D. BONNAUD

«Parisien, journaliste, boulevardier, spirite et officier de réserve. Collabore à presque tous les grands journaux de la Capitale. Devenu chansonnier, par la grâce de N.-S. Rodolphe Salis, gonfalonier de la Butte. Ce fut au cours d'une chasse à l'éléphant, aux environs d'Amsterdam que, sur le point d'être écrasé par un de ces redoutables pachydermes, il fit vœu, s'il en échappait, d'obéir à toutes les injonctions de son sauveur. Là-dessus, Rodolphe Salis ayant foudroyé l'éléphant furieux en lui récitant à bout portant seize vers coniques et explosifs de François Coppée, le seigneur de Chatnoirville intima à «son» sauvé l'ordre de faire des chansons, ordre qui fut exécuté.

Adoré du public parisien, Bonnaud a les fréquentations les plus éclectiques: déjeune chez le Père Didon, chez le duc de Luynes ou chez l'anarchiste Zo d'Axa, indifféremment, et dîne au hasard chez M. Méline, chez Yvette Guilbert ou chez le prince Roland Bonaparte, qu'il accompagna dans un voyage économique. Converti au bouddhisme par M. Guimet, s'est fait l'interprète des malheurs de l'Arménie, dans la pièce de vers célèbre: On vient d'empaler ma Sœur.—A publié un Traité des couleurs complémentaires, aujourd'hui en usage à l'Institution des jeunes aveugles, et ses considérations sur l'État d'âme des culs-de-jatte décorés du mérite agricole, qui resteront; a fondé la Banque des Prêts hypothécaires sur parole d'honneur, qui prospère de jour en jour.—Epoux morganatique d'une des filles du roi de Siam, lequel n'a d'ailleurs, en fait de progéniture, que des garçons.»

Jules MOY
Membre de plusieurs sociétés savantes et secrètes.

«A remué ciel et terre pour obtenir la croix de la Légion d'honneur, sous le prétexte fallacieux qu'un de ses oncles incarnés d'Amérique, avait donné des leçons de solfège dans un établissement de bains sulfureux. Mais il échoua piteusement, malgré son accent anglais, grâce aux intrigues du sire de Montjarret, le célèbre inventeur du vaccin électoral.

Jules Moy, résigné, demanda alors les palmes académiques, mais il ne réussit qu'à obtenir une médaille de sauvetage, en acceptant une place de nègre sous le tunnel de Batignolles-Clichy-Odéon. Après avoir fabriqué des eaux minérales naturelles, il épousa morganatiquement la concierge de la maréchale Booth, qui, de retour des Indes portugaises, avait prêché la religion salutiste dans le désert du Sahara, sur un automobile alimenté par trois veilleuses baignant dans l'huile de ricin rectifiée. Jules Moy divorça pour aller dans l'archipel des Poulocondores diriger un orphéon de poules mélomanes. Il fut ensuite successivement chef des chœurs dans une institution de sourds-muets, professeur de monocycle au lycée des culs-de-jatte de l'île de la Grande-Jatte, et répétiteur d'anglais dans le club espagnol des jeunes japonaises séduites pour l'amélioration des laitages internationaux.»