LETTRE PREMIÈRE.
La Cesse de Loewenstein
a
Melle Emilie de Wergentheim.
Le .... Juillet 1793.
Enfin vous voilà, ma chère Emilie, débarrassée des Français. Que je vous ai plaint pendant que vous étiez sous leur domination, et combien j'ai craint pendant le siège pour ma tendre amie, pour tout ce qui l'intéresse. Que de fois je me suis réveillée la nuit en sursaut, les yeux remplis de larmes! Enfin je respire, Emilie est hors de tout danger, et se porte bien; elle est à présent au milieu des fêtes, et le bruit du canon est remplacé par le son des instrumens. On dit que le roi de Prusse a été reçu comme un dieu descendu du ciel pour le bonheur des humains. C'est votre libérateur, et je défie aucun de ses sujets d'avoir autant que moi d'attachement pour sa personne. J'ai pensé dire d'amour, car on emploie ce terme pour les rois comme pour Dieu; mais le roi de Prusse, d'après ce qu'on en dit, serait homme à prendre une femme au mot. Je ne pourrai pas d'ici à quelques jours aller embrasser mon Emilie, mon oncle doit revenir ce soir, et son retour est déterminé par une circonstance singulière, dont je vous ferai part demain. Adieu mon aimable Emilie. Le frère de Jenny, qui part pour Mayence, ne me donne pas un quart d'heure de plus, pour vous faire un récit intéressant, et me livrer à tous les transports de ma joie. Je vous embrasse mille fois du plus profond de mon cœur que vous remplissez entièrement.