VIII.
Charme étrange des teints où la chlorose neige!
Visages vraiment trop pâles pour être heureux,
Qui font un peu rêver à des lis dans un piège,
Tout blêmes, sauf leurs yeux spacieux et fiévreux
Brûlant de l'air dont s'inaugure une bougie.
Ô vierges! Leur croissance est un triomphe ardu;
Elles parlent; et c'est, il semble, une élégie,
Un frileux bêlement d'agneau qu'on a tondu;
Car leur voix est de la couleur de leur figure.
Quelque chose de doux pourtant les transfigure;
Pâles comme la lune, elles ont son halo!
Parfois, quand elles vont se voir dans une glace,
C'est comme, tout à coup, si c'était dans de l'eau,
Tant leur teint est trop frêle et fond à la surface.
Douce crise de chair et d'âme! Éveil d'avril!
Heure où le buste s'orne, où la bouche est émue;
Changer! Et même la chevelure qui mue!
Et les seins nouveau-nés sur le corps puéril!
Moment si langoureux des surprises nubiles!
Pourtant l'eau reste indemne, elle ne souffre pas
Quand germe un nénuphar sur ses bords immobiles…
Ah! ces teints de chlorose au seuil des célibats!