IV

Avant neuf heures, Kerjean faisait les cent pas dans l'avenue Velasquez. Sans être aperçu lui-même, il la vit descendre de son automobile.

Guillaume suivait étroitement la ligne charmante de son corps, de ses mouvements, l'or ensoleillé des cheveux lourds, la lueur rose du teint fragile, le rouge vivant et charnu des lèvres…

Il se demanda si Phyllis avait embelli? Il lui semblait ne se l'être jamais rappelée aussi fine, aussi jolie qu'elle lui apparaissait à cette minute, dans la lumière de ce matin de mai.

Phyllis eut un petit cri de surprise. Une rougeur violente, profonde, avait envahi la délicate suavité de son teint.

Il prit son bras et l'entraîna sous les platanes.

Phyllis voyait, barrant le front volontaire, coupant le sourcil, effleurant la paupière, la petite blessure à peine cicatrisée… Elle l'avait vue tout de suite, du premier regard… Elle eût aimé y poser ses lèvres… Mais elle pensait à dissimuler cette émotion.

Elle attendit de pouvoir affermir sa voix:

— C'est fini, cette petite blessure? Jacqueline m'a dit que vous aviez eu un accident…

— Oui, c'est fini, acquiesça Guillaume, c'était d'ailleurs peu de chose.

Mais il s'étonnait un peu douloureusement que Phyllis prît avec philosophie une aventure qui, somme toute, eût pu lui coûter la vie. Et quand, de la même manière flegmatique, elle s'informa des circonstances de l'accident, il répondit d'assez mauvais grâce. Alors elle se tut.

Ce n'était pas ainsi qu'il avait imaginé leur rencontre. Il prit sa main:

— Qu'y a-t-il, Phyllis, qu'avez-vous?

Il la regardait, sans quitter sa main.

— Je ne sais pas, Guillaume… je ne puis vous l'expliquer… Nous sommes restés trop longtemps séparés… Cela m'intimide… Il me semble que je ne vous retrouve plus tout à fait le même, vous non plus…

Guillaume se sentit affreusement triste de se séparer de Phyllis ainsi.
Il eut envie de l'embrasser pour lui dire adieu…

Ils n'étaient plus qu'à quinze mètres de la maison de Jacqueline.
Phyllis tendit une main que Guillaume serra sans la garder.

Ils ne convinrent d'aucun revoir. Ils étaient tristes et mécontents l'un de l'autre.