Pierre Habert Escrivain à Paris, aux Lecteurs.

Si tu requiers voir chose magnifique,
Ou recevras grand consolation,
Voy Zoroastre, Homme fort autentique,
Qui fut remply de grand perfection.
Icy verras mainte autre instruction
Et bons propos, pour te donner plaisir.
Outre cela tu verras à loisir
(Dont recevras double contentement)
Les traicts nouveaux d'une Francoise letre,
Que cy devant Paris n'a sceu permettre
Aux bons Esprits la voir aucunement.

Vertu vault mieux que mondaine richesse.

A tresnoble & illustre personne Monseigneur Claude du Bourg, Seigneur de Guerigné, Chevalier, Conseiller, et Thresorier de France, estably à Rion, Francois Habert son treshumble et obeissant serviteur, desire salut, et felicité perpetuelle.

Celle qui peut toutes choses, Nature,
(A scavoir Dieu) donne à sa creature
Dons differens, aux uns hautain scavoir,
Aux uns beauté, aux autres riche Avoir:
Mais ce dont plus la personne bien née
Est noblement en ce Monde exornee,
C'est la beauté en l'Esprit permanente,
Beauté qui est hautaine et eminente,
Ceste beauté exquise, et de hault pris,
(Qui nobles rend et heureux les esprits)
Reluit en vous, voire de telle sorte
(Noble seigneur) que la Palme ell'emporte
Dessus plusieurs, en liberalité,
Et jugement plein d'immortalité,
Dont à bon droict convient que ma Minerve
En ses escrits tel honeur vous reserve,
Que l'oeil aigu de la posterité
Juge combien vous avez merité,
Qui ressemblez au Phenix seul et rare
Par un destin du Ciel, qui vous separe
Des ords desirs d'un avaricieux
Qui l'or terrien trouve plus precieux,
Que la vertu tant noble, rare, et saincte
En vostre esprit divinement empraincte,
En ensuivant voz Majeurs excellans,
Qui ont esté en France vigilans,
Au bien public, mesmes pour la couronne
Qui de noz Roys le chef digne environne.
Ce hault renom de la rare vertu,
Dont vostre sens est noblement vestu,
M'a incité de tirer hors du coffre
De ma Pallas, l'oeuvre que je vous offre,
C'est Zoroastre, un Philosophe grand,
De hault Scavoir, les autres denigrant,
Y fust Platon, le riant Democrite,
Y fust aussi le plorant Heraclite,
Voire tous ceux qui par l'antiquité
Ont jusqu'icy los et auctorité.

Outre verrez morale Comedie,
Qu'à voz vertus et graces je dedie,
Ou vous verrez mon introduction
D'un fort grand Roy, plein d'imperfection
Premierement, puis de grand excellence
Pour avoir crainct de Mort la violence,
Bien esperant qu'en tirerez plaisir
En le lisant quelque fois à loisir,
Combien qu'avec vostre honeur magnifique
Vous abondiez de scavoir poetique,
Et de scavoir encores plus exquis.
Que vous avez divinement acquis.
Sur ce je pry l'eternelle puissance
De voz desirs vous donner jouissance,
Puis qu'advenant vostre ordonné trespas
Preniez au Ciel cest immortel repas,
Qui est promis par l'Eternel à ceux
Qui aux vertus n'ont esté paresseux,
Ainsi que vous, plein de graces infuses
Le Mecenas des lettres et des Muses.