A monseigneur, Claude de Granval, maistre d'hostel de ma dame la Duchesse d'Aumale.
Que n'ay je du Grec Pindare
L'eloquence Riche et rare
Pour mieux chanter vostre nom,
Cher Seigneur, duquel la grace
Tant de merites ambrace
Par un immortel renom?
Que n'ay je la plume exquise
De Ciceron tant requise
Au facond stile latin,
Pour, au desir qui me presse,
Chanter de vostre maistresse
La grandeur, soir et matin?
Ou que ne suis je à Mauni
Avec vous d'un cueur uni
Dessoubs la fresche Ramee,
Pour escrire la beauté,
La douceur, la privauté
De ceste Duchesse aymee?
Je dy de ceste Duchesse
Loise, dont la Richesse
Fondee en toute vertu
Monstre l'honeur admirable
De la grace incomparable
Dont son Esprit est vestu.
Si ay je bien ceste envie
Que quelque jour de ma vie
A Mauni vous me voyez,
Et que la sur la verdure
Alors que le Printemps dure
Mes joyeux Sonnetz oyez.
Ce sont Sonnetz Poetiques,
Et sentences heroiques,
Pour tout courroux appaiser,
Ou gist l'honeur de ma Dame,
Dont le nom tourné, sans blasme
Contient: Loy de se baiser.
Ce ne sera sans escrire
Quelque chose, pour bien rire,
Avec tous voz alliez,
De Boyssay tant estimable,
Et des Houlles honorable
N'y seront point oubliez.
Tandis celluy qui domine
Terre et Ciel, et illumine
Les Espris des ignorans
Permette à vostre noblesse
Que vous passiez en liesse
Du Facond Nestor les ans.