes du nez, comme nez, on pourroit
Dire beaucoup de choses qui voudroit,
Qu'il donne voye aux humeurs du cerveau,
Et au poulmon ministre l'aer nouveau,
Juge l'odeur, tesmoigne le courroux
Quand ronfle, & fronce, ou qu'il espreint ses troux,
Et si orné il est de toute grace
Dont m'esbahy pourquoy l'antique race
Le congnoissant si beau, et si mignon
Ne l'ha faict Dieu comme son compagnon.
Or est cecy à tous les nez commun,
Et pourautant que je n'escris qu'à un
Grand, le plus grand du monde, je delaisse
Ces nasequins dont y ha si grand presse.
A vostre loz j'ay dict qu'avez l'Empire
C'est tout aussi que de vous je puis dire,
Mais pour oster le moyen à certains,
Qui pour un nez qu'ilz ont sont si hautains,
Que tout ainsi qu'il est grand, grans s'estiment,
Et la grandeur du vostre desestiment:
Je veux monstrer qu'il y ha difference
De grand, à grand, & que sans grand offence
Tous les grands nez ne peuvent recevoir
Tiltre de Roy: Ah il feroit beau veoir,
Qu'un nez tortu, un nez laid de tous poinctz,
Un nez bossé forgé à coups de poincts,
Illuminé tigneux, et qui se guinde
A tous costez comme ceux des coqs d'inde,
Un nez remply de troux, et clous avec,
Un nez moulé à la forme d'un bec,
Un nez trop large, un nez que lon admire,
Faict au patron de prouë d'un navire,
Un nez velu rehaulsé de verrues
Espouvantant les enfans par les rues,
Un nez morveux, et de tigue emperlé
Eust tel honneur, c'est trop avant parlé:
Raison ne veut que nom de roy il prenent,
Bien que soyent grans: & s'il avient qu'ilz regnent
Et que leur main de Sceptre soit garnie
C'est une pure et vraye tyrannie:
Car la grandeur du nez s'il n'ha beauté
Ne peut avoir tiltre de Royaulté.
Un nez Royal avant que tel soit faict,
Veut estre grand, poli, beau, et parfaict,
Comme le vostre, auquel furent donnez
Tous les grans biens qu'on peut dire des nez
Ne trouvent autre encor à soy conforme,
Grand, gros, & large, ouvert, & long, en forme
De barbecane ou triangle eminant,
Qui sur un flang de mur va dominant.
Et pourautant qu'il est Roy, ne suffit
Luy faire honneur car honneur sans proffit
Est de neant si on ne touche au but,
Scavoir au loz adjouster le tribut.
Voylà pourquoy un present luy veux faire,
Qui tant plus est propre, ô Roy nasifere,
Pour sa grandeur longuement conserver
Plus me devez de faveur reserver.
Or tout ainsi que vostre nez est rare
Est de besoing, Sire, qu'on le rempare
D'un riche estuy, et jamais ne soit veu
Sans meur conseil, à quoy sera pourveu
Par longs moyens, & apres grans requestes
Comme en Florence on monstre les pandectes,
Ou comme on garde une chose de pris
Qu'elle ne tombe en vulgaire mespris:
Couvrez le donq, Sire, couvrez le donq
De ce beau masque, & ne soit monstré onq,
S'il n'est requis par grand' necessité,
Et soit ainsi de luy, comme ha esté
Du biffront dieu, qui aux fureurs de guerre
Tant seulement se monstroit sur la terre:
Et pour cela je serois fort d'advis,
Que vous usez comme d'un pont levis
A vostre nez, lequel viendrez hausser
Tant seulement pour la guerre annoncer:
Mais est requis que le tout on manie
Avecques rare, et grand' cerimonie.
Et pour ce faire y soyent maistres expres
Qui vostre nez tiennent tousjours de pres
S'il veut souffler, que torches on allume:
S'il veut ronfler, subit qu'on le parfume
Avec encens, et souz luy faut coucher
Grands bassins d'or, quand se voudra moucher.
S'il ha vouloir d'esternuer, je veux
Que lon descharge un gros canon ou deux.
Et quand les jours solemnelz seront proches
Pour se monstrer, que lon sonne les cloches:
Mais à cecy faut un terme plus long
Qu'à Solyman quand se monstre, & adonq
Il estendra ses benedictions
Dessus les nez de toutes nations,
Ou sera bon que les femmes se treuvent
Qui ont vouloir d'engrossir, & ne peuvent.
Or ce joyau avoit en son thresor
Le puissant Roy Nabucodenasor,
Qui à son nez tout expres le feit faire,
Pour s'en servir en un extreme affaire:
Et apres luy en furent possesseurs
De Roy en Roy maintz autres successeurs,
A qui jadis fut ceste piece ostée
Par l'Empereur qui saccagea Judée:
Et la porta en son triomphe, comme
Le plus haut bien qu'il sceut porter à Romme.
Et Belisare en priva les Rommains,
L'avare Grec, puis vint entre les mains
Du fort Selin, à l'heure qu'il passa
L'estroit Bosfore, et s'en vint par de cà
Et Solyman l'ha eu de son ancestre
Qui le garda un long temps, & sans estre
Armé d'icelle, on luy eust fait par terre
Voler le nez d'un coup de cymeterre
Aupres de Bude, et toutesfois ne sceut
Faire si bien qu'ostée ne luy fust,
Pource doutant qu'il ne perdist l'Empire
Avec le nez en seur lieu se retire.
Bien tost apres, ce butin fut trouvé
Par un soldat, j'entends et relevé
Qui le porta à Romme, ou fut vendu
A un Rabin, car ayant entendu
Que le grand Roy Buconasor estoit
Premier de tous qui au nez le portoit
Et s'en servoit ainsi que d'une barde,
Il le fit mettre au Temple en seure garde.
Deux ans apres, ou un peu moins advint
Qu'un Habraim de Juif, chrestien devint,
Qui s'en saisit, ou bien il la changea
D'un nez, à autre: et ce fut car songea
Que sa famille envieuse en seroit
Triste, et pourtant d'un sang bouillant feroit
Tous ses efforts de l'avoir, & le prendre,
Voylà comment son nez voulut deffendre:
Car l'avoit grand, faict à la judaïque,
Et marqueté tout à la Mosaïque:
Mais (qui est pire) un gros fic y naissoit
Qui si avant de jour, en jour croissoit
Que l'estuy fut estroit bien que soit large,
(A tout le moins luy donnoit trop grand' charge)
Dont le vendit, et je l'ay acheté
Pour mettre au nez de vostre magesté.
Fin.
Souspir d'espoir.
NOTES DU TRANSCRIPTEUR
L'orthographe, la ponctuation et l'usage des accents sont conformes à l'original. Cependant pour faciliter la lecture on a introduit la distinction entre les lettres i/j, u/v. On a également remplacé les abréviations par les lettres correspondantes (Comme au lieu de Cõme, etc.).
Les corrections suivantes ont été apportées:
- Mais au lieu de Nais (Mais j'estoy derriere un buisson)
- C'est au lieu de Cest (C'est figure que l'amour est grande)
- qu'on au lieu de quon (Il faut bien scavoir qu'on demande)
- adroite au lieu de adorite (Et dont la vie en moeurs est plus adroite)
- Droite au lieu de Dorite (même vers)
- ou au lieu de en (Deux ans apres, ou un peu moins advint)
- nous ajouté pour compléter un vers (En grave stille ilz [nous] ont exposée)
- Mais au lieu de Nais (Mais j'estoy derriere un buisson)
- C'est au lieu de Cest (C'est figure que l'amour est grande)
- qu'on au lieu de quon (Il faut bien scavoir qu'on demande)
- adroite au lieu de adorite (Et dont la vie en moeurs est plus adroite)
- Droite au lieu de Dorite (même vers)
- ou au lieu de en (Deux ans apres, ou un peu moins advint)
- nous ajouté pour compléter un vers (En grave stille ilz [nous] ont exposée)