A LA MESME.

STANCES.

En fin le Ciel jaloux du repos de ma vie,
A banny de ces lieux le bien de nos desirs,
Et mon coeur avec mes plaisirs
A suivy les pas de Sylvie:
Je souffre cette cruauté
Comme une peine deue à ma temerité.
J'ose aymer un objet à qui tout autre cede,
Mais si pour éviter sa fuite & mon trespas
Il faut ne l'aymer pas,
J'ayme bien mieux souffrir le mal que le remede.

Tyrant des volontez qui fit naistre ma flâme,
Et que je recognois pour unique vainqueur,
Oste son portrait de mon coeur
Ou mets le mien dedans son ame,
Fais luy voir mon affection
Dans le plus haut degré de la perfection;
Cache sous ton bandeau les deffauts de ma vie,
Ou s'ils sont esclairez, que ce soit par les feux:
Bref pour me rendre heureux
Donne m'en le merite où m'en oste l'envie.

Mais quoy c'est bien en vain que je te solicite,
Les vertus de Sylvie ont tenu ce haut point
Que les mortels ne trouvent point,
Et pour qui tout est sans merite,
Pardonne à mon aveuglement,
Ton flambeau le causa quand il me fit amant,
Et si tu veux me faire une faveur extreme,
Ordonne seulement que la Divinité
Qui tiens ma liberté,
Croye que je l'adore, & souffre que je l'ayme.

FIN.