Notes
[1]: Le 27 avril 1850, à la suite d'une discussion très-curieuse, que le Moniteur a reproduite, le Conseil général de l'agriculture, des manufactures et du commerce émit le vœu suivant:
«Que l'économie politique soit enseignée, par les professeurs rétribués par le gouvernement, non plus seulement au point de vue théorique du libre-échange, mais aussi et surtout au point de vue des faits et de la législation qui régit l'industrie française.»
C'est à ce vœu que répondit Bastiat par le pamphlet Spoliation et Loi, publié d'abord dans le Journal des Économistes, le 15 mai 1850.
(Note de l'éditeur.)
[2]: Voir la théorie de la valeur, au chap. V du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[3]: L'auteur avait exprimé cette opinion, trois ans auparavant, dans le numéro du 28 novembre 1847 du journal le Libre-Échange. Répondant au Moniteur industriel, il avait dit:
«Que le lecteur nous pardonne si nous nous faisons casuiste pour un instant. Notre adversaire nous force à mettre le bonnet de docteur. Aussi bien c'est sous le nom de docteur qu'il lui plaît souvent de nous désigner.
«Un acte illégal est toujours immoral par cela seul qu'il est une désobéissance à la loi; mais il ne s'ensuit pas qu'il soit immoral en lui-même. Quand un maçon (nous demandons pardon à notre confrère d'appeler son attention sur si peu de chose), après une rude journée de labeur, échange son salaire contre un coupon de drap belge, il ne fait pas une action intrinsèquement immorale. Ce n'est pas l'action en elle-même qui est immorale, c'est la violation de la loi. Et la preuve, c'est que si la loi vient à changer, nul ne trouvera à reprendre à cet échange. Il n'a rien d'immoral en Suisse. Or ce qui est immoral de soi l'est partout et toujours. Le Moniteur industriel soutiendra-t-il que la moralité des actes dépend des temps et des lieux?
«S'il y a des actes illégaux sans être immoraux, il y en a qui sont immoraux sans être illégaux. Quand notre confrère altère nos paroles en s'efforçant d'y trouver un sens qui n'y est pas; quand certains personnages, après avoir déclaré dans l'intimité qu'ils sont pour la liberté, écrivent et votent contre; quand un maître fait travailler son esclave à coups de bâton, le Code peut ne pas être violé, mais la conscience de tous les honnêtes gens est révoltée. C'est dans la catégorie de ces actes et au premier rang que nous plaçons les restrictions. Qu'un Français dise à un autre Français, son égal ou qui devrait l'être:—Je t'interdis d'acheter du drap belge, parce que je veux que tu sois forcé de venir à ma boutique. Si cela te dérange, cela m'arrange; tu perdras quatre, mais je gagnerai deux, et cela suffit.—Nous disons que c'est une action immorale. Que celui qui se la permet l'exécute par ses propres forces ou à l'aide de la loi, cela ne change rien au caractère de l'acte. Il est immoral par nature, par essence; il l'eût été il y a dix mille ans, il le serait aux antipodes, il le serait dans la lune, parce que, quoi qu'en dise le Moniteur industriel, la loi, qui peut beaucoup, ne peut cependant pas faire que ce qui est mal soit bien.
«Nous ne craignons pas même de dire que le concours de la loi aggrave l'immoralité du fait. Si elle ne s'en mêlait pas, si, par exemple, le fabricant faisait exécuter sa volonté restrictive par des gens à ses gages, l'immoralité crèverait les yeux du Moniteur industriel lui-même. Eh quoi! parce que ce fabricant a su s'épargner ce souci, parce qu'il a su faire mettre à son service la force publique et rejeter sur l'opprimé une partie des frais de l'oppression, ce qui était immoral est devenu méritoire!
«Il peut arriver, il est vrai, que les gens ainsi foulés s'imaginent que c'est pour leur plus grand bien, et que l'oppression résulte d'une erreur commune aux oppresseurs et aux opprimés. Cela suffit pour justifier les intentions et ôter à l'acte ce qu'il aurait d'odieux sans cela. En ce cas, la majorité sanctionne la loi. Il faut s'y soumettre; nous ne dirons jamais le contraire. Mais rien ne nous empêchera de dire à la majorité que, selon nous, elle se trompe.»
(Note de l'éditeur.)
[4]: Voy., au tome IV, Protectionisme et Communisme.
(Note de l'éditeur.)
[5]: Organisation du travail, pages 17 et 24 de l'introduction.
[6]: Moniteur du 28 avril 1850.
[7]: Moniteur du 28 avril. Voir l'opinion de M. Devinck.
[8]: Il se trouve implicitement réfuté aux chap. XII de la première série, IV et XIII de la seconde série des Sophismes. Voy., tome IV, pages 74, 160 et 229.
(Note de l'éditeur.)
[9]: Dans cette réponse aux protectionistes, qu'il leur adressait au moment de son départ pour les Landes, l'auteur, obligé d'indiquer rapidement ses vues sur le domaine rationnel de la législation, sentit le besoin de les exposer avec plus d'étendue. C'est ce qu'il fit, peu de jours après, pendant un court séjour à Mugron, en écrivant La Loi, pamphlet compris dans le précédent volume.
(Note de l'éditeur.)
[10]: Trois ans avant la manifestation qui provoqua le pamphlet précédent, la destitution des professeurs, la suppression des chaires d'économie politique avaient été formellement demandées par les membres du comité Mimerel, qui bientôt se radoucirent et se bornèrent à prétendre que la théorie de la Protection devait être enseignée en même temps que celle de la Liberté.
Ce fut avec l'arme de l'ironie que Bastiat, dans le no du 13 juin 1847 du journal le Libre-Échange, combattit cette prétention qui se produisait alors pour la première fois.
(Note de l'éditeur.)
[11]: Ici se montre le germe de Baccalauréat et Socialisme, qu'on verra plus apparent encore dans les pages qui suivent. Voy. ce pamphlet au tome IV.
(Note de l'éditeur.)
[12]: M. Whateley, archevêque de Dublin, qui a fondé dans cette ville une chaire d'économie politique, a exercé le professorat à Oxford.
(Note de l'éditeur.)
[13]: Voy., au tome II, la déclaration de principes de la société du Libre-Échange.
(Note de l'éditeur.)
[14]: Cet opuscule fut publié en février 1849.
(Note de l'éditeur.)
[15]: Le but de l'auteur n'a pas été d'analyser ici l'intérêt et d'en exposer tous les éléments, dont quelques-uns ne soulèvent aucune objection de la part des socialistes eux-mêmes. Telle est, par exemple, la prime d'assurance ou la compensation relative au risque couru par le prêteur de ne pas recouvrer le montant de sa créance.—Il s'est borné à défendre ce qui était attaqué, la productivité du capital, et s'est efforcé de rendre cette vérité accessible à toute les intelligences.
(Note de l'éditeur.)
[16]: Voy., au tome IV, le chap. I de la seconde série des Sophismes et, au tome VI, les chap. XVIII, XIX et XXIII.
(Note de l'éditeur.)
[17]: Voy., pour la théorie de la valeur, le chap. V du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[18]: Cette erreur est combattue dans le pamphlet intitulé: Maudit argent!—Il vient immédiatement après celui-ci.
(Note de l'éditeur.)
[19]: Voy., sur la notion du capital, le chap. VII du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[20]: Voy. la [8e lettre] du pamphlet Gratuité du crédit, au présent volume.
(Note de l'éditeur.)
[21]: Celui qui suit, sous le titre de Maudit argent!
(Note de l'éditeur.)
[22]: Voy. la [10e lettre] du pamphlet Gratuité du crédit.
(Note de l'éditeur.)
[23]: Pour la distinction entre les divers éléments de l'intérêt, voy., au pamphlet Gratuité du crédit, les dernières pages de la [12e lettre].
(Note de l'éditeur.)
[24]: Voy. les pages 30 à 45 du tome IV.—Voy. aussi le chap. VIII du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[25]: Publié dans le numéro d'avril 1849 du Journal des économistes.
(Note de l'éditeur.)
[26]: Voy. le chap. VI du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[27]: Voy., au tome II, l'introduction de Cobden et la Ligue.
(Note de l'éditeur.)
[28]: Voy. le chap. IV du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[29]: Mutualité des services. D'après tout ce qui précède, la société peut être considérée comme un immense bazar où chacun va d'abord déposer ses produits, en faire reconnaître et fixer la valeur. Après cela, il est autorisé à prélever, sur l'ensemble de tous ces dépôts, des produits à son choix pour une valeur égale. Or, comment s'apprécie cette valeur? par le service reçu et rendu. Nous avons donc exactement ce que demandait M. Proudhon. Nous avons ce bazar d'échange, dont on a tant ri; et la société, plus ingénieuse que M. Proudhon, nous le donne en nous épargnant le dérangement matériel d'y transporter nos marchandises. Pour cela, elle a inventé la monnaie, moyennant quoi elle réalise l'entrepôt à domicile.
(Ébauche inédite de l'auteur.)
[30]: Voy. la [12e lettre] du pamphlet Gratuité du crédit.
(Note de l'éditeur.)
[31]: Voy. l'introduction de Capital et Rente, page [25].
(Note de l'éditeur.)
[32]: Voy., au tome IV, Baccalauréat et Socialisme.
(Note de l'éditeur.)
[33]: La brochure Capital et Rente avait fait une certaine impression sur les classes ouvrières, à qui l'auteur s'adressait, et produit une scission dans certaine portion du socialisme. La Voix du Peuple jugea donc nécessaire de combattre cet écrit.—Au premier article de M. Chevé, Bastiat fit demander à la rédaction la permission de répondre et l'obtint. Mais il fut prévenu que, pour la continuation de la discussion, M. Proudhon se substituait à M. Chevé. Les répliques se succédèrent à peu près de semaine en semaine jusqu'à la treizième lettre, dans laquelle M. Proudhon déclara le débat clos. Il fit de la collection des treize lettres un volume sous ce titre: Intérêt et Principal. Bastiat, usant de son droit, publia de son côté la même collection, augmentée d'une quatorzième lettre, et lui donna pour titre: Gratuité du crédit.
(Note de l'éditeur.)
[34]: Voy., sur la Théorie du capital, le chap. VII du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[35]: Bastiat n'était pas précisément membre de l'Institut, mais seulement membre correspondant.
(Note de l'éditeur.)
[36]: L'argument tiré de ce que le capitaliste ne se prive pas, n'est pas exclusivement à l'usage des socialistes: Considérer comme un élément important de la légitimité de l'intérêt la privation éprouvée par le prêteur, est une opinion qui fut soutenue, le 15 juin 1849, dans le Journal des Économistes, à l'occasion du pamphlet Capital et Rente, récemment publié.
(Note de l'éditeur.)
[37]: Voy., au tome VI, la fin du chap. VI.
(Note de l'éditeur.)
[38]: Cette loi, d'une décroissance qui, quoique indéfinie, n'arrive jamais à zéro, loi bien connue des mathématiciens, gouverne une foule de phénomènes économiques et n'a pas été assez observée.
Citons-en un exemple familier.
Tout le monde sait que dans une grande ville, dans un quartier riche et populeux, on peut gagner davantage tout en réduisant les prix de vente. C'est ce qu'on exprime familièrement par cette locution: Se retrouver sur la quantité:
Supposons quatre marchands de couteaux, l'un au village, l'autre à Bayonne, le troisième à Bordeaux, le quatrième à Paris.
Nous pourrons avoir le tableau suivant:
| Nombre des couteaux vendus. | Bénéfice par couteau. | Bénéfice total. | |||||
| Village | 100 | 1 | fr. | » | 100 | fr. | |
| Bayonne | 200 | » | 75 | 150 | |||
| Bordeaux | 400 | » | 50 | 200 | |||
| Paris | 1,000 | » | 25 | 250 | |||
On voit ici un multiplicateur (deuxième colonne) décroître sans cesse, parce que le multiplicande (première colonne) s'accroît toujours; la progression constante du produit total (troisième colonne) exclut l'idée que le multiplicateur arrive jamais à zéro, alors même qu'on passerait de Paris à Londres, et à des villes de plus en plus grandes et riches.
Ce qu'il faut bien observer ici, c'est que l'acheteur n'a pas à se plaindre de l'accroissement progressif du bénéfice total réalisé par le marchand, car ce qui l'intéresse, lui acheteur, c'est le profit proportionnel prélevé sur lui comme rémunérateur du service rendu, et ce profit diminue sans cesse. Ainsi, à des points de vue divers, le vendeur et l'acheteur progressent en même temps.
C'est la loi des capitaux. Bien connue, elle révèle aussi l'harmonie des intérêts entre le capitaliste et le prolétaire, et leur progrès simultané.
[39]: Que M. Proudhon se soit fait illusion sur la valeur très-douteuse des chiffres et des arguments employés dans cette lettre, cela se conçoit à la rigueur. Mais il est bien difficile de regarder comme une erreur involontaire l'incroyable confusion qu'il fait ici entre le numéraire et le capital de la nation.
(Note de l'éditeur.)
[40]: L'auteur avait déjà présenté, sous une autre forme, la réfutation de ce sophisme. Voy. page [57].
(Note de l'éditeur.)
[41]: Cette retenue de 10 fr., n'ayant pour objet que les frais de bureau, est improprement nommée escompte. Elle pourrait être réduite à quelques centimes. Peut-être même eût-il mieux valu, dans la théorie et la comptabilité, ne point s'en préoccuper.
[42]: Proposals for an economical and secure currency.
[43]: Quant à la rémunération du capital indépendante de la circonstance du prêt, voyez, à la quatrième lettre, les pages [140] et suiv.
(Note de l'éditeur.)
[44]: Quelques mois après la clôture de cette discussion, M. Proudhon, au nom d'une compagnie industrielle, demandait au gouvernement une garantie de 5 pour % d'intérêt, pour certaine entreprise de transports, entre Châlons et Avignon. Choqué d'une telle demande de la part de l'apôtre du crédit gratuit et de l'anarchie, Bastiat manifesta son impression par une lettre restée inédite, dont nous reproduisons les dernières lignes.
«M. Proudhon, déplorant la faiblesse de mes facultés intellectuelles, disait:—Pour ma part, je préférerais mille fois être suspecté dans ma franchise que de me voir dépouillé du plus bel apanage de l'homme, de ce qui fait sa force et son essence.—Que M. Proudhon le sache bien: j'accepte le partage. À moi l'humble intelligence qu'il a plu à Dieu de me départir; à lui, puisqu'il le préfère, d'être suspecté dans sa franchise.»
(Note de l'éditeur.)
[45]: M. Proudhon s'est trompé dans sa conjecture. Bastiat n'a pas écrit les Harmonies par opposition aux Contradictions économiques, car, le 5 juin 1845, c'est-à-dire antérieurement à l'apparition des Contradictions, il communiquait par lettre à un ami le projet d'écrire les Harmonies sociales. Rappelons aussi que Bastiat était seulement membre correspondant de l'Institut.
(Note de l'éditeur.)
[46]: Quelques personnes ont trouvé excessive la patience de Bastiat pendant le cours de cette discussion. Ce paragraphe et le précédent motivent parfaitement son attitude. Il attachait un grand prix à faire pénétrer, parmi les ouvriers, quelques vérités salutaires, à l'aide même de la Voix du Peuple. Ce résultat, il fut encouragé bientôt à s'applaudir de l'avoir poursuivi. Un matin, peu de jours avant la clôture du débat, il reçut la visite de trois ouvriers, délégués d'un certain nombre de leurs camarades qui s'étaient rangés sous la bannière du Crédit gratuit. Ces ouvriers venaient le remercier de ses bonnes intentions, de ses efforts pour les éclairer sur une question importante. Ils n'étaient point convertis à la légitimité et à l'utilité de l'intérêt; mais leur foi dans le principe contraire était fort ébranlée et ne tenait plus qu'à leurs vives sympathies pour M. Proudhon. «Il nous veut beaucoup de bien, M. Proudhon, disaient-ils, et nous lui devons une grande reconnaissance. C'est dommage qu'il aille souvent chercher des mots et des phrases si difficiles à comprendre.» Finalement, ils émirent le vœu que MM Bastiat et Proudhon pussent se mettre d'accord, et se déclarèrent prêts à accepter les yeux fermés une solution quelconque, si elle était proposée de concert par l'un et l'autre.
(Note de l'éditeur.)
[47]: Enfant, in fans, non parlant.
[48]: CXLIIe lettre persane.
[49]: Voir le chap. Salaires.—Harmonies écon., tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[50]: Ce pamphlet, publié en juillet 1850, est le dernier que Bastiat ait écrit. Depuis plus d'un an, il était promis au public. Voici comment son apparition fut retardée. L'auteur en perdit le manuscrit lorsqu'il transporta son domicile de la rue de Choiseul à la rue d'Alger. Après de longues et inutiles recherches, il se décida à recommencer entièrement son œuvre, et choisit pour base principale de ses démonstrations des discours récemment prononcés à l'Assemblée nationale. Cette tâche finie, il se reprocha d'avoir été trop sérieux, jeta au feu le second manuscrit et écrivit celui que nous réimprimons.
(Note de l'éditeur.)
[51]: V. le chap. XX du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[52]: V., au tome IV, le chap. XX de la 1re série des Sophismes, p. 100 et suiv.
(Note de l'éditeur.)
[53]: V. le chap. III du tome VI.
(Note de l'éditeur.)
[54]: L'auteur a souvent invoqué la présomption de vérité qui s'attache au consentement universel manifesté par la pratique de tous les hommes. V. notamment au tome IV, page 79, le chap. XIII des Sophismes, puis la page 441; et, au tome VI, l'appendice au chap. VI, intitulé, Moralité de la richesse.
(Note de l'éditeur.)
[55]: V. au tome IV, pages 86 et 91, les chap. XIV et XVIII de la 1re série des Sophismes, et, page 538, les réflexions adressées à M. Thiers sur le même sujet; puis, au présent volume, le chap. XI ci-après.
(Note de l'éditeur.)
[56]: V. au tome VI, les chap. III et VIII.
(Note de l'éditeur.)
[57]: V. la fin de la 12e lettre de Gratuité du crédit, page [282] et suiv. du présent volume.
(Note de l'éditeur.)
[58]: M. le ministre de la guerre a affirmé dernièrement que chaque individu transporté en Algérie a coûté à l'État 8,000 fr. Or, il est positif que les malheureux dont il s'agit auraient très-bien vécu en France sur un capital de 4,000 fr. Je demande en quoi l'on soulage la population française, quand on lui ôte un homme et les moyens d'existence de deux?
[59]: V. la note de la page [369].
(Note de l'éditeur.)
[60]: Si toutes les conséquences d'une action retombaient sur son auteur, notre éducation serait prompte. Mais il n'en est pas ainsi. Quelquefois les bonnes conséquences visibles sont pour nous, et les mauvaises conséquences invisibles sont pour autrui, ce qui nous les rend plus invisibles encore. Il faut alors attendre que la réaction vienne de ceux qui ont à supporter les mauvaises conséquences de l'acte. C'est quelquefois fort long, et voici ce qui prolonge le règne de l'erreur.
Un homme fait un acte qui produit de bonnes conséquences égales à 10, à son profit, et de mauvaises conséquences égales à 15, réparties sur 30 de ses semblables, de manière qu'il n'en retombe sur chacun d'eux que 1/2.—Au total, il y a perte et la réaction doit nécessairement arriver. On conçoit cependant qu'elle se fasse d'autant plus attendre que le mal sera plus disséminé dans la masse et le bien plus concentré sur un point.
(Ébauche inédite de l'auteur.)
[61]: Article destiné au Dictionnaire de l'Économie politique. Il fut écrit peu de jours avant le départ de l'auteur pour l'Italie,—d'où il ne devait pas revenir!...
(Note de l'éditeur.)
[62]: V., tome IV, pages 5 et 163, les chap. Abondance, Disette, Cherté, Bon marché.
(Note de l'éditeur.)
[63]: Lors de la discussion du budget général des dépenses pour l'exercice de 1850, M. Mauguin exposa naïvement à la tribune la vieille et fausse théorie de la balance du commerce. (Moniteur du 27 mars.) Bastiat, qui l'avait déjà réfutée dans ses Sophismes, crut devoir l'attaquer de nouveau; et comme sa santé ne lui permettait plus de monter à la tribune, il adressa, le 29 mars 1850, à une feuille quotidienne, les réflexions que nous reproduisons. Il est à remarquer qu'il simplifie les calculs hypothétiques, au moyen desquels il élucide sa thèse, en excluant quelques-uns des éléments qu'il avait employés en 1845. (V. tome IV, page 52.)
(Note de l'éditeur.)
[64]: Pamphlet publié en février 1849.—L'auteur avait écrit, un mois avant, dans le Journal des Débats, un article qu'à raison de l'identité du sujet nous reproduisons à la fin de Paix et Liberté.
(Note de l'éditeur.)
[65]: Sur les opinions politiques de l'auteur, V. au tome Ier, ses écrits et professions de foi publiés à l'occasion des élections.
(Note de l'éditeur.)
[66]: V. le pamphlet l'État, tome IV, page 327.
[67]: We have got the bounds of profitable taxation. (Peel.)
[68]: Je dis mien pour abréger; mais je ne dois pas me poser en inventeur. Le directeur de la Presse a plusieurs fois émis l'idée fondamentale que je reproduis ici. Qui plus est, il en a fait, avec succès, l'application. Suum cuique.
[69]: V. au tome IV, page 163, le chapitre intitulé Cherté, Bon marché.
(Note de l'éditeur.)
[70]: Dans le pamphlet Spoliation et Loi, qui commence ce volume, on a pu voir que l'auteur n'avait pas tardé à reconnaître combien il s'était trompé, en s'imaginant que les protectionistes étaient devenus raisonnables. Mais il est vrai qu'au commencement de 1849 ils se montraient beaucoup plus traitables qu'ils ne le furent un an plus tard.
(Note de l'éditeur.)
[71]: Le traité passé entre nos pères et le clergé est un obstacle à cette réforme si désirable. Justice avant tout.
[72]: Cet aveuglement de l'opinion publique attristait l'auteur depuis longtemps, et dès qu'une tentative pour consolider le bandeau placé sur les yeux de nos concitoyens lui était connue, il sentait le besoin de la combattre. Mais, dans sa retraite de Mugron, les moyens de publicité lui manquaient. Aussi la lettre suivante, écrite par lui depuis nombre d'années, est-elle jusqu'à présent restée inédite.
À M. SAULNIER
Éditeur de la Revue britannique.
Monsieur,
Vous avez transporté de joie tous ceux qui trouvent le mot économie absurde, ridicule, insupportable, bourgeois, mesquin. Le Journal des Débats vous prône, le président du conseil vous cite et les faveurs du pouvoir vous attendent. Qu'avez-vous fait cependant, Monsieur, pour mériter tant d'applaudissements? Vous avez établi par des chiffres (et l'on sait que les chiffres ne trompent jamais), qu'il en coûte plus aux citoyens des États-Unis qu'aux sujets français pour être gouvernés. D'où la conséquence rigoureuse (rigoureuse pour le peuple en effet), qu'il est absurde de vouloir en France mettre des bornes aux profusions du pouvoir.
Mais, Monsieur, j'en demandé pardon à vous, aux centres et à la statistique, vos chiffres, en les supposant exacts, ne me semblent pas défavorables au gouvernement américain:
En premier lieu, établir qu'un gouvernement dépense plus qu'un autre, ce n'est rien apprendre sur leur bonté relative. Si l'un d'eux, par exemple, administre une nation naissante, qui a toutes ses routes à percer, tous ses canaux à creuser, toutes ses villes à paver, tous ses établissements publics à créer, il est naturel qu'il dépense plus que celui qui n'a guère qu'à entretenir des établissements existants. Or, vous le savez comme moi, Monsieur, dépenser ainsi c'est épargner, c'est capitaliser. S'il s'agissait d'un agriculteur, confondriez-vous les mises de fonds qu'exige un premier établissement avec ses dépenses annuelles?
Cependant cette différence de situation très-importante n'entraîne, d'après vos chiffres, qu'un surcroît de dépense de trois francs pour chaque citoyen de l'Union. Cet excédant est-il réel? Non, d'après vos propres données.—Cela vous surprend, car vous avez fixé à 36 fr. la contribution de chaque Américain, et à 33 fr. celle de chaque Français; or 36 = 33 + 3, en bonne arithmétique.—Oui, mais, en économie politique, 33 valent souvent plus que 36. Vous allez en juger. L'argent, relativement à la main-d'œuvre et aux marchandises, n'a pas autant de valeur aux États-Unis qu'en France. Vous fixez vous-même le prix de la journée à 4 fr. 50 c. aux États-Unis et à 1 fr. 50 c. en France. Il en résulte, je crois, qu'un Américain paye 36 fr. avec huit journées, tandis qu'il faut à un Français vingt-deux journées de travail pour payer 33 fr.—Il est vrai que vous dites aussi qu'on se rachète des corvées aux États-Unis avec 3 fr. et que, par conséquent, le prix de la journée y doit être établi à 3 fr.—À cela, deux réponses. On se rachète de la corvée, en France, avec 1 fr. (car nous avons aussi nos corvées dont vous ne parlez pas); et ensuite, si la journée aux États-Unis ne vaut que 3 fr., les Américains ne payent plus 36 fr., puisque, pour arriver à ce chiffre, vous avez porté à 4 fr. 50 c. toutes les journées que ces citoyens emploient à remplir leurs devoirs de miliciens, de corvéables, de jurés, etc.
Ce n'est pas la seule subtilité dont vous avez usé pour élever à 36 fr. la contribution annuelle de chaque Américain.
Vous imputez au gouvernement des États-Unis des dépenses dont il ne se mêle en aucune façon. Pour justifier cette étrange manière de procéder, vous dites que ces dépenses n'en sont pas moins supportées par les citoyens. Mais s'agit-il de rechercher quelles sont les dépenses volontaires des citoyens ou quelles sont les dépenses du gouvernement?
Un gouvernement est institué pour remplir certaines fonctions. Quand il sort de son attribution, il faut qu'il fasse un appel à la bourse des citoyens et qu'il diminue ainsi cette portion de revenus dont ils avaient la libre disposition. Il devient à la fois spoliateur et oppresseur.
Une nation qui est assez sage pour forcer son gouvernement à se borner à garantir à chacun sa sûreté, et qui ne paye que ce qui est rigoureusement indispensable pour cela, consomme le reste de ses revenus selon son génie, ses besoins et ses goûts.
Mais une nation, chez laquelle le gouvernement se mêle de tout, ne dépense rien par elle et pour elle, mais par le pouvoir et pour le pouvoir; et si le public français pense comme vous, Monsieur, qu'il est indifférent que sa richesse passe par les mains des fonctionnaires, je ne désespère pas que nous ne soyons tous un jour logés, nourris et vêtus aux frais de l'État. Ce sont choses qui nous coûtent, et d'après vous, il importe peu que nous nous les procurions par voie de contribution ou par des achats directs. Le cas que nos ministres font de cette opinion me persuade que nous aurons bientôt des habits de leur façon, comme nous avons des prêtres, des avocats, des professeurs, des médecins, des chevaux et du tabac de leur façon.
J'ai l'honneur, etc.
Frédéric Bastiat.
(Note de l'éditeur.)
[73]: V. au tome IV, le pamphlet la Loi, page 342, et notamment le passage compris dans les pages 381 à 386.
(Note de l'éditeur.)
[74]: Nous trouvons dans les manuscrits de l'auteur la pensée suivante, qui se rapporte au sujet spécial dont il s'occupe ici:
«Pourquoi nos finances sont-elles dérangées?»—«Parce que, pour les Représentants, il n'y a rien de plus facile que de voter une Dépense, et rien de plus difficile que de voter une Recette.»
«Si vous l'aimez mieux,
«Parce que les Traitements sont fort doux et les Impôts fort durs.»
«J'en sais encore une raison.»
«Tout le monde veut vivre aux dépens de l'État, et on oublie que l'État vit aux dépens de tout le monde.»
(Note de l'éditeur.)
[75]: Allusion à l'inepte accusation portée contre les libre-échangistes d'être vendus à l'Angleterre.
(Note de l'éditeur.)
[76]: Cette improvisation fut prononcée à l'Assemblée législative le 12 décembre 1849.
(Note de l'éditeur.)
[77]: On peut dire que c'est instinctivement que les contribuables se récrient sur la pesanteur des impôts, car il en est peu qui sachent au juste ce qu'il leur en coûte pour être gouvernés. Nous connaissons bien notre quote-part dans la contribution foncière, mais non ce que nous enlèvent les impôts de consommation.—J'ai toujours pensé que rien ne serait plus favorable à l'avancement de nos connaissances et de nos mœurs constitutionnelles qu'un système de comptabilité individuelle, au moyen duquel chacun serait fixé sur sa cotisation, sous le double rapport du quantum et du quarè.
En attendant que M. le ministre des finances fasse distribuer tous les ans à chacun de nous, avec le bulletin des contributions directes, notre compte courant au Trésor, j'ai essayé d'en dresser la formule, le budget de 1842 à la main.
Voici le compte de M. N..., propriétaire payant 500 fr. de contributions directes, ce qui suppose un revenu de 2,400 à 2,600 fr. au plus.
| Doit. | Le Trésor public, son compte courant avec M. N. | ||||
| Sommes reçues de M. N. en 1843: | |||||
| Par contribution directe | 500 | fr. | » | c. | |
| Enregistrement, timbre, domaine | 504 | 17 | |||
| Douanes et sels | 158 | » | |||
| Forêts et Pêches | 30 | 10 | |||
| Contributions indirectes | 206 | 67 | |||
| Postes | 39 | » | |||
| Produits universitaires | 2 | 50 | |||
| Produits divers | 21 | 87 | |||
| —— | — | —— | — | ||
| 1,162 | fr. | 31 | c. | ||
| Avoir. | Sommes acquittées dans l'intérêt de M. N.: | ||||
| Pour intérêts de la dette publique | 353 | fr. | » | c. | |
| Liste civile | 14 | » | |||
| Distribution de la Justice | 20 | » | |||
| Religion | 36 | » | |||
| Diplomatie | 8 | » | |||
| Instruction publique | 16 | » | |||
| Dépenses secrètes | 1 | » | |||
| Télégraphes | 1 | » | |||
| Encouragements aux musiciens et danseuses | 3 | » | |||
| Indigents, malades, infirmes | 1 | 10 | |||
| Secours aux réfugiés | 2 | 15 | |||
| Encouragements à l'agriculture | » | 80 | |||
| —aux pêches maritimes | 4 | » | |||
| —aux manufactures | » | 23 | |||
| Haras | 2 | » | |||
| Bergeries | » | 63 | |||
| Secours aux colons | » | 87 | |||
| —aux inondés et incendiés | 1 | 90 | |||
| Services départementaux | 72 | » | |||
| Préfets et sous-préfets | 7 | 20 | |||
| Routes, canaux, ponts et ports | 52 | 60 | |||
| Armée | 364 | » | |||
| Marine | 114 | » | |||
| Colonies | 26 | » | |||
| Recouvrement de l'impôt et administration | 150 | » | |||
| —— | — | —— | — | ||
| 1,251 | fr. | 48 | c. | ||
Entre le doit 1,162 fr. 31 c. et l'avoir 1,251 fr. 48 c., la différence est 89, 17.—Ce solde signifie que le Trésor a dépensé pour compte de M. N., 89 fr. 17 c. de plus qu'il n'a reçu de lui. Mais que M. N. se rassure. MM. Rothschild et consorts ont bien voulu faire l'avance de cette somme, et il suffira à M. N. d'en servir l'intérêt à perpétuité; c'est-à-dire de payer dorénavant 4 à 5 fr. de plus par an.
(Ébauche inédite datée de 1843.)
[78]: Les articles 413, 415 et 416 du Code pénal punissent, mais d'une manière bien inégale, les coalitions des patrons et celles des ouvriers. Une proposition d'abroger ces trois articles avait été renvoyée par l'Assemblée législative à l'examen d'une commission, qui ne la jugea pas admissible et pensa qu'il était indispensable de maintenir les dispositions répressives, en les modifiant, toutefois, pour les rendre impartiales.
Ce but, il est permis de le dire, ne fut pas atteint par les modifications formulées. M. Morin, manufacturier et représentant de la Drôme, persuadé que la seule base sur laquelle puisse s'établir le bon accord entre les ouvriers et les patrons, c'est l'égalité devant la loi, voulut amender les conclusions de la commission conformément à ce principe. L'amendement qu'il présenta fut appuyé par Bastiat, dans la séance du 17 novembre 1849.
(Note de l'éditeur.)
[79]: À l'Assemblée législative, dans la séance du 1er avril 1850, pendant la discussion du budget de l'instruction publique, M. Mortimer-Ternaux, représentant du peuple, proposa, par voie d'amendement, une diminution de 300,000 francs sur la dépense des lycées et des colléges, établissements fréquentés par les enfants de la classe moyenne.
Sur cette question, les représentants de l'extrême gauche votèrent avec l'extrême droite. L'amendement mis aux voix fut rejeté par une faible majorité.
Dès le lendemain, Bastiat publia, sur ce vote, dans une feuille quotidienne, l'opinion que nous reproduisons.
(Note de l'éditeur.)
[80]: Cet opuscule, publié en mars 1849, fut réimprimé, en 1850, peu de mois avant la mort de l'auteur. L'opinion qu'il y développe avait dans son esprit des racines profondes, ainsi qu'on peut le voir, au tome Ier, par sa Lettre à M. Larnac, qui date de 1846, et de plus, par l'écrit de 1830, intitulé: Aux Électeurs du département des Landes.
(Note de l'éditeur.)
[81]: V. au tome IV, les pages 10 et 11; au tome VI, le chap. XVII; et, au présent tome, la page 443 et suiv.
(Note de l'éditeur.)