POLLUX LE CHEVALIER DU CINÉMA
En temps de paix, Pollux inquiétait ses voisins par ses allures excentriques; son accoutrement lui valait l'estime des gamins. Une tête de clown sous un sombrero, des épaules roulantes de lutteur, un pantalon à larges carreaux blancs et noirs, tel il se présentait à la foule. Celle-ci le redoutait parce qu'il était fort et l'admirait pour son rôle social; n'était-il pas un roi de la cinématographie, un de ces hommes dont les pitreries s'inscrivent en lignes de lumière sur tous les écrans du monde et qui font rêver au delà des mers, de belles inconnues?
Certes, il n'avait pas le geste tendre et svelte d'un jeune premier, la beauté sombre de l'amant éconduit; ce joyeux camarade était grotesque et disloqué. En société, sa turbulence était recherchée. Nul comme lui ne rotait en cadence, rythmant de ses hoquets la plus sensible des romances, et c'est quand il lançait en l'air les bouteilles débouchées qu'il le fallait admirer; parfois, un consommateur se voyait éclaboussé de bière ou de champagne; ce sont là de petits incidents qui n'enlèvent rien au talent du jongleur.
Pollux était le prince de la cascade. Tomber d'un échafaudage et passer de la rude main d'un policier sous le jet d'eau de l'arroseur municipal forment les premiers éléments de la cascade. Nageur intrépide, l'habile cascadeur se jetait dans la Seine, remontait hâtivement sur le quai, roulait sous les roues d'un fiacre, se heurtait à la vitrine d'un antiquaire, entrait la tête la première dans un service en porcelaine, recevait quarante in-folio sur la nuque, le sourire et le cigare aux lèvres. Il animait de son jeu rapide et joyeux les plus invraisemblables des scénarios. Couvert de suie et de cirage, il devenait le roi vorace et redouté de quelque tribu nègre inconnue; roulé dans la farine, il se transformait en mitron qu'une femme déshonore; cinglant un cheval rapide, les bras liés à l'encolure, on eût dit un aventurier du Far West. Il incarna mille rôles et ce fut, au dire de ses pairs, dans celui d'un singe qu'il triompha.
Certains de ceux dont la mission est d'amuser la foule et de lui donner les plus imprévues, les plus troublantes des sensations, sont, au demeurant, de très paisibles bourgeois, menant une vie normale, exempte de perturbations et parfaitement équilibrée. Ils se dépouillent, au sortir de la scène, de leurs tourments et de leurs passions; ils quittent le pourpoint du guerrier, la robe du monsignor ou la sombre cape du traître pour n'être plus, loin de l'opérateur de prise de vues, que des pères de famille, de bons époux, fidèles à leur foyer, amis de la quiétude et du bien-être.
Pollux aimait le cinéma de toute son âme. En toute circonstance, il se croyait en scène, paradait, jouant un rôle éternel, avec des grimaces et des contorsions inouïes. Soulevant les chaises, les tables, les pianos, équilibriste paradoxal, il jouait avec les phrases et les meubles, ajoutant des gauloiseries brutales à ses exercices, hurlant des refrains idiots. Sa vie était une intéressante et pittoresque création; elle avait la fantaisie d'un film comique et donnait cette impression brillante et saccadée d'une projection lumineuse au cours de la nuit. Pollux était le chef de la bande des Pi-Ouit.
Ceux-ci, clowns intrépides, comiques anglais, gardant sous une morgue extérieure la plus fébrile des fantaisies, formaient une phalange de travailleurs acharnés de l'art cinématographique. Il y a une manière élégante de prendre, entre le pouce et l'index, une boule de billard; il y a une façon risible de tomber à terre en faisant un grand écart; on peut, avec esprit, fumer un cigare des deux bouts, telles étaient les savantes occupations de la bande des Pi-Ouit. Ces artistes, du plus moderne des arts, étaient des êtres particulièrement tourmentés; ils recherchaient, par des procédés nouveaux, à donner l'illusion du vrai dans le miraculeux, à dessiner les formes excessives de la joie et de la douleur, et leur jeu était une caricature. Au reste, leur physique se prêtait à la réalisation du comique; ils étaient d'une maigreur extrême. On eût dit, à les voir défiler, la pipe au bec et le canotier sur l'oreille, une combinaison d'angles.
Un petit monde de bonisseurs, de photographes, de coloristes, de danseurs et d'artistes gardaient à Pollux une affection vraie. En son art, n'est-il pas un maître incontesté? Le premier des Pi-Ouit était audacieux, il avait l'orgueil de ne point truquer ses acrobaties; il sautait, nageait et se faisait écraser en conscience, ce qui ne laissait pas que de le parer d'un juste laurier. Brutal, grossier, excentrique, Pollux n'en était pas moins, en un siècle vulgaire, un être chevaleresque. Quand il pliait ses jambes élastiques, afin de mieux bondir, ainsi que le scénario le lui imposait, loin d'un mari jaloux, par une fenêtre ouverte sur le vide, on eût dit qu'il allait, pareil au clown de Banville, «crever le plafond de toile» et rouler dans les lampes à arc qui sont, elles aussi, «des étoiles».
Equilibriste et poète, ce sont des vocations qui sympathisent, et rien ne s'oppose à ce qu'un clown ait une âme et des mœurs de rimeur. François Villon fut paillard et grand dépendeur d'andouilles; Pollux n'ignorait rien du vol à la tire et des plus viles luxures!
Le Chevalier du Cinéma eut une belle qui lui permit de devenir un grand premier en amour. La muse de la bande des Pi-Ouit, artiste habile et fêtée en sa jeunesse, prit avec la maturité une ampleur excessive. Elle avait une perruque oxygénée, des yeux rieurs et lumineux; elle savait tirer la langue à ravir, elle était espiègle et bedonnante, ce qui la faisait ressembler à quelque marmot grotesque et bariolé, fabriqué à Nuremberg par un artisan en délire.
La môme Citrouille triomphait à l'écran en femme-cocher, en concierge; elle était, quand elle interprétait les jeunes filles, joignant ses courtes mains sur son triple ventre, une caricature atroce de Claudine. Son apparition faisait naître un rire formidable. Pollux la soulevait avec aisance, la portait à bras tendus, la laissant retomber sur le sol, où elle rebondissait comme un ballon. Un jour, sous cette charpente burlesque, il sentit que battait une pulsation frêle et régulière; découverte inouïe: la môme Citrouille avait un cœur!
Pollux aima sa compagne sincèrement, mais il lui préférait encore son art; aussi s'amusait-il à exagérer les manifestations de sa tendresse; dans son inconscience, il ridiculisait la plus douce des traditions païennes, le geste universel et gracieux par excellence: le baiser sur les lèvres. C'était un couple dont l'extravagance suscitait, quotidiennement, des stupéfactions, des rires et des batailles; la foule les poursuivait de quolibets, les acclamait; parfois, le peuple est inconstant: des gouapes les injuriaient sans mesure, ce qui permettait à Pollux de faire une prompte et parfaite démonstration de boxe française accompagnée de sauts périlleux.
La guerre surprit le Chevalier du Cinéma en plein triomphe; certaines de ses créations avaient remporté un succès mondial. Les marchands de bœufs de l'Amérique du Sud, les nervis marseillais aux foulards coloriés, les petits nains ivoirés du Japon, les enfants rieurs de la Martinique, les obscurs paysans des campagnes mystiques où l'icône est vénérée, toutes les foules désireuses de voir un peu d'irréel et de mensonge parer leurs existences avaient suivi, avec une passion commune, les invraisemblables aventures, en douze parties, de «Pollux, roi des mines d'or», à qui de sinistres bandes veulent arracher la fortune et l'honneur. Le héros, ayant juré de garder le secret du filon d'or jadis découvert par des chercheurs obstinés et de le remettre à la reine des mines quand elle aurait vingt ans, gardait le plan sur son cœur; des traîtres, vainement, tentaient de le lui ravir; ne pouvant s'emparer du précieux talisman qui leur eût assuré la richesse, ils emprisonnaient la petite orpheline. Pollux, échappé miraculeusement à une dizaine d'explosions et de chutes vertigineuses, délivrait la douce jeune fille. Soudoyé par les bandits, le peuple des mineurs se révoltait; Pollux le réduisait au silence, après un combat magnifique où cinq cents cavaliers, qu'on eût dit descendus des fresques de Michel-Ange, traversaient au galop l'écran vingt fois de suite.
Un matin doux et frais, où le vent animait de sa caresse légère les roses des jardins, Pollux et sa gentille protégée s'épousaient; les mineurs jetaient des fleurs sous leurs pas heureux, tandis que le traître s'étranglait dans une maisonnette où, poursuivi par le remords et des cavaliers mystérieux, il croyait voir apparaître, invincibles et menaçantes, les ombres de ses victimes.
Il avait conquis la célébrité et le cœur des petites ouvrières de toutes les vastes cités du monde. Il délaissait la môme Citrouille, s'étant épris de la jeune Américaine aux yeux limpides qui interprétait, à ses côtés, avec une ingénuité délicieuse, l'héritière aux 500 millions.
Il n'était pas un faubourg usinier où l'image du chevalier Pollux, aux traits fortement accusés, ne se dessinât ostensiblement; elle fut recouverte par les affiches de la mobilisation; cette ombre s'évanouit dans la tragédie naissante; seuls, quelques portraits demeurèrent, sales et décolorés, sur des murailles de banlieue, attestant la valeur de toute gloire humaine.
La guerre fit de Pollux un soldat imprévu, peu discipliné, mais d'une élasticité surprenante, apte à toutes les besognes, prêt à tous les coups de main, Fregoli de la bataille, à la fois éclaireur, grenadier, homme de liaison, souvent heureux et toujours assoiffé.
Pollux se devait de se joindre à la bande vigoureuse des défenseurs de Calonne et des conquérants de 304; il suivit Un Tel dans toutes ses aventures; chose étrange, il ne se signala pas en des combats singuliers; il n'eut pas à son actif un fait d'armes exemplaire. Ce familier de la gloire semblait la délaisser; il se battait dans l'ombre, avec obstination, simplement, durement, comme les camarades, souffrant de l'hiver et des bourrasques, couvert de vermine et de terre.
Néanmoins, il eut son rôle dans le formidable mécanisme de la guerre; il soutint, à sa manière, le moral de ses camarades; il contribua à leur donner une âme égale et forte par sa verve endiablée. Les pirouettes dont il ornait ses discours valaient certes, aux yeux des soldats, en des saisons de particulière amertume, les plus fiévreux des encouragements.
Alors que les obus creusaient dans la tranchée de vastes entonnoirs, tandis que les escouades effrayées se terraient, Pollux, une cigarette aux lèvres, demeurait à son poste, avec forfanterie. N'avait-il pas encouru de plus redoutables périls au cours de sa vie cinématographique, quand il combattait dans un imaginaire Alaska contre de modestes figurants transformés en de féeriques chercheurs d'or?
Ainsi, cette transposition de l'irréel en son existence courante lui était une magnifique occasion de bonheur; il se croyait toujours devant l'objectif, prêt à inscrire sur la pellicule immortelle un geste héroïque.
Pollux avait le cœur et l'esprit d'un gavroche:
—Où tombent actuellement les obus? faisait demander le capitaine que le bombardement inquiétait.
Et l'infatigable farceur de répondre:
—Dis-lui qu'ils tombent par terre.
Pauvre clown! Il cachait une tristesse vraie et délicate sous les scintillements de sa joie. Las des amours faciles et grotesques qu'il avait connues, délaissant la «môme Citrouille» et ses tendresses de cirque, il rêvait de vivre un jour, dans le luxe et la fantaisie, auprès de l'Américaine ingénue qu'une jolie fiction lui avait fait épouser à l'écran. Elle s'appelait Mary; elle avait des poignets d'enfant, des mains fines et transparentes, un rire frais et chanteur comme de l'eau. Quand Pollux, l'arrachant à ses ravisseurs, la portait en ses bras, il la sentait trembler sur sa poitrine, comme une colombe.
Une nuit silencieuse, Un Tel et sa bande partirent en reconnaissance. Les hommes traversaient, en rampant, la forêt; Pollux les précédait, leur cherchant un chemin parmi la broussaille.
Il marchait fièrement, au clair de lune, inconscient du danger. N'était-il pas l'invincible roi des mines d'or, le Chevalier sans peur et sans reproche du Cinéma? Il ne songeait pas à l'adversaire qu'il pourrait rencontrer et qui l'abattrait; il ne voyait pas l'œil de feu des mitrailleuses qui le guettait dans l'ombre bleue; il ajoutait une nouvelle aventure à la série des films qui lui valurent sa renommée. Celle-ci, comme les autres, se terminerait par une pirouette, un sourire et des bravos. Ce fut, hélas! une pirouette sanglante!
De la gauche à la droite, subitement, une fusillade éclata. Les balles brisaient les branches, s'aplatissaient sur les cailloux et trouaient les arbres; les grenades s'ouvraient en gerbes sonores et flamboyantes; la reconnaissance se dispersa comme un vol de moineaux.
Un Tel, en s'enfuyant, entendit Pollux, blessé, qui criait en son délire:
—A moi, mes fidèles mineurs!
Le silence se fit entre les lignes. La nuit suivante, les camarades de Pollux sortirent, afin de retrouver son corps. Auprès d'une source, ils découvrirent une croix. Une main ennemie, un instant fraternelle, y avait écrit ces simples mots où ne se devinait pas le mystère de toute une vie:
«Ici repose un brave mort pour la France.»
LAZARE CARNOT
OU LES MOUSQUETAIRES DU F. M.
«Les tireurs du fusil-mitrailleur prendront
le nom de mousquetaires.»
(Instructions sur l'Infanterie.)
Par un jeu du hasard, Un Tel, ami du pittoresque, avait la propriété de grouper des êtres d'exception, venus de tous les points du monde, attirés à lui par une force inconnue. Il sut se créer de ferventes affections. Certains l'aimèrent d'une passion irraisonnée pour sa nature indépendante, ils lui vouèrent leur existence; d'autres, afin de le suivre, abandonnant leurs craintes instinctives, devinrent téméraires; d'autres le haïrent violemment, ainsi que l'exécraient jadis les trublions des chapelles littéraires. Lulusse, revenu à la vie civile, écrivait à Un Tel. Tous ceux qui avaient eu l'honneur d'appartenir à sa bande en gardaient un souvenir ému.
Il y a des êtres d'attraction, sorte de pôles magnétiques vers qui les hommes se dirigent. Un Tel avait toujours guidé la destinée de ses camarades, et nombre de mères inquiètes ou de femmes jalouses lui reprochaient son emprise sur la volonté des leurs.
Le soldat qui aimait le plus Un Tel fut un simple: Lazare Carnot, nègre athlétique, né aux îles, parmi des végétations magnifiques. Il ne se parait pas, aux jours de fête, de hochets d'ivoire, et c'eût été l'injurier que de croire que ses ancêtres avaient dansé, le scalp en main, autour du poteau coloré où rôtissait, à petit feu, un Européen infortuné.
—Je suis, disait-il, un homme libe, un citoïen de la épublique de Jean-Jacques Ousseau et de Icto Hugo.
Cet homme libre était l'esclave de son affection. Susceptible à l'excès, il eût toléré d'Un Tel les plus cruelles plaisanteries, tant il était asservi.
Dans la bande des patrouilleurs, Lazare était fusilier-mitrailleur; il était appelé à défendre, par un feu juste et rapide, ses camarades, en cas de combat imprévu ou d'embuscade. A l'exercice, il était souple; il suivait strictement les instructions reçues. Il y avait quelque chose de puéril dans cette discipline de nègre qui ne cherchait pas à comprendre les raisons du combat, s'abstenait de discuter la valeur de son arme, tirant parce qu'il fallait tirer.
A de certaines heures, Lazare Carnot était mélancolique; Un Tel sollicitait alors ses confidences. Le nègre évoquait la splendeur de son île: il y avait un port aux eaux lumineuses; le chef du port était coiffé d'une casquette à huit galons, c'était un amiral appelé à recevoir les navires étrangers, à leur entrée dans la rade; il en venait deux ou trois par an. Des femmes en pagnes miroitants, portant de larges ombrelles en toutes saisons, se promenaient dans l'avenue sablée qui montait au «Moulin Rouge», petite maison sur pilotis, ainsi nommée par des marins de passage; des couples y dansaient jusqu'à l'aube.
Quelques kilos de pois secs, secoués dans un tambour, formaient l'orchestre de ce bal cosmopolite où s'enlaçaient des êtres de toutes couleurs: noirs aux sourires épanouis, mulâtres fins et graves, matelots anglais chaloupant comme des bateaux à voiles, Chinoises échouées en cette île à la suite de marchés honteux.
—On s'amusait, mon cer; un soi, nous dansions au pemier étage; le plancé s'est écoulé; nous sommes tombés su la tête des autes danseu; on a bien i!
Lazare Carnot habitait une maison en carrés de plâtre, recouverte de chaume; il y faisait une délicieuse fraîcheur. C'est là qu'il reçut une nuit la visite d'une petite danseuse à la chair ferme et dorée qui vint frapper à sa porte, toute nue, des fleurs en ses bras.
—Qui est là?
—C'est l'Amour! dit une voix musicale.
Pour n'être pas aussi simples, nos amours sont-elles aussi jolies?
La guerre étant venue, Lazare Carnot s'engagea. Il gardait une grande discrétion relativement à ses conceptions sociales. Il avait une opinion déterminée sur la guerre:
—Moi, mon cer, je suis citoïen libe de la épublique fançaise. La Fance se battait, je suis venu de suite servi son dapeau.
Un Tel songeait que ce nègre eût donné une leçon à nombre d'intellectuels et de snobs qui, Français, n'en oublièrent pas moins leurs devoirs les plus impérieux.
Lazare Carnot ne dédaignait pas la politique. Il aimait à se remémorer certaines élections où l'on se battait à coups de bâton, afin que fussent affirmés dans l'île les principes «émocatiques» et «anticléicaux» que toutes les civilisations nègres envient à la métropole. Confusément, le mousquetaire noir admettait, lui aussi, l'union sacrée.
Lazare Carnot avait l'étoffe d'un bon citoyen et d'un parfait soldat. Son arme était luisante, propre, méticuleusement entretenue; jamais un gravier n'eût risqué d'en entraver le précieux mécanisme.
C'est avec de semblables soldats que l'on peut soutenir la plus dure des guerres. Un Tel pensait à ces écrivains humanitaires qui se virent froissés en leurs nobles sentiments, parce que des noirs collaboraient à notre œuvre guerrière; il lui apparaissait que le bon, le naïf Lazare Carnot était autrement utile à la cause française que ces folliculaires partis se terrer en Suisse, où ne grondait pas la tempête, afin de nous donner des leçons de dignité humaine.
Un Tel admirait qu'un fusilier-mitrailleur nègre, esclave hier encore, fût venu apprendre à des apôtres férus des principes de nos grands ancêtres comment on défendait la liberté; il se proposait, la paix venue, de le conduire dans notre capitale, de lui montrer nos amours, nos passions politiques, nos divertissements, nos arts et nos femmes, et de lui demander humblement de nous apprendre la franchise et la simplicité.