XVIII.
Convalescence: ô la fraîcheur brusque et câline
Quand la fièvre dont on brûlait s'éteint soudain;
Douceur sur soi d'un pansement de mousseline,
Fraîcheur sur soi du vent, de la mer, de l'étain.
On se sent comme dans une longue avenue
Dont le feuillage, blanc de lune, qui remue
Vous évente de son ombre si calmement
Et refroidit en vous les charbons de la fièvre.
Ah! ce bonheur confus du recommencement!
Cette humide fraîcheur née au seuil de la lèvre,
Comme d'avoir baisé l'or de quelque bijou!
D'où viennent tout à coup ces impressions fraîches
Qui se fondent et qui se propagent jusqu'où?
Est-ce du lustre? Est-ce du verre des bobèches
Dont on sent, dans sa bouche en feu, le givre entré?
Est-ce de la cornette au beau linge lustré
Dont la Soeur qui nous veille a fait palpiter l'aile?
Ou bien est-ce le vent? Ou bien encor pleut-il
Et c'est-il de la pluie en écheveau subtil
Qui soudain au rouet de notre âme s'emmêle?
Convalescence! Doux mélange: pluie et soir,
Linges, cristal, et vendanges de raisin noir!
Tout ce qui rafraîchit, tout ce qui désaltère;
Convalescence si printanière… Elle aère
Comme une brise; elle refroidit comme une eau;
On dirait qu'elle se répand parmi les chambres
Et sur le lit, si frais qu'il en semble nouveau;
On s'y déplie; on y dorlote tous ses membres;
C'est fini maintenant, la fièvre et ses charbons!
Les draps sont ventilés; ils ont des frimas bons;
Unanime fraîcheur de toute cette toile;
Si fraîche que c'est comme un bain dans une étoile!
Délice de revivre et d'avoir prévalu;
Instant bénin qui semble, après la canicule
Et des marches dans un chemin qui se recule,
L'accueil d'une prairie où longtemps il a plu.