SCENE III.
CASSIE, TITINE.
CASSIE.
C'est bien contre mon coeur qu'avec si peu de mains,
Nous allons hazarder le salut des Romains:
Mais Brute en ses discours, a je ne sçay quels charmes,
Qui forcent la raison à luy rendre les armes;
Je consens au combat malgré mon sentiment,
Et je crains la rigueur d'un triste evenement.
TITINE.
Les Dieux seront pour nous, s'ils sont pour la Justice,
Leur bonté ne sçauroit favoriser le vice,
Et j'espere aujourd'huy que tous nos differens
Rencontreront leur fin dans celle des Tyrans.
CASSIE.
La cause la plus juste est bien souvent trompée,
Et j'en prens à tesmoin la perte de Pompée.
Ce n'est pas que mon coeur se forme de soupçons
Que nous n'obtiendrons pas ce que nous pourchassons;
Mais alors qu'il s'agit de l'Empire de Rome,
Il est bien mal-aisé de ne point parestre homme,
Et dans l'Estat flotant de nostre liberté,
L'asseurance me semble une stupidité.
TITINE.
Pompée avoit pour but d'assujettir l'Empire,
Et ce mauvais dessein luy fit avoir du pire.
CASSIE.
On ne l'a jamais sceu que par presomption.
TITINE.
Les Dieux dedans son coeur lisoient sa passion,
Rien ne se peut cacher à ces grandes lumieres.
CASSIE.
C'est assez disputé sur ces vaines matieres,
Il est temps de songer que nous devons ce jour
Faire voir des effets & de haine & d'amour.