SCENE V.
LA COMPAGNE, PORCIE.
LA COMPAGNE.
Madame, en cét instant tous les Soldats en armes
Commencent le combat qui doit finir vos larmes;
On n'entend rien que cris & que gemissemens,
Vous diriez que le Ciel confond les Elemens:
Les traits volant en l'air par un confus rencontre
Empeschent le Soleil de voir ce qu'il nous monstre:
Déja venus aux mains, les nostres plus hardis
Tesmoignent d'estre encor ce qu'ils furent jadis,
S'il vous plaist de les voir, vous le pourrez sans peine,
Du haut de ce rocher qui commande à la plaine,
J'en viens tout maintenant pour vous en advertir,
Croyant que cét objet vous pourroit divertir.
PORCIE.
Observez sans danger l'ordre des deux armées,
Par la haine & l'honneur au combat animées,
C'est un plaisir fort doux dans un coeur arresté,
Qui voit sans interest l'un & l'autre costé:
Mais represente toy la course vagabonde
D'un vaisseau que deux vents balottent dessus l'onde,
Et tu verras l'estat d'un courage offensé,
Qui dans l'un des partis se trouve interessé;
Suivant que l'ennemy s'avance ou qu'il recule,
Tantost la peur le glace, ore l'espoir le brusle,
Il attaque, il defend, & pour ferme qu'il soit,
Il est aussi flotant que le combat qu'il voit.
LA COMPAGNE.
Un esprit du commun pourroit souffrir à l'heure;
Mais le vostre, Madame, a la trempe meilleure,
Outre que s'il faut croire aux promesses des Dieux,
Vous verrez aujourd'huy Brute victorieux.
PORCIE.
Les Dieux me sont suspects depuis que leur cholere
En faveur d'un Tyran arma contre mon pere;
Allons y toutefois, & par nos actions
Tesmoignons qu'un grand coeur dompte ses passions.