JARDINS D’AUTOMNE
Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise.
Agrippa d’Aubigné.
L’ombre et l’abîme ont un mystère
Que nul mortel ne pénétra;
C’est Dieu qui leur dit de se taire
Jusqu’au jour où tout parlera.
V. Hugo.
Les jardins ont perdu leurs robes éburnales,
Eden trois fois béni d’où nous fûmes chassés,
Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,
Ces roses de la Nuit chantent les trépassés;
Les trépassés là-bas qui dorment dans leur bière
Sous l’obscène pâleur du seul magnolia;
Reviendras-tu sécher les pleurs de nos paupières,
Toi, l’immortel Amour que la Mort oublia!
De l’immortel Amour à la Mort immortelle,
Supplice qu’il rêva sous la Nuit du recueil
A quitter le séjour, au jour, nous dira-t-elle,
Ce beau lac d’hydrargyre où vogue le cercueil?
Car le ciel est livide au lac des libellules
Et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
Les Vierges à genoux dans le froid des cellules
Mouillent le Crucifix de longs baisers lascifs.....
Les jardins ont perdu leurs robes éburnales,
Eden trois fois béni dont nous fûmes chassés!
Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,
Les Roses de la Nuit chantent les trépassés.....
PETITS CALICOTS
(Rondeau redoublé)
Les jolis petits calicots
Le soir, flânent dans le passage,
Frais comme des coquelicots,
Un air d’Enfant-Jésus bien sage!
Ils rêvent courses, vernissage
Et se grisent de faux cliquots
En parlant chevaux et dressage,
Les jolis petits calicots!
Fluets, moulés dans leurs surcots
Étroits comme dans un corsage,
Pantalon collant, mes cocos,
Le soir, flânent dans le passage!
Les uns poupins, d’autres sécots,
Ce sont les fervents du massage,
Mentons au duvet d’abricots
Un air d’Enfant-Jésus bien sage.
Et, banquier, roi des monacos
Ou marquis pleurant le cuissage,
Tel birbe écrivant un message
Grommelle entre ses vieux chicots:
«Les jolis petits!»