III.

Le couchant triomphal est une fin de règne…
Des cuivres de victoire énamourent le soir;
Des drapeaux sont hissés; un sang nombreux imprègne
Le fond du ciel qui s'en rougit comme un pressoir;
Et l'on croit voir s'enfuir une armée ennemie.
Maintenant c'est la paix de la lutte finie;
L'orgueil, — et l'on entend le bruit lourd de sa clé; —
C'est l'accomplissement, le butin étalé,
L'or du soleil, les nuages comme des porches
D'où l'on voit des palais d'azur s'approfondir;
Et le ruissellement de joyaux, et les torches
Dont les gestes de feu conduisent au nadir…

Couchant sublime! Architectures inouïes!
Premiers astres qui font le ciel fleurdelysé!
Et là-bas, toutes ces chevelures rouies
Comme un lin fin dans un étang cristallisé,
Moisson des longs cheveux fauchés des Ophélies!

Charme de l'équivoque et des anomalies!
Vertigineux palais que des nuages font,
Auxquels à chaque instant quelque chose s'annexe;
Nuée, en forme de montagne, qui se fond;
Petite brume rose offerte comme un sexe;
Vapeurs se contractant en bêtes de blason
Qui sont soudain des léopards ouvrant leurs gueules
Ou des licornes dans le soir piaffant seules;
Puis voici d'autres jeux occupant l'horizon:
Les nuages sont purs comme des mousselines;
On voit des communiantes dans des berlines
Qui jettent par les portières des nénuphars;
Tout est blanc dans le ciel qui croit que c'est dimanche!

Or tout ce luxe du couchant, ce sang, ces fards,
Ces grottes, ces palais de féerie or et blanche,
Cette mer bleue où dort la coupe de Thulé,
Cette splendeur que plus personne ne dénie
Et qui semble un triomphe récapitulé,

C'est l'image de la vieillesse du Génie!