CCCLXVIII

A MAURICE SAND, A PARIS

Nohant, 13 décembre 1853.

J'ai reçu ta lettre, mon vieux Bouli. J'étais inquiète, toujours à propos de pommes cuites! et j'avait écrit hier soir à Lambert de me donner de tes nouvelles.

Je suis contente que tu ailles bien. Je vois bien aussi. Il a fait aujourd'hui un temps charmant.

J'ai été avant-hier au spectacle de la Châtre entendre des chanteurs montagnards fort intéressants.

Je travaille avec zèle à une petite comédie qui m'intéresse. C'est pour le Gymnase.—Je cultive toujours les nymphes de Trianon; mais leurs eaux sont pourries. Ainsi finissent les nymphes en ce siècle de prose! Je ne me dégoûte pourtant pas de Trianon, parce que les mousses et le lierre sont de tous les temps et sont toujours prêts à renaître. Nini a une brouette et s'en va bruquant dans tous les arbres. Elle est très gentille et demande pourquoi tu es à Paris quand elle est à Nohant.

Rien de nouveau, qu'une lettre de Titine que je t'envoie. Travaille, amuse-toi et aime-moi. Je te bige mille fois.