VI.

Douceur des mains où sont cachés des viatiques,
Les mains qui sont un peu notre âme faite chair!
Mains modestes, mains calmantes, mains magnétiques,
Pâles d'avoir semé des fluides dans l'air.
Mains de pardon sur les péchés, ou mains de proie
Sur les cheveux, ainsi que des chauves-souris,
Les emmêlant d'un vol qui tournoie et foudroie.
Mains comme des bouquets, et mains comme des cris;
Ô mains non moins spirituelles que charnelles!
Les mouvements sans fin de l'âme sont en elles,
Transmis en un instant, avec quels fils ténus!
Mains dociles en qui des ordres sont venus
Dont elles sont les très ponctuelles servantes;
Par elles s'accomplit tout le bien, tout le mal,
Puisant l'eau sans péché dans le puits baptismal,
Condensant le poison en mixtures savantes.
Mains complices de tous les actes, de tous les
Élans de l'âme! Mains qui sont comme des clés
Pour ouvrir tous les coeurs et toutes les serrures.
Ô si subtiles mains, expertes aux luxures,
Qui dosent le péché, qui graduent la langueur;
Ô si subtiles mains, expertes aux prières,
Jointes comme les mains des Saints dans les verrières;
Mains — des outils pour se façonner son bonheur!
Toutes ces mains: d'amants, de héros, de fileuses;
Les mains ont des reflets comme le fil d'une eau;
Les mains ont des échos sans fin, ô recéleuses
Des secrets de l'alcôve et de ceux du tombeau!