II

Trois semaines étaient déjà finies, et Phyllis n'avait pas fait de confidences à Jacqueline

Tous les deux ou trois jours, Phyllis recevait de Guillaume une carte ou une lettre assez brève à laquelle elle répondait fidèlement.

Quand lettre ou carte manquait à la date prévue, elle avouait: "J'ai toujours peur qu'il ne fasse une imprudence…"

— Qu'en pensez-vous qu'il revienne, Jacqueline? Je m'ennuie de lui…
Et puis, nous reprendrions notre bonne vie d'autrefois!…

Un jour, comme, en toute innocence, Jacqueline lui signalait, dans un journal quotidien, une jolie nouvelle de Fabrice de Mauve, Phyllis s'écria:

— Vous savez, Jacqueline, il y a très longtemps, quand j'étais jeune,
Fabrice de Mauve m'a fait la cour… et je l'ai aimé!

— Non, je ne savais pas…

— J'avais, dans mon deuil cruel, un tel besoin de protection, de tendresse… Il s'est retiré… Ce fut atroce!… Et cependant j'aimerais mieux mourir maintenant que d'être la femme de Fabrice de Mauve.

— Parce que vous l'avez jugé…

— Parce que je l'ai jugé, oui… et parce que je ne l'aime plus…
Comme le coeur change!

— Pas toujours, fit doucement Jacqueline.

— Avant de connaître M. de mauve, j'avais un grand désir d'aimer… Mes yeux et mon coeur cherchaient vaguement leur héros… Et M. de Mauve est venu… Alors, j'ai cru que je l'aimais… J'ai aimé en lui un être que mon imagination avait, de toutes pièces, créé et auquel elle prêtait ces traits séduisants, cette grâce aristocratique, ce talent de poète… Mais ce n'était pas lui que j'aimais… J'étais une petite fille en ce temps-là, Guillaume avait raison. Je ne comprenais pas… Il y a beaucoup de choses que j'ai comprises depuis…

Si mince dans sa robe blanche, les cheveux fins et blonds, le teint transparent, elle avait l'air d'une fillette. Et cependant, peut-être ce coeur si tendre, si doux, et qu'on croyait frivole et puéril, ce gentil coeur d'enfant, de princesse ou de fée… battait comme un coeur de femme.