NOTES:

[1] Et elles le sont presque toutes, j'aime à le dire.

[2] J'ai fait depuis une remarque qui m'a paru triste. C'est que la plupart des femmes trichent au jeu et sont malhonnêtes en affaires d'intérêt. Je l'ai constaté chez des femmes riches, pieuses et considérées. Il faut le dire, puisque cela est, et que signaler un mal c'est le combattre. Cet instinct de duplicité qu'on peut observer, même chez les jeunes filles qui jouent sans que la partie soit intéressé, tient-il à un besoin inné de tromper, ou à l'âpreté d'une volonté nerveuse qui veut se soustraire à la loi du hasard? Cela ne vient-il pas plutôt de ce que leur éducation morale est incomplète. Il y a deux sortes d'honneur dans le monde; celui des hommes porte sur la bravoure et sur la loyauté dans les transactions pécuniaires. Celui des femmes n'est attaché qu'à la pudeur et à la fidélité conjugale. Si l'on se permettait de dire ici aux hommes qu'un peu de chasteté et de fidélité ne leur nuiraient pas, ils lèveraient certainement les épaules: mais nieront-ils qu'une honnête femme, qui serait en même temps un honnête homme, aurait doublement droit à leur respect et à leur confiance?

[3] Mme de Pardaillan était l'amie de la duchesse douairière d'Orléans.

[4] 1848.

[5] Le Berrichon a le goût des verbes réfléchis. Il dit: Cet homme ne sait pas ce qu'il se veut, il ne sait quoi se faire ni s'inventer.

[6] L'aveuglat est une sorte de collin-maillard. Le cob et les évalines sont une manière de jouer aux osselets avec une grosse bille de marbre. Le traîne-balin s'appelle, je crois, les petits-paquets, à Paris. La marelle doit-être connue dans beaucoup de provinces. Elle est expliquée dans les notes de Pantagruel, par Esmengard. Un grave antiquaire du Berry s'est donné la peine de composer un ouvrage sur l'étymologie du mot évaline. Il n'a pas osé se risquer pour le cob. Cela devenait sans doute plus ardu et trop sérieux.

[7] On assurait qu'il avait grandi d'un pied pendant la campagne.

[8] Je crois que c'était la Mort d'Abel, de je ne sais qui.

[9] Je ne doute pas que ma grand'mère ne m'eût déduit de meilleures raisons si elle eût été encore dans toute la force de ses facultés morales et intellectuelles. Elle avait certainement dû s'occuper plus efficacement de former l'âme de mon père. Mais j'ai beau chercher dans mes souvenirs la trace d'un enseignement vraiment philosophique de sa part, je ne la trouve pas. Je crois pouvoir affirmer que, pendant une phase de sa vie antérieure à la révolution, elle avait préféré Rousseau à Voltaire; mais que plus elle a vieilli, plus elle est devenue voltairienne. L'esprit de bigoterie de la Restauration dut nécessairement porter cette réaction à l'extrême dans les cerveaux philosophiques qui dataient du siècle précédent. Or, l'on sait combien est pauvre de fond et vide de moralité la philosophie de l'histoire chez Voltaire.

[10] Il y avait, entre autres métaphores, une lune qui labourait les nuages, assise dans sa nacelle d'argent.

[11] On me dit que des critiques de parti pris blâment la sincérité avec laquelle je parle de mes parens, et particulièrement de ma mère. Cela est tout simple, et je m'y attendais. Il y a toujours certains lecteurs qui ne comprennent pas ce qu'ils lisent: ce sont ceux qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas comprendre la véritable morale des choses humaines. Comme je n'écris pas pour ceux-là, c'est en vain que je leur répondrais; leur point de vue est l'opposé du mien: mais je prie ceux qui ne haïssent pas systématiquement mon œuvre, de relire ces lignes et de réfléchir. Si, parmi eux, il en est quelques-uns qui aient souffert des mêmes douleurs que moi, pour les mêmes causes, je crois que j'aurai calmé l'angoisse de leurs doutes intérieurs, et fermé leur blessure, par une appréciation plus élevée que celle des champions de la fausse morale.

[12] O honte!—C'est notre fi!

[13] Honte! honte!

[14] La réverende mère. On lui donnait ce titre en anglais seulement.

[15] C'était le confesseur d'une partie des pensionnaires et des religieuses. Ce n'était pas le mien. Cet abbé de Villèle, frère du ministre, a été depuis archevêque de Bourges.

[16] Très chères sœurs.

[17] Très chers enfans.

[18] Cette phrase et la suivante ne sont pas littéralement traduisibles: Vos esprits sont bas (abattus) aujourd'hui. Qu'est-ce que vous avez?

[19] Elle est bas espritée; elle est dans ses absences spirituelles.

[20] Ce n'est pas une raison pour omettre de rappeler la belle action qui s'est passée depuis que ces lignes sont écrites. Sous-préfet à Nérac, M. de Pompignan est descendu dans un puits méphitique où personne n'osait se risquer, pour en retirer de pauvres ouvriers asphyxiés. Parvenu au but de ses efforts, M. de Pompignan, qui par deux fois déjà s'était évanoui, replongeant toujours avec un nouveau courage, faillit payer de sa vie l'admirable dévoûment de son cœur.

[21] Quelquefois les mêmes prêtres qui officiaient, tantôt dans notre chapelle, tantôt dans celle des Écossais, amenaient chez nous, pour servir la messe, quelque pieux élève, fier de remplir l'office d'enfant de chœur. Je me souviens d'avoir vu là plusieurs fois, sous la robe de pourpre et le blanc surplis, le frère d'une de nos plus belles compagnes, qui était aussi un des plus beaux garçons du collége voisin. C'était celui qu'on a appelé depuis dans le monde le beau Dorsay, et que je n'ai connu que peu de temps avant sa mort, alors que, plein de généreuse sollicitude pour les victimes politiques, jusque sur son lit d'agonie, il était le noble et courageux Dorsay. Sa sœur, la belle et bonne Ida Dorsay, était sortie du couvent lorsque j'y entrai, mais elle y venait souvent voir ses anciennes amies. Elle a épousé le comte de Guiche; elle est aujourd'hui duchesse de Grammont.

[22] Probablement il était d'origine anglaise; il s'appelait Whitehead (tête blanche).

[23] On appelait dortoirs non-seulement la salle commune de la petite classe, mais aussi les corridors longs, étroits et obscurs qui séparaient les doubles rangées de cellules fermées.

[24] Sœur Hélène! Elle est dans ses vapeurs. Littéralement: Dans ses mauvais esprits.

[25] J'ai connu dans la suite la belle et véritablement angélique personne dont il est question. Elle avait épousé M. de R... en secondes noces. Elle m'a raconté toute l'histoire de son union avec le duc de C... «Ah! mon bon cousin René, si vous l'aviez entendue décrire ce parfait bonheur de sa première union!»

[26] Dans ce temps-là, je croyais, comme beaucoup d'autres, que Thomas a Kempis était l'auteur de l'Imitation. Les preuves invoquées par M. Henri Martin sur la paternité légitime de Jean Gerson m'ont semblé si concluantes, que je n'hésite pas à m'y rendre.

[27] Fontenelle, Éloge de Leibnitz.

[28] Dans une de ces lettres, elle me raconte comme quoi Clary de Faudoas a manqué mettre le feu à sa cellule, pour fêter par des illuminations, la naissance du petit duc (Henri V). Je cite ce petit fait comme une date de mon récit.

[29] Elle avait été de quinze cents francs dans le premier brouillon du testament. Il l'avait fait réduire à mille francs, avec beaucoup d'instance et même d'emportement.

[30] Mlle de Guibert et Mlle de Ségur.