Journal de Comtois.
Mauzères, 10 septembre 18…
J'avais bien raison de penser que j'aurais du désagrément avec mon artiste. Ce n'est pas qu'il soit mauvais garçon: c'est, au contraire, un bien bon enfant, et que je considère comme un vrai camarade. Mais tous les artistes sont, ou des toqués ou des canailles. Le mien est dans les toqués. Il me fait volter de Mauzères à Vaucluse, et de Vaucluse à Mauzères, le temps de défaire sa valise, de brosser son habit et de refaire sa valise. Par bonheur que je m'étais dépêché d'aller voir la fontaine de M. de Pétrarque; sans quoi, je ne l'aurais pas vue. Si ce n'est que je crois qu'il a de l'amitié pour moi, je me demanderais pourquoi il me garde, car je ne lui sers qu'à le raser, et encore faut-il que je le guette pour l'empêcher de se raser lui-même. Je pense bien qu'il n'a pas toujours eu le moyen de se faire servir et qu'il n'en a pas l'habitude. Mais il paraît bien qu'il a celle de courir et d'échiner son monde, car je suis sur les dents, qui, par parenthèse, me font toujours bien mal.