Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec.
Il fault qu'a ce ton sens diligemment pourvoye
De cognoistre & scavoir de ton ame la voye,
Et entendre le lieu duquel elle provient,
Aussi quelque action donner au corps convient.
A l'ordre noble & sainct, d'ou tu es descendu,
Soit par toy de rechef ton Esprit estendu,
Et tousjours elevé, joignant à tel office
Des mots saincts et sacrez le divin sacrifice.
D'un si sage & meur sens ta vie soit pourveue,
Que soubmise ne soit encontre bas ta veue:
Car la cheute est en Terre, avec vice infini,
Tirant du lieu qui est de sept conduicts muni,
Soubs lequel, pour certain, le siege est limité
D'une non variable, et grand necessité.
Ton corps qui est mortel, et vaisseau faict de terre,
Sera mangé de vers qui luy feront la guerre.
Rien ne dois adjouster au Destin éternel,
Qui t'à esté prescrit, car rien du Paternel
Ordre et commencement, n'ha imperfection:
Mais la saincte pensee ou gist perfection,
(C'est à scavoir de Dieu la haute providence)
Ne met les veux d'aucun en perfaicte evidence
Jusqu'à ce que du corps son Esprit deslié
Tout ce qui est charnel puisse avoir oublié,
Et prononcé le mot, fichant en sa memoire
Du Pere supernel la marque ou gist sa gloire.
Tu dois soigneusement avancer ton grand heur
Pour du Pere divin voir la grand resplendeur,
D'ou ton ame est venue, estant environnee
De mainte intelligence et de sens exornee.
Mais miserable, helas, est la vie de ceux
Qui sont trop negligens, trop froids, et paresseux
A contempler de Dieu l'excellente lumiere,
D'ou leur ame a receu origine premiere,
Dont par mauvaise vie, et par temerité
Grand reproche ilz auront de la posterité,
L'ame pour fuyr vice, ha des raisons utiles,
Qui sont par oubliance à deslier faciles.
Au senestre costé du repos, la fontaine
Repose de vertu excellente et hautaine,
Toute infuse en l'esprit divinement repeu,
Qui en sa fermeté n'est jamais corrompu.
L'ame de l'homme est bien de telle qualité,
Qu'elle retient en soy aucune deité,
Jamais rien de mortel, certes, elle n'embrace,
Doute enyvree elle est d'une divine grace,
Recevant gloire, honeur, & liesse assouvie
De se sentir conjoincte à un corps qui ha vie.
Car veu que l'ame ainsi est le resplendissant
Feu, lumiere, & splendeur du Pere toutpuissant,
Elle demeure aussi constante et immortelle,
Et de la vie ainsi dame & maistresse est elle,
Contemplant plusieurs lieux quand elle est en ce Monde.
Cherche le Paradis ou tout soulas abonde.
Garde que ton Esprit tombe à corruption
Par l'appetit du corps plein de pollution,
Et veu que l'Esprit est chose unie & subtile,
Ne le rend gros et lourd, pesant, & inutile.
Mesmement pour le corps de vices préservé
Au Paradis luisant un lieu est reservé,
Et pourautant tu doibs avoir le soing du corps,
Le gardant avec l'ame en paisibles accords,
A celle fin que l'ame à la solution
Du corps charnel, ne tombe en molestation.
Quand ton Esprit luisant tousjours eleveras,
Le corps foible & caduc ainsi conserveras.
Comme l'homme excellant, Chiens qui de Terre sortent,
Si noble naturel de la Terre n'apportent.
Nature nous aprent estre purs les Espris,
Et que rien de macule en iceux n'est compris,
Et nous suade aussi matiere vicieuse
Produire la senmence et bonne et fructueuse.
Les peines des mortels, c'est la concupiscence
Qui fort les tient liez oultre leur resistence.
Que la grandeur de l'ame immortelle et divine
Tousjours en toy du corps les appetits domine,
En elevant tousjours envers le Ciel les yeux
De ton Esprit rassis, divin, et precieux.
O Creature humaine, O noble Creature?
O artifice grand faict des mains de nature?
En me nommant ainsi, verras sans contredict
Que cela des long temps de l'homme fut predict,
Car du hault Ciel vousté la grand architecture
De l'oeil humain n'est veue en sa propre figure.
Les Estoilles aussi qui par le Ciel s'espandent,
Leur clairté naturelle à l'oeil humain ne rendent.
La splendeur de la Lune à noz yeux n'apparoist
Comme parmy les Cieux resplendissante elle est.
De tous les Elémens la Terre plus pesante
En sa pureté n'est à nous apparoissante.
Ne t'estime donc voir de Nature l'image
De voir le corps visible uni à l'ame sage,
Ignorante de fraude, & qui divinement
Du feu clair, qui est Dieu, ha son gouvernement.
Lors que tu auras veu reluire en lieu divers
Ce feu sainct sautellant par le Monde univers,
Enten du feu la voix de puissance eternelle.
De ce seul Toutpuissant la bonté paternelle
Aux ames à enté une marque et Enseigne
Qui de perfection le chemin leur enseigne.
Il te convient scavoir la chose intelligible
Hors de l'intelligible estre, & n'est pas possible
De bien la concevoir sans les graces d'en hault,
Ou élever tes yeux sans cesser il te fault.
La chose intelligible est Dieu certainement
Que lon doibt concevoir de pur entendement.
De ce feu éternel qui le Monde illumine,
Toutes choses ont pris leur estre & origine,
Et ce pere divin (sans lequel rien n'est faict)
A tout divinement accomply et perfaict,
En faisant apparoir sa grand beneficence
A tout homme, apres luy seconde intelligence,
Lequel pere divin par un dict coustumier
Humaines nations appellent le premier.
Par le pere éternel les pensees conceues
Sont à l'effaict aussi de concevoir receues.
Espris, Recteurs de l'ame experts et entendus
Tousjours saincts et constans sont au Monde espandus.
Ce pere Toutpuissant, qui regne aux Cieux supresmes,
De tous, comme plus grand, s'est exempté soymesmes.
Et en tout autre Esprit, de moindre dignité,
Il n'a mis la grandeur de sa Divinité,
Et luy qui est benin avec puissance forte,
Non à craincte, mais bien à espoir nous exhorte.
Fin des Oracles de Zoroastre.