XVI.
Yeux d'aveugles: ils sont tristes, l'air d'une plaie;
Yeux nuls, sans effigie; étain qui se délaie;
Yeux d'aveugles: jardins où la vie a neigé;
Yeux plus vitreux que ceux des morts. Ah! qu'ils sont tristes,
Nus comme les tonsures des séminaristes;
Eau d'un canal que nuls bateaux n'ont imagé;
Patènes qui jamais ne mireront la messe
Et les cierges et des lèvres d'enfants de choeur.
Veilleuses sans clarté. Fioles sans liqueur.
Depuis quand? Sont-ils nés dans cette ombre? Ou bien n'est-ce
Qu'un obscurcissement graduel — tel le soir;
Ou l'usure — tel un tissu réincorpore
Les roses et les lis le brodant sur fond noir,
Et bientôt s'unifie en étoffe incolore.
Ah! qu'ils sont tristes! qu'ils sont tristes! On dirait
Des scellés apposés sur une tête morte.
Ces yeux, sans plus jamais qu'un seul regard en sorte,
C'est, sans tain, un miroir qui s'étiolerait;
C'est, sans jet d'eau, la vasque immobile qui gèle;
C'est, derrière une vitre, une hostie en prison.
Ah! ces yeux! on frissonne au bord de leur margelle,
Puits d'infini, que bouche un si calme glaçon.