III.

Dans les yeux, rien de leur histoire ne s'efface;
Rien n'est soluble; tout s'avère à leur surface…

Ainsi tels yeux ont l'air pauvres dorénavant
Pour avoir médité d'entrer en un couvent;
Tels sont en fleur pour avoir vu des orchidées;
D'autres sont nus de tant de fautes regardées;
On y perçoit des courtisanes se baignant
Et par leurs fards perdus l'eau des yeux est nacrée;
D'autres, pour être nés près d'un canal stagnant,
Portent un vaisseau noir qu'aucun marin ne grée
Et qui semble, dans eux, captif en des glaçons…
Prolongement sans fin. Survie! Aubes lointaines!
Ciel qui met dans les puits de bleus caparaçons!
Nuages habitant les prunelles humaines!

Tout le passé qui s'y garde, remémoré!
Tout ce qui s'y trahit qu'on croyait ignoré:
Les voeux qu'on viola; les seins que nous fleurîmes;
Et le regard qu'on eut en pensant à des crimes;
Et le regard qu'on eut, pris d'un dessein vénal,
Fût-ce un instant, jadis, devant des pierreries
— Trésor qu'on troquerait contre ses chairs fleuries —
Et qui fait à jamais, de l'oeil, l'écrin du Mal.

Car tout s'y fige, y dure; et tout s'y perpétue:
Désirs, mouvements d'âme, instantané décor,
Tout ce qui fut, rien qu'un moment, y flotte encor;
Dans l'air des yeux aussi survit la cloche tue,
Et l'on voit, dans des yeux qui se croient gais et beaux,
D'anciens amours mirés comme de grands tombeaux!