LE VIEUX SAINT
Non ei species neque decor.
Tertullien.
Dans notre église autrefois,
il était un saint de bois:
l’air bonasse et vénérable,
taillé dans un tronc d’érable,
à coups de hache, il avait
écouté plus d’un ave
montant vers lui du pavé;
tout vermoulu, tout cassé,
le Bon Dieu le connaissait
bien et toujours l’exauçait.—
A vêpres quand s’allumaient
les cierges qui tremblottaient,
un peu gourmand, il humait
le bon encens qui fumait
dans l’encensoir parfumé;
sur toute chose il aimait
aux beaux soirs du mois de Mai
les belles roses de Mai
devant l’autel embaumé;
et quand Noël ramenait
les petits bergers frisés,
soëf, il amignottait
Jésus, le doux nouveau-né.
Puis dans l’église fermée
où les vitraux s’éteignaient,
lentement il s’endormait
priant, pour nos trépassés,
le Bon Dieu qui l’exauçait!
Mais de Paris est venu,
hideux comme un parvenu,
tout neuf et peinturluré
un saint de plâtre doré,
un affreux saint qu’ils ont mis
dans la niche où tu dormis,
ô vieux saint, mon vieil ami,
et les sans-cœur ont brûlé
en disant: Il est trop laid!
ton pauvre corps d’exilé.
Mais, vieux saint je te promets
que je ne prierai jamais
l’intrus, mais toujours à toi
s’en iront mes vœux, à toi,
père, qui subis deux fois
(saint de chair et saint de bois)
le martyre pour la foi,
et quand je mourrai, c’est toi
qui porteras dans les cieux
mon âme aux pieds du Bon Dieu...
mission de confiance, je l’ose dire.