XIV.

Comme tout est changé de par la maladie
Dans la maison qui prend un air religieux;
Elle semble plus vide, elle semble agrandie,
Il s'y répand un silence contagieux
Dont le plus léger bruit blesse la neige vierge.
Vie en songe! voici que s'embrument les pas,
Et les voix mêmement s'embrument, parlent bas;
Le malade est l'hostie où tout l'encens converge.

Quel mystère est latent? Quel rite s'accomplit
Pour qu'un respect d'autel environne le lit?
Tout subit par degrés la mystique influence:
Comme par un vitrail, le jour se dénuance;
Un étranger, il semble (est-ce l'ange gardien
Soudain visible?), habite à présent la demeure,
Comme pour prémunir du danger qu'on y meure,
Et la maison craintive a pris un air chrétien.

Or on s'améliore, on s'épure soi-même
Par la sorte d'ennoblissement propagé;
On se sent devenir autre, le coeur changé;
Il flotte en la demeure un parfum de saint chrême;
Déjà les passions, à leur tour, parlent bas;
Même le juste amour interrompt ses ébats;
On se semble, à présent, vivre dans une église.

Le malade apparaît grave et sacerdotal,
L'air d'avoir avec Dieu quelque entretien mental.

Car le Silence enfin en lui se réalise!
Il est celui qui fait taire les bruits humains
Et les transsubstantie en imposant les mains;
Il est l'essence et la substance du Silence;
Il en est la Victime et le Prêtre à la fois;
C'est un Saint Sacrifice aussi que la souffrance…
La maison entend Dieu qui descend à sa voix!