ANTOINE
Où vais-je?
Tout à l'heure j'ai entrevu la forme du Maudit. Non! une nuée m'emporte.
Peut-être que je suis mort, et que je monte vers Dieu?…
Ah! comme je respire bien! L'air immaculé me gonfle l'âme. Plus de pesanteur! plus de souffrance!
En bas, sous moi, la foudre éclate, l'horizon s'élargit, des fleuves s'entre-croisent. Cette tache blonde c'est le désert, cette flaque d'eau l'Océan.
Et d'autres océans paraissent, d'immenses régions que je ne connaissais pas. Voici les pays noirs qui fument comme des brasiers, la zone des neiges obscurcie toujours par des brouillards. Je tâche de découvrir les montagnes où le soleil, chaque soir, va se coucher.
LE DIABLE
Jamais le soleil ne se couche!
Antoine n'est pas surpris de cette voix. Elle lui semble un écho de sa pensée,—une réponse de sa mémoire.
Cependant la terre prend la forme d'une boule; et il l'aperçoit au milieu de l'azur qui tourne sur ses pôles, en tournant autour du soleil.
LE DIABLE
Elle ne fait donc pas le centre du monde? Orgueil de l'homme, humilie-toi!