V.
Les glaces sont les mélancoliques gardiennes
Des visages et des choses qui s'y sont vus;
Mirage obéissant, sans jamais un refus!
Mais le soir leur revient en crises quotidiennes;
C'est une maladie en elles que le soir;
Comment se prolonger un peu, comment surseoir
Au mal de perdre en soi les couleurs et les lignes?
C'est le mal d'un canal où s'effacent des cygnes
Que l'ombre identifie avec elle sur l'eau.
Mal grandissant de l'ombre élargie en halo
Qui lentement dénude, annihile les glaces.
Elles luttent pourtant; elles voudraient surseoir
Et leur fluide éclat nie un moment le soir…
Mais, en l'ombre aggravée, elles se font plus lasses
Cessant d'être dans les chambres comme un témoin.
En ce malaise étrange et qui les simplifie
Elles semblent déjà déprises, déjà loin,
Presque absentes et comme au delà de la vie!
Décalques apâlis, mirages incomplets;
Or n'est-ce pas vraiment comme une maladie
Pour les miroirs que toute cette ombre agrandie,
Eux les frêles miroirs qui vivent de reflets.