TRANSCRIPTIONS des CALLIGRAMMES
001—Paysage
[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités
[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble
[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres
[Cigare] un cigare allumé qui fume
002—Lettre-océan
[Première image]
Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2
J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique
Ta voix me parvient malgré l'énorme distance
Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz
[Carte postale]
Les voyageurs de l'Espagne devant faire
le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer
je t'envoie cette carte au lieu
de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr
Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente
Des événements.
[à gauche]
Juan Aldama
Correos
Mexico
4 centavos
U.S. Postage
2 cents 2
[au centre]
Ypiranga
Republica Mexicana
Tarjeta Postal
[à droite]
11.45
29-5
14
Rue des Batignolles
[motif circulaire, centre]
Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna
[motif circulaire, rayons]
Zut pour M. Zun
arrêtez cocher
Vive le Roy
Evviva il Papa
ta gueule mon vieux pad
non si vous avez une moustache
La Tunisie tu fondes un journal
Jacques c'était délicieux
A bas la calotte
Des clefs j'en ai vu mille et mille
Hou le croquant
Vive la République
[à droite du motif circulaire]
TSF
[bas de l'image]
Bonjour Anomo Anora
Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas
[Deuxième image]
Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890
on coucha plus d'un mois sous la tente
bonjour mon frère Albert à Mexico
Jeunes filles à Chapultepec
[Motif circulaire, centre]
Haute de 300 mètres
Sirènes
Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou
Autobus
R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting
Gramophones
z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris
fermez les portes
Les chaussures neuves du poète
cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré
cré cré cré cré cré cré cré
[Motif circulaire, rayons]
et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce
rue St-Isidore à La Havane ça n'existe +
Chirimoya
A la Crème à
Pendeco c'est + qu'un imbécile
Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada
priétaire de 5 ou 6 im
je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton
le câblogramme comportait 2 mots en sûreté
allons circulez Mes
ture les voyageurs pour Chatou
Toussaint Luca est maintenant à Poitiers
003—La cravate et la montre
[cravate]
la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la
si tu veux bien respirer
[montre, remontoir]
comme l'on s'amuse bien
[bord droit de la montre]
la beauté de la vie passe la douleur de mourir
[heures]
mon cœur
les yeux
l'enfant
Agla
la main
Tircis
semaine
l'infini redressé par un fous de philosophe
les Muses aux portes de ton corps
le bel inconnu
et le vers dantesque luisant et cadavérique
les heures
[aiguilles]
Il est – 5
Et tout sera fini
004—coeur, couronne et miroir
[cœur]
Mon Cœur semblable à une flamme renversée
[couronne]
Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes
[miroir]
Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges
et non comme sont les reflets
Guillaume Apollinaire
005—Voyage
[nuage]
Adieu amour nuage qui fuis
et n'a pas chu pluie fécondante
refais le voyage de Dante
[oiseau]
télégraphe
oiseau qui laisse tomber
ses ailes partout
[train]
où va donc ce train qui meurt au loin
dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle
[ciel]
la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles
c'est ton visage que je ne vois plus
006—Il pleut
Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans
le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de
ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout
comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que
le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les
liens qui te retiennent en haut et en bas
007—La petite auto
Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot
Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares
ô nuit tendre d'avant la guerre
ô villages où se hâtaient les
maréchaux-ferrants rappelés
entre minuit et une heure du matin
vers Lisieux la très bleue
ou bien
Versailles d'or
et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté.
008—La mandoline l'œillet et le bambou
[la mandoline]
comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison
c'est ton art femme
o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline
[l'œillet]
Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée
et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise &
+ subtile que les sons qui nous dirigent
Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie
Il est le trône de la future sagesse
[le bambou]
Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers
infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles
009—La colombe poignardée et le jet d'eau
[colombe]
douces figures poignardées
chères lèvres fleuries
Mia Mareye Yette Lorie
Annie et toi Marie
où êtes-vous ô jeunes filles
Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie
cette colombe s'extasie
[jet d'eau]
Tous les souvenirs de naguère
Ô mes amis partis en guerre
Jaillissent vers le firmament
Et vos regards en l'eau dormant
Meurent mélancoliquement
Où sont-ils Braque et Max Jacob
Derain aux yeux gris comme l'aube
Où sont Raynal Billy Dalize
Dont les noms se mélancolisent
Comme des pas dans une église
Où est Cremnitz qui s'engagea
Peut-être sont-ils morts déjà
De souvenirs mon âme est pleine
Le jet d'eau pleure sur ma peine
[bassin]
Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant
Le soir tombe Ô sanglante mer
Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière
010—2e canonnier conducteur
[trompette]
As-tu connu la putain de Nancy
qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie
l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul]
[botte]
Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant
que la nuit descend
[Notre-Dame]
souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux
après la victoire
[Tour Eiffel]
salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire
et tirera toujours aux Allemands
[obus]
j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace
011—Loin du pigeonnier
Et vous savez pourquoi
Pourquoi la chère couleuvre
Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est
Xexaèdres
barbelés
mais un secret
collines bleues
en sentinelle
Malourène 75 Canteraine
Ô gerbes des 305 en déroute
Dans la Forêt où nous chantons
012—S.P.
Qu'est-ce qu'on y met
Dans la case d'armons
Espèce de poilu de mon cœur
Pan pan pan
Perruque à perruque
Pan pan pan
Perruque à canon
Pour lutter contre les vapeurs
les lunettes pour protéger les yeux
au moyen d'un masque nocivité gaz
un tissu trempé mouchoir des nez
dans la solution de bicarbonate de sodium
les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire
013—Visée
Chevaux couleur cerise limite des Zélandes
Des mitrailleuses d'or coassent des légendes
Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées
Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique
L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil
Et l'avenir secret que la fusée élucide
Entends nager le Mot poisson subtil
Les villes tour à tour deviennent des clefs
Le masque bleu comme met Dieu son ciel
Guerre paisible ascèse solitude métaphysique
Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes
014—1915
1915
soldats de faïence et d'escarboucle
ô amour
015—Carte postale
Nous sommes bien
mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux
ne vient pas jusqu'ici
LUL
on les aura
faire suivre route transparente
France
016—Saillant
[quand survient la] torpille aérienne
Le balai de verdure
T'en souviens-tu
Il est ici dans les pierres
Du beau royaume dévasté
[à gauche]
Salut le Rapace
Salut
[à droite]
grain de blé
[fin du poème]
Lou
Lou Verzy
Vive le capiston
017—Échelon
[à gauche]
On tire contre avions
Verdun
[au centre]
Le Ciel
Coquelicots
Flacon au col d'or
On a pendu la mort
A la lisière du bois
On a pendu la mort
Et ses beaux seins dorés
Se montrent tour à tour
[à droite]
L'orvet
Le sac à malice
La trousse à boutons
018—Madeleine
[étoile]
Dans le village arabe
Des Souvenirs
mais il y a d'autres chansons
[lettre]
Bonjour mon poète
Je me souviens de votre voix
Votre petite fée
Photographie tant attendue
[canons]
Far tiz rose
018—Venu de Dieuze
Halte là
[ficelle]
mesure du doigt
Qui vive
France
Avance au ralliement
Halte là
Le Mot
Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel
[portée]
forte s'allantanado
funambule des lianes du printemps
tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C.
La poule d'eau caquète et plonge à ton approche
Cantato
Ah ! mon Dieu m' quiot' fille
L'hommé qu' j'ai
C'est eun' mouq' dans d' l'huile
Tout à fouait
Couple des marais les turquoises
Hennissements partout
Amour sacré amour de la Patrie
Le général
Il était Antisthène et c'était Fabius
019—Aussi bien que les cigales
gens du midi ne savez pas M
gens du mi creuser que ais
di vous n' vous ne sa vous
avez donc vez pas vous savez
pas regar éclairer ni encore
dé les ciga voir Que vous boire com le jour
les que vous manque-t-il me les ci de gloire
donc pour gales ô se
voir aus gens du mi c ra
si bien di gens du reusez ce
que les soleil gens qui voyez bu lui
ciga devriez savoir vez pissez où
les creuser et voir comme vous
aussi bien pour le les ciga sau
moins aussi bien les rez
que les cigales creu
Eh quoi! vous savez gens du Midi il faut ser
boire et ne savez creuser voir boire pour
plus pisser utile pisser aussi bien que bien
ment comme les les cigales sor
cigales LA JOIE pour chan tir
ADORABLE ter com au
DE LA PAIX me elles so
SOLAIRE leil
020—Du coton dans les oreilles
[première page]
Tant d'explosifs sur le point vif !
Ecris un mot si tu l'oses ?
Les points d'impact dans mon âme toujours en guerre
Ton troupeau féroce crache le feu
Ô Mégaphone
[écriteau]
Les Cénobites tranquilles
[pluie]
puis écoutez tomber la pluie si tendre et si douce
soldats aveugles perdus parmi les chevaux de frise sous la lune liquide
des Flandres à l'agonie sous la pluie fine la pluie su tendre et si douce
confondez-vous avec l'horizon beaux êtres invisibles sous la pluie fine
la pluie si tendre et si douce
Les longs boyaux où tu chemines
Adieu les cagnats d'artilleurs
021—Éventail des saveurs
[coiffure]
Attols singuliers
de brownings quel
goût de vivre Ah !
[œil gauche]
Des lacs versicolores
dans les glaciers solaires
[œil droit]
Mes tapis de la saveur moussons des sons obscurs
et ta bouche au souffle azur
[doigt]
1 tout petit oiseau qui n'a pas de queue et qui s'envole quand on lui en met une
[bouche]
ouïs ouïs les pas le phonographe ouïs ouïs l'aloès
éclater et le petit mirliton